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Littérature

Histoire de la Tunisie, de Carthage à nos jours: Un autre regard sur la Tunisie

Un ouvrage copieux, plus de 500 pages, revisite l’histoire de la Tunisie. Sophie Bessis nous plonge dans l’histoire pour saisir la singularité et la richesse du pays.

Par Khaled Chérif 

Historienne de renom, Sophie Bessis exalte le rôle de Carthage dans la Méditerranée antique. Elle remet en question, avec pertinence, l’histoire d’une Tunisie trimillénaire écrite par les vainqueurs, lesquels opposent l’infériorité sémite à la supériorité gréco-latine.

Faisant preuve d’un savoir encyclopédique, elle pose les bonnes questions en tant que spécialiste, tout en cherchant, en tant que Tunisienne amoureuse de son pays, à mettre en doute certaines datations et certains récits écrits par des historiens pas toujours objectifs, plusieurs siècles après les faits !

Ces récits ont donné lieu à la construction de figures héroïques et mythiques. Enfin, elle regrette l’absence de sources autochtones et l’origine presque exclusivement étrangère des connaissances sur les époques puniques et romaines, sur les règnes des Vandales et de Byzance, et même sur la conquête arabe ; autant d’éléments qui ne permettent pas d’appréhender toute la vérité historique. 

Comment saisir en effet la réalité quand les dates sont incertaines, les données floues et les chiffres contradictoires ? Comment déceler dans ces conditions ce qui n’est que parti pris et propagande ? Comment faire la part du mythe et du réel ? Les controverses ne sont pas éteintes et les points de vue des historiens modernes sont encore divergents. 

Sans répondre aux questions qui font débat parmi les spécialistes, Histoire de la Tunisie, de Carthage à nos jours avance quelques constats qui illustrent la complexité des sujets.

Elle réserve à Bourguiba un portrait élogieux, sans négliger quelques zones d’ombre. Pour avoir le recul nécessaire, il aurait peut-être fallu ne pas s’aventurer à couvrir une actualité si proche de nous.

Et l’auteur apporte une masse d’informations utiles et riches sur tous les aspects politiques, administratifs, militaires, sociétaux, religieux, économiques et culturels de la vie dans le pays. Rien n’est passé sous silence et le lecteur est captivé, admiratif, par la narration de 3 000 ans d’histoire. 

Sophie Bessis émet des hypothèses et trouve des explications plausibles, quand des divergences existent parmi les historiens. Ce travail de fourmi, qui a nécessité un effort colossal, fournit une vision éclairée, impartiale et indépendante sur « l’exception, la singularité, la spécificité tunisienne à nulle autre pareille ». 

Elle met en relief une constance de la Tunisie éternelle, celle de l’hégémonie du littoral face à l’arrière-pays, un fossé permanent creusé entre la zone côtière et l’intérieur.

Elle apporte, en particulier, une analyse poussée et rigoureuse sur des sujets qui lui tiennent à coeur et qu’elle maîtrise parfaitement sur la société, de l’Ifriqia à nos jours : les femmes, l’agriculture, la religion, l’enseignement, l’esclavage, la fiscalité, la structure étatique… L’historienne montre que les femmes ne sont pas libres, dans les sociétés traditionnelles, mais elle revient à plusieurs reprises sur l’importance de leur rôle et la liberté dont certaines jouissent au sein de la société. 

Au bout de 200 pages très denses d’une lecture facile et enrichissante, on aborde la Tunisie contemporaine à partir de 1830, à laquelle l’auteure consacre plus de 300 pages.

Même si comparaison n’est pas raison, elle souligne que « les entreprises coloniales romaine et française peuvent revêtir des habits similaires au-delà des millénaires, des contextes et des circonstances qui les séparent, en ayant pour objectifs l’occupation, l’exploitation, la romanisation ou la francisation». 

Tout en valorisant, tout au long de ce récit magistral, la spécificité tunisienne, Sophie Bessis reconnaît que les Tunisiens ont un rapport problématique avec leur histoire car « aucun consensus n’a pu émerger ».

Cette histoire continue d’être un facteur de polarisation au gré des instrumentalisations qui en sont faites. Les idées venues d’Orient s’entrecroisent avec celles venues d’Europe. 

Militante des droits de l’homme, l’historienne et journaliste a eu la témérité de n’arrêter son récit qu’en 2015, juste après la révolution qui a emporté le deuxième président de la République, sur lequel elle porte un jugement sans appel.

En revanche, elle réserve à Bourguiba un portrait élogieux, sans négliger quelques zones d’ombre. Pour avoir le recul nécessaire, il aurait peut-être fallu ne pas s’aventurer à couvrir une actualité si proche de nous. Quoi qu’il en soit le livre est un document historique indispensable pour connaître le riche passé d’un pays exceptionnel.  

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