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Michael Kottoh : Comment mobiliser les fonds souverains

Le cabinet Konfidants peaufine un indicateur des fonds souverains africains. Michael Kottoh, directeur de la stratégie de l’Initiative AfroChampions et co-auteur du rapport African Wealth funds Index 2018 revient sur les potentialités nouvelles d’une redirection stratégique de ces fonds.

Propos recueillis par Olivier Deau

Quel est l’objectif de cet indicateur des Fonds souverains africains?

Il s’agissait de réaliser un tour d’horizon et une comparaison des fonds souverains en Afrique, mais également de poser la question de leur d’utilité et de la pertinence de ces structures pour contribuer au financement des économies africaines. Les fonds souverains dans le monde représentent 7 000 milliards de dollars. En Afrique, nous avons recensé 12 fonds souverains représentant 90 milliards $.

La gouvernance est un point essentiel, c’est pourquoi elle pèse plus du tiers de l’indice. À partir du moment où les fonds souverains investissent davantage dans leur économie, il faut leur trouver des partenaires stratégiques, nationaux et internationaux.

C’est encore trop peu, notamment au regard des nécessités de financement des infrastructures du continent qui à elles seules s’élèvent à 90 milliards $. Dans le même temps, on voit que le principe de ces fonds se développe en Afrique. Sur ceux que nous avons étudiés, cinq d’entre eux ont été créés après 2011 et sept pays, aujourd’hui, envisagent d’en créer. Dans un futur proche, nous aurons donc une vingtaine de fonds souverains.

De quels objectifs doivent se doter ses fonds pour servir l’idée d’une transformation des économies africaines ?

Le fonds souverain obéit à certains objectifs nationaux, différents selon les pays. Nous recensons trois objectifs majeurs : le premier est d’épargner pour les générations futures, le deuxième est de permettre une stabilisation de l’investissement ou des dépenses publiques pendant des phases de ralentissement économique, et le troisième est de financer des infrastructures. Les économies africaines ont besoin que ces fonds investissent davantage dans le troisième objectif, dans l’investissement en infrastructures, mais également dans l’investissement productif. Ce n’est pas assez le cas. Certains fonds investissent davantage à l’international sur les marchés de capitaux que dans leur propre pays.

Le thème central de votre rapport et de votre indice est « la pertinence ». Quelle méthodologie permet de la mesurer ?

Tout part de l’idée que les fonds souverains doivent servir à une transformation économique dans leur pays, ou plus largement, sur le continent. Nous avons subdivisé l’indice en quatre sous-indicateurs. Premièrement la gouvernance, c’est un point clef, car ces fonds doivent être bien gérés, de manière transparente et efficace. En deuxième lieu vient la taille. Il faut que les fonds souverains puissent avoir un effet de levier suffisant pour le financement d’infrastructures coûteuses. Troisièmement le mandat public. Il faut que les fonds souverains aient un mandat clair des gouvernements pour l’investissement domestique. Enfin, il ne faut pas qu’ils dépendent d’une seule source de financement, c’est la question de la durabilité.

Vous insistez sur la transparence et la gouvernance, mais a-t-il été simple de rassembler les informations financières et les engagements de ces fonds ?

Les fonds souverains sont historiquement très discrets et très peu enclins à la transparence. Nous avons travaillé à partir de données publiques et des sources crédibles, mais il était difficile de trouver des informations. Pourtant la gouvernance est un point essentiel, c’est pourquoi elle pèse plus du tiers de l’indice.

À partir du moment où ces fonds investissent davantage dans leur économie, il faut leur trouver des partenaires stratégiques, nationaux et internationaux. Ces derniers ne viendront que dans un contexte de transparence des informations. Cette transparence et la publication des états financiers sont aussi un moyen d’éviter une capture politique de ces fonds de financement. À ce titre, les fonds nigérians, ghanéens et angolais sont les plus exemplaires car les bilans et états financiers sont publiés en ligne. Nous souhaitons sensibiliser à la nécessité de cette transparence qui est la condition de l’efficacité.

Ces fonds ont leur culture propre, avec des mandats nationaux, sont-ils prêts à collaborer sur des projets communs, sachant que de nombreuses infrastructures transnationales doivent être réalisées pour développer les économies africaines ?

Des dialogues stratégiques sont déjà en train de se nouer. Je pense aux fonds marocain et nigérian, entre les marocains et les ghanéens également, ou entre les fonds

gabonais et angolais. Ces dialogues sont un début encourageant, mais nous devons aller plus loin pour développer une plateforme de travail en commun et investir en commun. C’est la raison pour laquelle AfroChampions a réuni à Accra les fonds souverains africains au cours du « Sovereign Wealth Fund Summit ». Les représentants ont convenu de fixer ensemble une feuille de route pour partager leurs « meilleures pratiques » et aller plus loin dans leurs collaborations.

Les secteurs privés ont-ils été associés à cette initiative ?

Tous les représentants des secteurs privés ont pris part au débat, mais également les cabinets en conseil et stratégie, les cabinets juridiques et les acteurs institutionnels et publics. Le gouvernement ghanéen a pris soin d’accueillir l’initiative au plus haut niveau de représentation puisque le vice-président de la République a introduit les débats. Nous trouverons un grand potentiel à développer les synergies entre ces fonds, et tous les acteurs en sont aujourd’hui conscients. 

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Written by African Business

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