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La phrase du jour

Winnie Odinga :«Donnez-nous des emplois!»

Bien que l’on parle beaucoup du potentiel de la jeunesse africaine, trouver un emploi dans un marché saturé est devenu quasi-impossible. Nous devons briser ce cercle vicieux pour éviter un avenir désastreux.

Par Winnie Odinga

Il y a quelques semaines, j’ai invité plusieurs amies. C’était vendredi soir et nous voulions passer une soirée calme. Nous sommes sept jeunes femmes, toutes âgées entre 25 et 30 ans. Ensemble, nous totalisons huit licences, sept masters, deux doctorats et un diplôme d’ingénieur en aérospatiale. Aucune de nous n’a d’emploi fixe. Non pas parce que nous n’essayons pas, mais pour la raison que je vais vous exposer ici. 

Qu’arrive-t-il à nos jeunes ? Nous sommes les témoins d’une réalité que le continent doit changer. Ces dernières années, nous avons vu l’Europe payer cher le prix de n’avoir pas tenu compte de cette réalité. Nos jeunes se radicalisent et cela se produit à plus grande échelle et plus rapidement que nous ne le pensons. 

Mais revenons-en à notre conversation entre amies. « Rejoindre l’un de ces groupes est trop facile. Il suffit que je me connecte à Internet, que je trouve un site Web et, demain matin, je serai à bord d’un avion qui me conduira vers une nouvelle vie », a répondu l’une d’elles.« Si j’échoue encore au prochain entretien, il faudra que je commence à envisager des solutions radicalement différentes », a lancé une autre. 

Des jeunes Africains pragmatiques 

Au fil de cette discussion, je voyais une réalité qui touche des millions de jeunes gens sur ce continent – un sentiment de désespoir si vif que même le terrorisme semble une solution viable. Nous avons tous entendu les discours politiques nous expliquant comment tel ou tel gouvernement allait créer des emplois. Nous avons accepté cette politique pour ce qu’elle est : une routine. 

Les jeunes Africains pragmatiques ont recherché des emplois sur le Web et en se rendant dans les agences de recherche d’emploi. Ils se sont présentés fin prêts aux entretiens.

La chaîne de valeur comporte suffisamment d’argent et d’emplois. Au lieu d’exporter des matières premières brutes, construisons des usines et des raffineries qui créeront des emplois d’ingénieurs, de gérants, de comptables, d’informaticiens et des millions d’autres.

Ils ont impressionné tous les responsables des ressources humaines et les directeurs de société. Ils ont modifié et remodifié leur CV des dizaines de fois. Ils ont parcouru des milliers d’annonces d’emploi dans leur pays et cherchent maintenant à l’étranger. Ils se réveillent paniqués au milieu de la nuit pour consulter en ligne des annonces d’emploi pour lesquelles ils sont beaucoup trop qualifiés. 

On a vu récemment aux informations l’esclavage moderne dont sont victimes des Africains au Moyen-Orient. Cette situation a pu choquer les médias occidentaux, mais elle est extrêmement courante pour les jeunes Africains qui recherchent une certaine ascension sociale. Des bateaux chargés d’Africains de l’Ouest essayant de se rendre en Europe chavirent chaque jour en Méditerranée.

J’ai vu récemment un groupe d’Érythréens qui a traversé le désert à pied, puis la mer pour aller au Yémen, déchiré par la guerre. À un journaliste qui leur demandait s’ils savaient que le pays était en proie à une guerre civile, ils ont simplement répondu que cela leur était égal. Ces jeunes Africains supplient des étrangers sur LinkedIn de simplement regarder leur CV.

Ils ont renoncé, réessayé, prié, bu, dansé ; ils ont tout fait sauf tuer pour trouver un emploi – ce qui est aussi difficile que de décrocher une bourse pour étudier à Harvard. Leurs difficultés sont devenues un sujet de discussion aux réunions de famille ; on les présente sans cesse à des «amis» susceptibles de les aider. 

Bâtir un nouveau modèle 

Winnie et son père Raila Odinga

Ils ont fait mille et une recherches. Ils ne reçoivent même pas de texto quand leur candidature est rejetée. Après un entretien, ils passent les semaines suivantes à retrouver le courage d’appeler ou d’envoyer un mail à un nouvel employeur potentiel qui leur répète que leur profil est intéressant pour finalement ne plus les contacter.

En raison du nombre élevé de candidatures qu’elles reçoivent, les sociétés font passer plusieurs entretiens pour ne même pas daigner leur faire part du résultat. Il y a aussi des pièges : « Venez faire un stage et nous verrons dans six mois ». Deux ans plus tard, vous portez toujours l’attaché-case du patron. 

Chaque pays a ses propres problèmes et s’y attaque généralement seul. Mais, sur ce point, les jeunes Africains parlent d’une seule voix : « Donnez-nous des emplois ! » 

Depuis trop longtemps, l’Afrique investit dans un modèle qui se limite à fournir des matières premières. La chaîne de valeur comporte suffisamment d’argent et d’emplois. Au lieu d’exporter des matières premières brutes, construisons des usines et des raffineries qui créeront des emplois d’ingénieurs, de gérants, de comptables, d’informaticiens et des millions d’autres.

Nous devons dépasser le modèle colonial qui consiste à vendre nos matières premières. Un niveau de chômage catastrophique est le symptôme d’une société malade. Nous ne pouvons plus nous contenter de discuter encore et toujours ; nous devons bâtir et investir, et passer au plan B.

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