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Littérature

Méditations marocaines : Chroniques d’un royaume surréaliste

Dans ce recueil de chroniques très courtes, mais pleines d’humour, Fouad Laroui pose son regard aussi pertinent qu’impertinent sur les divers sujets qui font l’actualité du monde contemporain.

Par Yasmina Lahlou

L’écrivain marocain Fouad Laroui rassemble dans Méditations marocaines les chroniques qu’il a écrites pendant deux ans, en 2015 et 2016, en suivant de son regard à la fois lucide et amusé l’actualité au fur et à mesure qu’elle se déroulait.

Entre récits à la première personne, anecdotes surprenantes, observations cocasses ou affligeantes au sujet de son pays natal, de la condition de Marocain résidant à l’étranger (France, Belgique, Pays-Bas), les sujets de ces méditations sont parfois très éloignés les uns des autres, mais l’analyse critique autant qu’humoristique de l’auteur sert de fil directeur et donne toute son unité à cet ouvrage.

Qu’il s’en accable ou s’en amuse, l’observation reste fine de son étrange royaume… ou plutôt ses deux royaumes, le Maroc et les Pays-Bas. Né en 1958, Fouad Laroui a été ingénieur au Maroc, professeur d’Économie en Angleterre, avant de devenir professeur de Littératures francophones…

La Belgique est, paraît-il, la patrie du surréalisme. Eh bien, les Belges se vantent et tout le monde se trompe : la vraie patrie du surréalisme, c’est le Maroc. Vous exigez des preuves ? En voici.

…à l’université d’Amsterdam. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages (romans, nouvelles, essais…), dont plusieurs ont été primés, parmi lesquels L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, prix Goncourt de la nouvelle.

Dans ces chroniques, on croise toute une galerie de personnages : ceux restés dans leur pays natal et ceux qui vivent en Europe. Ceux qui s’intègrent ou ceux qui se désintègrent ; ceux bien reçus par les habitants de leur pays d’accueil et ceux victimes d’islamophobie.

Sans oublier ces djihadistes qui achètent L’Islam pour les nuls ! Dans la chronique intitulée Nuls et fiers de l’être, Laroui raconte, avec une ironie consternée, l’aventure de deux djihadistes britanniques d’origine pakistanaise qui ont commandé ce manuel pour débutants avant de partir en Irak prêter allégeance au Califat autoproclamé. Fouad Laroui jubile à débusquer la bêtise…

Un regard acéré

Ces billets d’humeur et d’humour dessinent en creux le portrait insolite du peuple marocain à travers le monde, un peuple étonnant, parfois horripilant, souvent attachant et toujours un peu surréaliste. « La Belgique est, paraît-il, la patrie du surréalisme : voir René Magritte et son monde étrange et envoûtant, voir Scutenaire, Paul Delvaux, etc. Eh bien, les Belges se vantent et tout le monde se trompe : la vraie patrie du surréalisme, c’est le Maroc. Vous exigez des preuves ? En voici. »

Dans Statistique de la peur, l’auteur explique la méthodologie statisticienne de certains médias pour apeurer la population, aux Pays-Bas : « Les journaux publièrent des articles dont les titres s’étalaient en lettres de deuil : L’islam première religion à Amsterdam et à La Haye. » Si les sujets d’actualité sont la première source d’inspiration de ses billets, Laroui s’inspire aussi de ses proches, comme dans Conversation métaphysique avec ma mère.

Cette dernière s’étonne que les non-musulmans puissent également atteindre le paradis après leur mort et l’auteur de lui en apporter la preuve, grâce au verset 62 de la sourate II. Dans ce recueil, il n’y a pas que des coups de gueule, on y trouve aussi des textes admiratifs, comme Le Marocain exemplaire de Leipzig ou L’homme le plus honnête du monde, qui mettent à l’honneur de parfaits inconnus. Un regard acéré, parfois tendre ou ému sur le Maroc d’aujourd’hui, par l’un de ses plus talentueux écrivains.

C’est dire qu’il ne manque pas de matière puisée dans le réel pour rédiger ses chroniques qui, à l’origine, ont été publiées par le site d’information marocain Le360. ma et l’hebdomadaire Jeune Afrique. Nombre de sujets d’actualité sont abordés avec intelligence, recul, mais aussi avec une ironie mordante et c’est ce qui fait le plaisir de ces textes.

Les personnes, les institutions, les médias, les politiciens ou les gouvernements cités dans le livre ont plusieurs points en commun : l’ignorance, voire la bêtise, le non-respect de l’autre, le fanatisme, et autres tares qui agacent prodigieuse-ment l’auteur, et nous avec lui.

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