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Mines

Tunisie : Comment relancer les phosphates de Gafsa ?

L’eau constitue un autre casse-tête

À cause des laveries de phosphate, qui en sont de grosses consommatrices, Gafsa, 330 000 habitants, frôle la pauvreté hydrique.

Durant l’été 2018, elle a été confrontée à une grave pénurie d’eau potable qui a poussé le gouvernement à lancer le chantier d’une usine de dessalement d’eau de mer à Skhira, sur la côte ; l’appel d’offres se fait attendre.

La situation n’est pas plus reluisante en matière de santé. La région qui compte le plus de cas de cancer, de maladies cardiovasculaires, respiratoires et dermatologiques – toujours à cause du phosphate –, ne dispose toujours pas d’hôpital digne de ce nom. Un projet à l’étude depuis 2011 reste lettre morte.

Un casse-tête

Gafsa subit une double peine : négligée par les autorités, la région est aussi ignorée par les investisseurs privés à cause de ses nombreuses faiblesses. Le quatrième rapport de l’IACE sur l’attractivité des régions, dévoilé le 7 février 2019, place Gafsa à la 22e place sur 24 régions étudiées. Il n’est guère étonnant,

de ce fait, que le taux de chômage soit le plus élevé (25,6 %, contre 15,4 % à l’échelle nationale) du pays dans le Sud-Ouest, dont fait partie Gafsa. Et rien d’étonnant, donc, que cette région soit depuis huit ans un volcan social aux incessantes éruptions.

Face à un tableau aussi sombre, que peut faire le nouveau PDG ? Comment entend-il s’y prendre pour remettre d’aplomb l’entreprise qu’il dirige et, par ricochet, contribuer à améliorer la qualité de vie de la population de Gafsa ?

Sollicité, Abdellatif Hamam n’a pas tenu à répondre à nos questions. C’est qu’il n’a pas toutes les cartes en main. Ce, encore moins depuis janvier 2019, après que le chef du gouvernement a confié le dossier du bassin minier à l’ancien ministre de l’Équipement, Mohamed Salah Arfaoui, désormais conseiller à La Kasbah. Toute décision est d’ailleurs difficile à prendre, Khaled Kaddour, limogé le 31 août 2018, en même temps que son ministère était démantelé, l’a appris à ses dépens.

L’ancien ministre voulait modifier l’organigramme de la CPG en créant les postes de directeur général et de président du conseil. Youssef Chahed lui avait donné son accord mais, constate Khaled Kadour, « à ce jour rien n’a été fait ».

L’ancien ministre n’a pas été entendu non plus sur l’épineux dossier de Gafsa, où il s’est trouvé en désaccord avec son Premier ministre. Celui-ci pousse à des recrutements massifs. « Ce sont des emplois assez bien payés, mais dont les titulaires passent leurs journées à se tourner les pouces, car ils ne répondent à aucun besoin réel », critique un proche du dossier.

Convaincu que ces nouvelles embauches n’allaient pas résoudre les problèmes de Gafsa, mais aggraver les problèmes financiers de la CPG, Khaled Kaddour s’y est opposé, proposant plutôt des actions susceptibles d’améliorer progressivement la qualité de vie des habitants de la région. Des discussions étaient en cours avec la Banque mondiale, autour de divers projets sociaux.

Par exemple, pour l’université « qui ne fait depuis vingt ans que produire des chômeurs », ce spécialiste de la prospective a trouvé un moyen rapide lui permettant d’offrir de meilleures chances d’embauche, tant en Tunisie qu’à l’étranger : y dispenser un enseignement en anglais, en coopération avec une université coréenne.

Mais là encore « rien n’a été fait. Il n’y a pas eu de suivi », se désole l’ancien ministre. En acceptant de prendre la tête de la CPG, Abdellatif Hamam s’est engagé dans une mission périlleuse. Ce, à deux ans de la retraite…

ENCADRE

Parcours

Abdellatif Hamam n’est pas un spécialiste de l’industrie, ni des mines, mais a une solide expérience de dirigeant. Il a présidé l’Office national du tourisme tunisien, pendant quelques mois en 2015, l’École nationale d’administration deux ans plus tard, après avoir occupé le fauteuil de secrétaire d’État au Commerce.

Il a passé le début de sa carrière dans l’administration, au ministère de l’Industrie, puis de l’Économie. De 2000 à 2008, il a occupé le poste de directeur des Réformes et des études prospectives administratives, auprès du Premier ministre.

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