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Média

L’Afrique peu traitée dans les JT français

En dix ans, les journaux télévisés du soir ont peu traité de l’Afrique. Leur attention se concentre sur les grands événements géopolitiques et moins sur les faits de société ou les grandes personnalités du continent.

Par Paule Fax

Le mois de juin 2020 devait marquer, en France, le point de départ de la saison culturelle Africa 2020, censée faire connaître davantage l’Afrique contemporaine dans l’hexagone. L’épidémie de Covid-19 aura perturbé grandement les festivités et annulé des rendez-vous, comme le sommet Afrique-France de Bordeaux.

Après l’ancien homme fort de la Libye, Mouammar Kadhafi c’est Abdel Fattah Al Sissi qui a été le plus mentionné parmi les dirigeants Africains. Suivent Alassane Ouattara, Jacob Zuma, Beji Caïd Essebsi et Laurent Gbagbo.

France2 a consacré le plus de reportages à l’Afrique devant Arte ; la chaîne culturelle franco-allemande y consacrant une part relative (10,8%) plus importante au sein de ses reportages.

Voulant néanmoins apporter sa pierre à l’édifice, l’INA (Institut national de l’audiovisuel) publie une courte étude sur la place de l’Afrique dans les médias français, plus particulièrement dans les journaux télévisés du soir des grandes chaînes françaises.

L’institut a passé au crible les « JT » de TF1, France2, France3, Canal+, M6 et Arte de ces neuf dernières années. L’INA avait déjà publié une analyse sur ce thème en 2011, portant sur les journaux télévisés de l’année précédente. « Certains résultats apparaissent comme des constantes : l’Afrique, qui rassemble près de 17% de la population mondiale, fait l’objet d’une attention à éclipse. »

L’Afrique occupe 2% à 5% des journaux télévisés les années creuses, mais jusqu’à 12 % lors du pic de médiatisation de 2011, l’année des « Printemps arabes ». L’Égypte, la Tunisie, la Libye et le Mali ont focalisé l’attention, tandis que l’Afrique subsaharienne, surtout non francophone, apparaît sous-médiatisée. Un phénomène un peu moins perceptible sur Arte, toutefois.

Comme souvent, les JT n’évoquent l’Afrique qu’à l’occasion de reportages sur la géopolitique, les conflits, et désormais sur le terrorisme. Voilà qui ne surprend guère compte tenu de la hiérarchisation de l’information, dans ces rendez-vous du soir. Peu de chefs d’États africains bénéficient d’une grande visibilité ; le plus cité en dix ans étant… Mouammar Kadhafi.

De 2011 à 2019, 14 600 sujets de journaux télévisés de 20 heures ont traité de l’Afrique, soit 4,4 sujets par jour en moyenne. Sur toutes ces années, la médiatisation du continent africain représente 5,4% des sujets d’information des chaînes françaises. Avec des variantes, donc, selon les années. L’Afrique n’a « pesé » que 3,4% des sujets en 2009 et 4,6% en 2010. En revanche, 12% des sujets étaient consacrés au continent en 2011 et 8,8% en 2013.

Dans l’ensemble, le continent apparaît, en France, moins médiatisé que l’Asie, mais plus que l’Amérique latine.

L’actualité chaude domine

Le pic de 2011 s’explique par une actualité géopolitique très chargée, notamment en Afrique du Nord : le soulèvement contre Mouammar Kadhafi et la guerre civile en Libye (864 sujets pour le seul 1er trimestre), les révolutions tunisienne (336 sujets en janvier) et égyptienne (613 sujets au 1er trimestre). La médiatisation de ces trois pays représente 74 % des sujets consacrés à l’Afrique cette année-là.

Viennent ensuite la crise politique en Côte d’Ivoire (205 sujets en avril pour la bataille d’Abidjan), les mouvements de protestation et l’attentat de Marrakech au Maroc, la mort de deux otages français au Niger, les manifestations pour le changement en Algérie, la famine en Somalie et l’enlèvement de la Française Marie Dedieu, au Kenya.

En 2013, l’événement le plus médiatisé est l’intervention militaire française au Mali (537 sujets au 1er trimestre). Viennent ensuite les manifestations et la destitution de Mohamed Morsi en Égypte (302 sujets en deux mois), l’état de santé de Nelson Mandela et son décès (213 sujets), et enfin le conflit en République centrafricaine (161 sujets en décembre).

Les questions d’otages (enlèvements, assassinats, libérations) totalisent 508 sujets et concernent majoritairement le Cameroun, le Nigeria, le Mali, le Niger et l’Algérie.

Plus des deux tiers des sujets (69%) s’intéressent aux sujets de géopolitique. Les sujets de société (5%) ou de culture (2%) étant réduits au strict minimum.

L’Égypte, la Libye, le Mali, la Tunisie et l’Algérie représentent 57% des citations. L’INA fait observer que le Rwanda n’a fait l’objet que de 107 sujets de reportage, soit le 23e rang, malgré la commémoration du 25e anniversaire du génocide des Tutsis du pays en 2019. Quant aux institutions internationales africaines, elles sont quasi absentes : elles n’ont été mentionnées que 84 fois en neuf ans, dont 48 pour l’Union africaine, 36 pour la Cedeao, pour moitié sur la chaîne Arte.

En matière de chaîne, c’est France2 qui a consacré le plus de reportages à l’Afrique devant Arte ; la chaîne culturelle franco-allemande y consacrant une part relative (10,8%) plus importante au sein de ses reportages.

La chaîne leader, TF1, n’a consacré que 4,3% de ses « sujets » à l’Afrique. Un téléspectateur attentif remarquera néanmoins que depuis quelques années, France Television consacre régulièrement des sujets à l’Afrique subsaharienne, en dehors de toute actualité brûlante.

Enfin, après l’ancien homme fort de la Libye, c’est Abdel Fattah Al Sissi qui a été le plus mentionné parmi les dirigeants Africains. Suivent Alassane Ouattara, Jacob Zuma, Beji Caïd Essebsi et Laurent Gbagbo.

L’INA regrette l’absence des femmes dans ce classement : la présidente de la Commission de l’Union africaine, par exemple, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, n’a totalisé que cinq passages sur la décennie, dans les JT français du soir.

 Totalité des données sur www.inatheque.fr.

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