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Littérature

Du roman noir, de l’espionnage, de la tragédie à l’homme du pire…

La littérature, c’est connu, a ceci de particulier qu’elle est un excellent pont pour rapprocher nos sociétés… à travers les livres.

Par Serges David

Tout commence par une méprise. Adélaïde Haucourt, l’héroïne et le personnage principal du roman de Isabelle Rochet La rescapée de Cocody (Cocody étant une commune de Abidjan la capitale ivoirienne) (Edition L’Harmattan, 17 euros), est une espionne.

La rescapée de Cocody de Isabelle Rochet

Rien de nouveau. Sauf qu’elle est une espionne à son insu et à son corps défendant. elle est recrutée par les services de contre-espionnage américains CIA.

La rescapée de Cocody

Commence alors une vie haletante pour une personne qui se rêvait interprète !!! Tour à tour, la Côte d’Ivoire, l’Afrique, la France, l’Europe, les USA et bien d’autres endroits sont le théâtre d’action du personnage de Rochet.

Ce roman d’espionnage, le premier de Isabelle Rochet échappe aux lieux communs et aux clichés. Il est royalement mené. Le récit est un savant dosage d’intrigues, de rebondissements où se mêlent amour, sexes, secrets, jalousie, affrontements et concurrence. Au tournant de cette trépidante vie, Adélaïde Haucourt se voit espionner pour les USA et pour… la France.

Débutent alors, non pas un, mais plusieurs récits rythmés, cadencés, où tous les coups sont donnés et où ils font en donner pour ne pas tomber. L’héroïne pourra-t-elle mener cette vie faite de concussions, de roublardise, de faux, de secrets et de dangers ? Ne met-elle pas en situation tragique son entourage avec sa main gauche dans l’espionnage américain et sa main droite chez les Français ?

La Côte d’Ivoire, son pays de naissance, ne subira-t-elle pas les conséquences des choix de Adélaïde Haucourt ? Autant de questions qui trouvent ou pas des réponses inattendues ou pas dans les 184 pages de La rescapée de Cocody. A travers ce roman, Isabelle Rochet ouvre l’univers exaltant et feutré du renseignement…

La cage de Lilja Sigurdardottir

Lilja Sigurdardottir n’est pas allée petitement, elle est allée doctement avec La cage (Edition Métaillié, 20196, 20 euros) son roman qui a remporté en 2018 le prix du meilleur polar islandais. La cage est même nominé pour le Glass Key 2019.

Avec cette œuvre Sigurdardottir signe un retour remarqué dans le domaine du thriller haletant. Le récit est mouvementé et rebondissant ainsi que les intrigues qui s’imbriquent les unes aux autres pour donner une immense histoire.

La cage

L’héroïne Agla est accusée d’évasion de capitaux, elle va en prison quand une main salvatrice passe par là…Pendant ce temps, le rejeton d’un baron de la pègre, membre d’une des plus grosses camarillas se découvre un amour irrésistible et il va se donner les moyens mêmes les moins licites pour parvenir à ses fins.

Il faut être Lilja Sigurdardottir pour réussir à lier ces deux occurrences et aboutir à un des fléaux les plus désastreux de ces dernières années : Les trafics de matières premières et la vente ainsi que le transport de la drogue. Le tout sous fond d’une histoire amoureux à la Titanic, mais avec beaucoup d’incertitudes et d’innombrables questionnements.

C’est que le style de l’auteur islandaise de 47 ans prend tout son volume et tout son sens avec notamment des rebondissements, une intelligence souriante dans la narration des faits dont le rapport de causes à effets n’est, a priori, pas encore établie.

La cage est un roman majeur qui puise sa rythmique et son atmosphère dans l’environnement de Lilja Sigurdardottir connue surtout pour ses romans et théâtres noirs. Le livre a été traduit de l’islandais en français par Jean-Christophe Salaun et est édicté par les Editions Métaillié et maintenant disponible en France.

Le cartographe des Indes boréales de Olivier Turc

Ce magistral roman est tellement réaliste qu’il frise l’essai ; le journaliste et écrivain français Olivier Turc met en scène un jeune-homme basque qui vogue à la recherche et à l’assouvissement de son rêve : celui d’être un harponneur ! Va-t-il réussir ?

