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Littérature

Des oeuvres en peine de reconnaissance

En manque de visibilité et fortement concurrencés par le poids de l’édition française dans la diffusion d’auteurs africains, les éditeurs du continent s’appuient sur l’évènementiel en Europe pour faire connaître leurs titres. 

Par Nicolas Bouchet 

Auteurs et éditeurs africains étaient bien présents au salon Livre Paris 2019, à travers les stands communs dédiés à certains pays tels l’Algérie, la Côte d’Ivoire, l’Égypte et la Tunisie, et par des représentations d’éditeurs du continent, de ces mêmes pays, mais aussi du Bénin, du Cameroun, du Congo-Brazzaville, de Guinée et du Sénégal. 

Leur présence était cependant dispersée et, confrontée à l’immensité du salon, n’a pu cacher que la diffusion de la créativité littéraire africaine est souvent une affaire européenne ou nord-américaine, tant il est vrai qu’on trouvera Charline Effah chez l’éditeur français La Cheminante, ou Adrian Igoni Barrett chez l’américain Graywolf Press.

Une dynamique menée aussi indirectement, comme s’y emploient les déclinaisons guinéennes et sénégalaises de L’Harmattan, à rebours du travail des sociétés d’édition africaines pour trouver des auteurs avant leurs concurrents étrangers et surtout pour les retenir auprès d’elles une fois le succès atteint. 

En forme de compromis, les deux dernières éditions de Livre Paris avaient connu un pavillon des Lettres d’Afrique, alors organisé par Aminata Diop- Johnson, spécialiste de l’événementiel et du livre africain, et qui assurait une visibilité équitable des auteurs africains.

La commercialisation des livres africains demeure tributaire des plateformes spécialisées d’e-commerce, aptes à la vente des versions physiques et numériques des titres, et des plus rares évènements où les lecteurs viennent à la rencontre du livre.

Ce pavillon a même représenté en son temps le plus grand espace de Livre Paris (400 m2 en 2017 et en 2018), profitant d’un cofinancement assuré entre autres par la Côte d’Ivoire et l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie).

Il n’a pourtant pas été reconduit en 2019 et pourrait poursuivre sa route lors d’autres rendez-vous comme le Salon du livre de Francfort, plus grand événement littéraire au monde auquel participent depuis 2017 les éditeurs africains, sous condition, selon Aminata Diop Johnson, de « réviser la machine et trouver de nouveaux fonds ».

Mais à Paris cette année, le livre africain s’est trouvé de nouveau mis au défi de sa visibilité dans le plus grand salon littéraire de France. 

Un prix bienvenu 

La diffusion est un enjeu fort pour des livres qui doivent souvent « passer par la France pour être trouvés », observe Yamen Manaï, écrivain tunisien présent à Livre Paris et qui déplore le véritable « combat » que les auteurs doivent mener pour faire arriver leurs oeuvres à Paris hors des périodes d’organisation des salons littéraires, obligeant certains à recourir à la coédition pour mutualiser les coûts de création et les coûts fixes. 

La commercialisation en elle-même demeure tributaire des plateformes spécialisées d’e-commerce, aptes à la vente des versions physiques et numériques des titres, et des plus rares événements où les lecteurs viennent à la rencontre du livre.

Dans cette configuration, le livre africain a profité d’un coup de pouce bienvenu par la présentation, le vendredi 15 mars, des finalistes du POLA (Prix Orange du livre Afrique).

Comme un point de ralliement pour les auteurs et éditeurs africains dispersés dans l’espace du Salon Livre Paris, ce moment de formalisme donne à la production littéraire africaine des visages venus de Côte d’Ivoire, du Cameroun, du Maroc, de Tunisie, et du Sénégal. 

Le POLA, remis par la Fondation Orange et pour l’instant limité à l’Afrique francophone, récompensera un auteur à Yaoundé, le 23 mai, parmi les six finalistes, eux-mêmes issus d’une sélection établie parmi les propositions de 39 maisons d’éditions venues de 16 pays.

Présente lors de la présentation des auteurs finalistes, la présidente déléguée de la Fondation Orange, Christine Albanel, assure que ce prix s’« inscrit dans la continuité de notre engagement depuis plus de dix ans auprès des jeunes auteurs et dans notre volonté de soutenir aujourd’hui la création littéraire africaine ».

Une seule certitude, énoncée avec humour par l’écrivain marocain Youssouf Amine Elalamy, présent parmi les finalistes du POLA, « le prix reviendra à un Africain, et c’est une avancée ! ».

Les états généraux du livre en français, lancés en 2018, devraient aussi, selon le journaliste littéraire Hubert Artus, aider à décentrer le livre africain des salons et lui permettre d’« exister en dehors de la seule place de Paris », ce qui suppose un soutien délibéré des gouvernements des pays d’origine des auteurs et des éditeurs.

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