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Nos archives parlent...

Chinguetti sur la route du savoir

19 mars 2015 –  19 mars 2019. Il y a quatre ans, jour pour jour, le Magazine de l’Afrique publiait cet article. Quatre ans après cet article est re-publié dans le cadre de notre rubrique « Nos archives parlent ». Entre temps, Vatma Vall Mint Soueinia est devenue ministre de l’Elevage. 

Par SA.

Au cœur du désert mauritanien, Chinguetti, la Sorbonne du désert, lutte contre l’avancée des dunes et la fermeture des frontières. Faire revivre cette ville ancienne reste un défi.

En ce dimanche de janvier 2015, jour de l’ouverture du festival des Villes anciennes de Mauritanie, Chinguetti, « la perle du désert », a revêtu ses plus beaux atours. Parées de leurs melafas, voiles traditionnels multicolores et chatoyants, les femmes sont aux premières loges. Avec le lancement de cette cinquième édition, la cité du désert, considérée comme la 7e Ville sainte de l’islam, voit ses ruelles et sa place centrale se remplir de milliers de personnes.

Rassemblement annuel lancé en 2010 par le président de la République mauritanienne, Mohamed Ould Abdel Azid, cet événement ambitionne de redonner aux villes anciennes, tombées dans l’oubli et délaissées, leur lustre d’antan.

Lors du lancement du festival, qui coïncide avec la naissance du prophète, jour du Mouled, le Président a réitéré son appel au dialogue inclusif en rappelant l’attachement à « l’islam et à la tolérance où, Noirs et Blancs, riches et pauvres sont réunis avec pour unique échelle de valeur le degré de piété et le niveau de dévouement au service de la société. C’est cet islam qui est source de notre législation et fondement de notre cohésion nationale, de notre unité nationale que nous veillons tous à consolider et renforcer, à travers une politique nationale intégrée sur la base de la protection des libertés individuelles et collectives… Ce n’est pas une poignée d’extrémistes promoteurs de la haine et de la discorde qui saurait nous en dissuader. »

Pendant une semaine, la cité médiévale est rythmée par une succession d’événements culturels, artistiques, artisanaux. Aux conférences sur le patrimoine succèdent des soirées musicales au son des groupes populaires de musique issus des différentes communautés mauritaniennes : maures, peuls, soninké, wolof.

Les sports traditionnels comme les courses de chameaux sont également au rendez-vous. La culture locale est magnifiée par le marché qui expose les artisans venus de Tichitt, Oualata, Ouadane, et foisonne d’étalages de tapis, objets en cuirs, bois, argent.

C’est aussi l’occasion pour certains artisans locaux, comme ce producteur de dattes de faire connaître son savoir-faire et l’innovation qu’il a lancée avec un entrepreneur français autour de la commercialisation du sirop de dattes.

Capitale historique

Comme une île entourée de sable, la capitale culturelle et religieuse se niche au milieu des dunes, en plein cœur du massif de l’Adrar, berceau historique des Maures Almoravides. Arriver à Chinguetti, c’est parcourir plus de 600 km de Nouakchott vers le centre de la Mauritanie, dépasser les splendides oasis de Terjit et gagner une ville ancienne où subsistent encore les vestiges de civilisations disparues.

Foyers de rayonnement culturel et spirituel depuis le Ve siècle de l’Hégire (XIe siècle ap. JC), Chinguetti, Ouadane, Tichitt et Oualata ont été pendant des siècles source de rayonnement culturel et spirituel. Situés sur les voies commerciales reliant le Maghreb au Sahel, ces cités devaient répondre aux besoins des caravanes qui traversaient le désert, en partance pour La Mecque.

Fondée au Xe siècle en aval de la cité actuelle, Abweir, Chinguetti se serait déplacée et la nouvelle ville actuelle créée vers le XIIIe siècle. On connaissait alors la Mauritanie comme « le pays de Shinget » qui devait cette réputation à de nombreux savants et poètes, et au fait que se réunissaient chaque année autour de ses 11 mosquées, les pèlerins en partance pour La Mecque.

À Chinguetti, essaimèrent de multiples écoles, où les sciences de la nature s’épanouirent en même temps que les disciplines artistiques et religieuses. Ouvert à tous, notamment les femmes, l’enseignement était favorisé par un système de contribution où la communauté pour venir en aide aux nécessiteux sollicitait des contributions volontaires dans les oasis et jusque dans les campements nomades.

Placée à un carrefour intellectuel où se rencontraient l’Andalousie et l’Afrique profonde, la région s’ouvrit simultanément au développement commercial et à l’échange des savoirs.

Les racines se sont implantées depuis plus de sept siècles, donnant lieu à des ensembles urbains qui témoignent de l’intensité des échanges au sein du grand commerce transsaharien. C’est ainsi que naquit une forme caractéristique de site regroupant des mosquées, des entrepôts, des maisons, des auberges, forme urbaine connue sous le nom de Ksour.

Ces villes anciennes ont conservé un patrimoine architectural remarquable avec des maisons à patio se serrant en ruelles étroites autour d’une mosquée à minaret carré, une architecture originale, caractérisée par un agencement de pierres simplement posées les unes sur les autres, forme d’expression privilégiée d’un art de vivre qui était régi par les lois de l’islam, tout en restant fidèle aux traditions culturelles africaines et en tenant compte des contraintes de l’environnement.

Patrimoine mondial de l’humanité

En lançant son appel solennel pour « la sauvegarde des villes anciennes de Mauritanie » au pied du remarquable minaret de la mosquée de Chinguetti, Amadou Mahtar Mbow, ancien directeur général de l’Unesco, soulignait déjà, en 1981, l’urgence de sauver ces villes : « Il ne s’agit pas, il ne peut s’agir seulement, de restaurer des monuments ou de reconstruire des bâtiments – mais de rendre ces villes à la vie, de leur donner les moyens d’une activité économique et culturelle, par où elles puissent à nouveau affirmer leurs virtualités créatrices, les tirer de l’agonie qui les gagne et pour donner toute sa signification à l’entreprise de restauration dont elles doivent bénéficier, c’est un effort de régénération globale de la région qu’il faut entreprendre ».

Ce n’est qu’en 1996 que les quatre villes anciennes de Ouadane, Chinguetti, Tichitt et Oualata sont classées patrimoine mondial de l’Humanité, retenues par l’Unesco comme témoignages uniques de la vie commerciale et des échanges prospères en milieu sahélien, exemples éminents d’architecture en milieu hostile.

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