Sans trop savoir, il est espion du cardinal Richelieu, et contre toute attente se retrouve dans une Suède, en ébullition permanente, en révolte permanente, avec des Lapons « fiers » qui ne veulent pas courber l’échine face à la menace de l’inquisition et à la caporalisation de l’armée.

Le cartographe des Indes boréales

Izko, le personnage du roman Le cartographe des Indes boréales, (édition Métaillié, mars 2019, 23 euros) virevolte dans un monde invisible, mais dont la présence est saisissante ; dans ce monde donc, il est témoin d’une étrangéité inexplicable d’une femme fugitive qui accouche et d’un homme tué. Pour lui, s’ouvre des possibles. Comment interpréter ces deux faits ?

L’auteur, amène par là aussi, le lecteur à une introspection et une concentration hardies…qui souvent l’identifient à Izko. Car ce dernier doit « frôler mille morts, endurer cent cachots pour conjurer le sort et trouver sa liberté », aux côtés de ses compagnons d’infortune : les Lapons.

Certes, Le cartographe des Indes boréales est un roman, mais il est aussi à la fois un singulier pluralisant, car il est tour à tour un récit, des aventures, une soif de liberté d’autochtones Lapons convertis par la force par des prêtes trop entreprenants, la folie de grandeur de gladiateurs des arènes qui se rêvent combattants pour financer leur guerre avec les mines d’argent issues des Indes boréales…

Cette œuvre extraordinairement riche d’aventures plonge le lecteur dans un monde où on le voit partir doucement traînant derrière lui son étrange et subtil étonnement de ce que l’Homme est capable du pire comme du bon et inversement.        

Sous la grande roue de Selva Almada

Comment deux personnes amies de longue, de très longue date en viennent au pire et au drame en sortant les couteaux, l’une contre l’autre ?

Sous la grande roue

Pourtant tout liait ces deux hommes. D’abord le hasard de la naissance « nés à quelques heures intervalle dans la même clinique ». Ensuite, la proximité « ils grandissent ensemble dans des maisons voisines ». La complicité entre ces personnages invariablement héros et victimes était telle que nul ne vu venir la tragédie.

Justement cette tragédie, c’est dans ce registre qu’excelle Salva Almada. D’ailleurs son premier roman Après l’orage (2002) n’a-t-il pas eu les critiques dithyrambiques pour un premier jet ? Le drame, Almada, s’y connait ! Elle en donnait un rayon déjà avec Les jeunes mortes, « une enquête très personnelle sur les féminicides impunis en Argentine ».

Adossée donc sur ses acquis Sous la grande roue (Editions Métaillié, mars 2019, 18 euros) et traduit de l’espagnol (Argentine) par Laura Alcoba, est le reflet de la profondeur de l’auteure. Elle y amène le lecteur dans l’incroyable rapport existant et ineffable entre amour et violence à travers un récit captivant, fait de tristesses et d’incompréhensions.

On ne voit pas venir ce glissement qui tient à la fois de la dimension tant sémantique que celle liée à l’histoire narrée. Et c’est là, tout le charme pittoresque du style de Selva Almada qui a la réputation d’être « une des voix les plus fortes et les plus intéressantes de la littérature hispano-américaine… ».

Des romans à lire

Sous la grande roue est solidement écrit, la sémiologie y est magnifiée, et la sémiotique parfaitement présente, le récit en lui-même est « extrêmement riche », et surtout d’une « grande ampleur ». Outre la tragédie contenue dans le roman, Salva Almada entre aussi dans le monde rural pour avec ses poncifs, ses heurts et très souvent ses malheurs. Une œuvre rigoureusement majeure…

Une réponse à “Du roman noir, de l’espionnage, de la tragédie à l’homme du pire…”

  1. Author Thumbnail ROCHET dit :

    Un grand merci à Serges David pour cette sympathique chronique de mon premier roman « La Rescapée de Cocody ». Pour votre information mon deuxième roman : « Le savon de la forêt » vient de paraître aux éditions l’Harmattan. C’est le premier volume d’une saga familiale qui se déroule dans la Côte d’Ivoire de l’entre-deux-guerres. Dépaysement garanti !

    Bien cordialement.

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