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Mines

Le Cameroun en passe de devenir leader de la bauxite

Il est en passe de devenir l’un des plus importants projets de bauxite du monde, et le premier site minier du Cameroun. Minim-Martap se révèle très prometteur, selon les études minières qui restent à confirmer, avant une phase d’exploitation qui pourrait débuter en 2022.

Par Laurent Soucaille

Canyon Resources fait part de son sentiment « extrêmement positif » à l’égard de son méga projet de bauxite au Cameroun. Ce constat fait suite à une visite d’ingénieurs mandatés par la compagnie australienne sur le site de Minim-Martap et Ngaoundal, au nord du Cameroun, les 13 et 14 février 2020.

Ils étaient accompagnés de divers professionnels et de représentants du gouvernement camerounais, lequel avait choisi de confier les études de faisabilité du projet à la société australienne en 2018. Sa filiale camerounaise Camalco a tôt fait d’identifier 65 nouveau plateaux de minerai, en plus des 14 déjà identifiés par Cameroon Alumina, ancien détenteur des permis d’exploitation.

Un communiqué de la compagnie révèle qu’après une étude approfondie de 16 plateaux, le potentiel du projet est porté à 892 millions de tonnes, dont 250 millions de tonnes « à très haute teneur » de bauxite. Très recherché, ce minerai entre dans la composition de l’aluminium. Jusque-là, le consortium CAL faisait état de 342 millions de tonnes.

L’exploitation pourrait débuter dès 2023, voire 2022, une fois obtenues les autorisations administratives. Charge à Camalco de « faire progresser le développement de ce projet de bauxite d’importance mondiale, de manière responsable et efficace ».

 

« Un examen détaillé de l’exploration effectué par SRK Consulting confirme que plus de la moitié de la zone forée pour les ressources en vrac contient plus de 50% d’oxyde d’aluminium (Al2O3) avec une très faible quantité de contaminants », précise aujourd’hui Canyon Resources, confirmant des données publiées l’an dernier. L’étude de faisabilité complète du projet minier est attendue pour avril 2020.

Un projet d’importance mondiale

Selon le chef du projet d’exploration de Minim-Martap et Ngaoundal chez Canyon Resources, James Durrant, l’examen approfondi des 63 plateaux restants pourrait porter le potentiel du gisement à environ 2 milliards de tonnes de bauxite. Ce qui en ferait « probablement le plus grand gisement du monde, en quantité et qualité », précise-t-il.

Ces données classent le site camerounais parmi les plus importants au monde, à des niveaux comparables à ceux des plateaux de bauxites de la Guinée qui détient plus des deux tiers des réserves mondiales.

La « superbe organisation » de cette visite de terrain reflète « la qualité de l’équipe Camalco au Cameroun », indique le responsable qui a tenu à remercier « au nom de l’entreprise, tous ceux qui ont rendu cela possible et qui contribuent à notre objectif d’amener le Minim-Martap Projet en phase de production de bauxite le plus rapidement possible ».

L’exploitation pourrait débuter dès 2023, voire 2022, une fois obtenues les autorisations administratives. Charge à Camalco de « faire progresser le développement de ce projet de bauxite d’importance mondiale, de manière responsable et efficace ».

La situation géographique du projet minier constitue un atout essentiel. Situé dans la région d’Adamawa, aux côtés du site de bauxite Birsok – également détenu par Canyon Resources -, le site comprend les gisements de Ngouandal et Minim-Martap, situés à moins de 25 km les uns des autres, sur des permis d’une superficie totale de 1 350 km2. Camalco a obtenu des permis d’exploration pour une période de trois ans.

Des infrastructures opérationnelles et accessibles

Selon les plans de ses promoteurs, qui doivent être peaufinés avant d’être présentés aux autorités camerounaises et aux partenaires financiers, il est prévu la construction d’une route de 20 kilomètres environ, qui partira des différents sites d’exploitation jusqu’à Makor.

À partir de cette ville de l’Adamaoua, déjà accessible par le rail au reste du pays, le minerai sera transporté jusqu’aux ports de Douala ou de Kribi, pour exportation.

En reprenant ainsi les permis sur les gisements de bauxite de Ngaoundal et de Minim Martap, après un peu plus de deux années de négociations avec l’État camerounais, l’australien Canyon Resources s’est engagé à mobiliser plus de 6 milliards de F.CFA (9,15 millions d’euros), afin de remplir son cahier des charges de trois ans.

Dans un premier temps, Canyon Resources entend produire et exporter une cargaison de trois millions de tonnes chaque année, avant de monter progressivement en puissance.

D’ailleurs, cette nouvelle constitue une opportunité remarquable pour le transporteur ferroviaire camerounais Camrail, qui jusqu’ici n’a jamais atteint les 2 millions de tonnes de marchandises transportées par an.

Avant tout cela, il faudra résoudre la délicate question du financement de ce qui pourrait devenir le tout premier projet d’exploitation minière à l’échelle industrielle du Cameroun.

Ces informations positives rejoignent les déclarations prononcées au printemps 2019 par Phillip Gallagher, le directeur exécutif de Canyon Resources, dans une interview accordée à la plateforme britannique Proactiv Investors : « Le projet Minim-Martap pourrait devenir l’un des gisements de bauxite les plus importants et les plus riches au monde, et il se situe à proximité d’infrastructures ferroviaires opérationnelles et accessibles. »

Le gouvernement est attentif

Rappelons que le 11 juillet 2018, le gouvernement camerounais avait délivré à la société Camalco trois licences d’exploration de gisements de bauxite de Minim Martap et de Ngaoundal, actant ainsi le retrait de ces licences à CAL.

Cette entreprise, fruit d’une coentreprise entre l’américain Hydromine, l’émirati Dubal Alumina et l’indien Hindalco, n’a pas pu conclure une convention minière avec l’État camerounais, après plusieurs années de négociations. 

Le 17 septembre 2018, dans la localité de Minim Martap, la filiale de Canyon Resources a procédé au lancement de « la dernière phase de recherche », avant le développement des gisements de bauxite de Minim Martap et de Ngaoundal, en présence du ministre camerounais des Mines. 

En reprenant ainsi les permis sur les gisements de bauxite de Ngaoundal et de Minim Martap, après un peu plus de deux années de négociations avec l’État camerounais, l’australien Canyon Resources s’est engagé à mobiliser plus de 6 milliards de F.CFA (9,15 millions d’euros), afin de remplir son cahier des charges de trois ans.

ENCADRE

Le FMI scrute le Cameroun

Pendant deux semaines, une mission d’assistance technique du FMI, conduite par Jean-Luc Helis, va étudier les réformes effectuées par le Cameroun dans le domaine de l’investissement public.

« Un certain nombre de progrès ont été réalisés au Cameroun dans le domaine des réformes des finances publiques et plus particulièrement des investissements publics depuis 2016. Notamment au niveau budgétaire, des partenariats public-privé et des coordinations entre le niveau central et le niveau local. Sur bien de ces aspects, le Cameroun est en avance par rapport à certains pays », a déclaré Jean Luc Helis, au sortir d’un entretien avec le ministre camerounais des Finances, le 19 février 2020.

Cependant, note le représentant du FMI, des problèmes subsistent « au niveau de l’allocation des ressources et de l’exécution des projets. C’est sur ces points précis que nous allons travailler »

Les sites de Camalco dans la région d’Adamawa

 

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