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Littérature

Les Noirs en France : Une histoire méconnue

Des Noirs vivent en France depuis le xviiie siècle. Leur histoire, largement occultée, participe pourtant des grands bouleversements qu’a connus la France depuis deux cents ans, de la Révolution aux mouvements politiques et sociaux contemporains. 

Par Guillaume Weill-Raynal 

À la veille de la Révolution française, des paysans d’un petit village de Franche-Comté, pourtant peu au fait de l’esprit des Lumières, demandent au Roi, par l’entremise des Cahiers de doléances, d’abolir l’esclavage, jugé incompatible avec les valeurs de leur religion.

À la même époque, se crée à Paris, à l’initiative de l’Abbé Grégoire, une Société des amis des Noirs, à laquelle se joindront, entre autres, Lafayette, Mirabeau et Condorcet. Des faits peu connus, que Macodou Ndiaye et Florence Alexis, dans Les Noirs en France, tirent de l’oubli historique dans lequel la mémoire collective les avait laissés, au profit de thématiques plus récentes liées à la décolonisation ou l’immigration. 

Car la présence des Noirs sur le sol français est plus ancienne qu’on ne le croit habituellement. Quelque 10 000 Noirs vivaient à Paris au xviiie siècle ! Et leur histoire se confond avec celle de la France, comme un point aveugle mais crucial de l’ensemble des mouvements d’idées et des bouleversements qui l’ont jalonnée depuis deux cents ans, aussi bien dans l’Hexagone qu’au-delà de ses frontières, dans ses interactions avec le reste du monde. Il en est ainsi de l’abolition de l’esclavage qui, dans ce contexte, apparaît bien plus complexe qu’une simple mesure législative dictée par le bon sens humaniste. 

La question du statut civil des Noirs vivant en France était alors délicate, maintes fois remaniée par divers édits royaux, s’inspirant tous d’un premier édit du roi Louis X – datant de 1315 ! – stipulant que « nul ne peut être tenu en esclavage sur le sol français ». 

À Paris, la rencontre d’Africains, d’Afro- Américains et d’Antillais favorise l’émergence de multiples mouvements, politiques, économiques et sociaux pour l’égalité de droits et l’intégration, mais aussi, culturels, artistiques, littéraires et musicaux.

Un principe sacro-saint qui interdisait aux Français des colonies de passage en France de maintenir leurs « domestiques » dans les liens de l’asservissement.

Une population affranchie (au plein sens étymologique du terme), vivant à Paris, Bordeaux ou Nantes, exerçant divers petits métiers (serviteurs, bonnes d’enfants, forgerons, charpentiers, perruquiers), mais dont l’intégration n’allait évidemment pas de soi, la population française voyant parfois d’un mauvais oeil d’éventuels concurrents économiques, ou s’effrayant des désordres sociaux susceptibles d’être causés par les mariages mixtes… 

Un effet miroir pour les auteurs 

D’un autre côté, le pouvoir royal se refusait à renvoyer ces Noirs libres à Saint-Domingue (qui jouait un rôle économique prépondérant dans la richesse du pays), par crainte de les y voir se transformer en fauteurs de troubles émancipateurs.

La « question noire », au centre de celle de l’abolition de l’esclavage connaîtra ainsi de profondes répercussions, notamment à travers la guerre d’indépendance de Haïti, soeur jumelle de la Révolution française. 

Une France révolutionnaire qui fascinera le monde entier durant tout le xixe siècle, à commencer par les Noirs américains, en lutte eux-mêmes pour leur émancipation et qui regardent le pays des Lumières comme une terre de liberté.

Les tirailleurs sénégalais seront partie intégrante des forces jetées dans la Première Guerre mondiale, de même que les soldats Noirs américains des armées alliées venues libérer la France. L’histoire de l’entre-deux-guerres est aussi celles des Noirs.

À Paris, la rencontre d’Africains, d’Afro-Américains et d’Antillais favorise l’émergence de multiples mouvements, politiques, économiques et sociaux pour l’égalité de droits et l’intégration, mais aussi, culturels, artistiques, littéraires et musicaux. 

Le livre Les Noirs en France

Un récit en forme d’effet miroir qui entre en résonance avec le parcours de ses auteurs : Florence Alexis est franco-haïtienne et a occupé divers postes à l’Unesco, ainsi qu’au ministère français des Outre-Mer.

Macodou Ndiaye est Sénégalais ; journaliste, correspondant en Afrique australe, il a enseigné la philosophie, l’histoire et la sociologie politique à l’université de Paris-VIII, et a été membre du Conseil national pour l’intégration des populations immigrées en France ainsi que vice-président de la Ligue africaine des droits de l’homme et des peuples.

Deux parcours qui s’inscrivent eux-mêmes dans l’histoire mondialisée de l’Afrique.

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