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Mines

Tunisie : Comment relancer les phosphates de Gafsa ?

La Compagnie des phosphates de Gafsa a un nouveau PDG, Abdelattif Hamam. Un casse-tête pour cet homme d’expérience, tant l’entreprise, au coeur d’intérêts divers, cumule les handicaps. Dans une région traversée par les tensions sociales, la CPG est un dossier sensible.

Tunis, Moncef Mahroug

Le 27 septembre 2018, Abdellatif Hamam a probablement entamé la phase la plus délicate de sa longue carrière. Ce jour-là, il a été nommé PDG de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) et du Groupe chimique de Tunisie (GCT). Cet homme d’expériencea fort à faire.

Certes, il trouve là l’ensemble économique public le plus important du pays qui, avant 2011, dégageait des recettes de près de 900 millions de dinars par an (263 millions d’euros), et contribuait à hauteur de 4 % au PIB de la Tunisie. Mais le nouveau responsable trouve surtout l’entreprise la plus compliquée à gérer de Tunisie, de surcroît dans une région, celle de Gafsa, la plus bouillonnante socialement. De facto, la CPG est exsangue.

Que peut faire le nouveau PDG ? Comment entend-il s’y rendre pour remettre d’aplomb l’entreprise qu’il dirige et, par ricochet,
contribuer à améliorer la qualité de vie de la population de Gafsa ?

D’incessants sit-in, blocages des voies ferrées, etc., ont causé la chute de sa production de près de moitié – de 7,3 millions de tonnes de phosphates avant 2011 à 3,9 mt en 2017 – et causé un manque à gagner estimé à plus de 5 milliards de dinars (1,46 milliard d’euros).

Résultat, alors qu’elle avait dégagé un bénéfice de 200 millions de dinars en 2011, elle voit son déficit se creuser d’année en année, pour atteindre 130 millions de dinars en 2018.

Entravée par son environnement, la CPG est aussi affectée de l’intérieur par de nombreux dysfonctionnements, manquements et irrégularités accumulés au fil des ans. Par exemple, elle subit le contrecoup d’une « guerre de tranchée » entre hauts responsables qui répugnent à se partager les prérogatives de l’ancienne direction générale.

De son côté, l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) lui a diagnostiqué, dans un rapport datant de 2017, des déficits en matière de transparence et de bonne gouvernance.

Le Think Tank patronal n’excluait pas de « possibles conflits d’intérêts ». Allusion à des accusations portées par diverses sources, qui accusent des dirigeants et leurs proches de détourner à leur profit une partie de la manne – 25 millions de dinars en 2017 – consacrée à l’action sociale de l’entreprise.

Le paradoxe Gafsa                                                                                        

Sur le plan de l’organisation, certains dénoncent l’important sureffectif, doublé d’une inadéquation des qualifications aux besoins de l’entreprise, en particulier chez les salariés recrutés depuis 2011. « Le nombre des employés a triplé en huit ans à 30 000 agents, mais la technicité a baissé. Auparavant on recrutait des polytechniciens, mais depuis quelques années on engage des diplômés d’arabe et de philosophie ! », regrette l’ancien ministre de l’Énergie, des mines et des énergies renouvelables, Khaled Kaddour. De plus, la CPG utilise de très vieux équipements qui n’ont pas été renouvelés depuis très longtemps.

La région de Gafsa constitue un paradoxe

Si elle ne compte pas parmi les plus pauvres du pays, elle manque particulièrement d’accès aux services de base, comme l’éducation, l’eau, et la santé. Et bien sûr à l’emploi.

À cause du manque de moyens et d’enseignants – à l’université de Gafsa, ce sont des professeurs du secondaire qui enseignent –, et d’infrastructures comme les bibliothèques, ce gouvernorat a le plus faible taux de réussite de la Tunisie.

Pour le bac, il ne dépasse pas 23 %, loin du record (56%) de Sfax. « Les jeunes de la région n’ont pas de niveau. C’est pour cela qu’ils ne réussissent pas aux concours de recrutement lancés par des entreprises ».

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