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Afrique : Nouvelle voie et nouvel opposant*

Longtemps, des partis historiques, autour de la personne d’un leader charis­matique, avaient figuré une opposition idéologique, à la clientèle stable et rési­gnée à son statut toléré. Mais ces partis ont vieilli, se sont sclérosés ou mués en contre-pouvoirs intégrés à l’establishment.

Et s’ils sont parvenus au pouvoir, ils ont connu un échec cuisant : Laurent Gbagbo et son FPI en Côte d’Ivoire, ont plongé leur pays dans la guerre civile sur fond de dissen­sions ethniques et régionales ; Abdoulaye Wade avec son PDS au Sénégal, a vu son mandat sombrer dans l’autoritarisme.

Ils présentent donc des caractères communs, à double face : à l’intérieur, ils doivent jouir d’une légitimité due à la position sociale et politique de leur famille, de leur clan ou de leur ethnie. 

De nouvelles figures d’opposants politiques sont donc propulsées sur le devant de la scène, mues par une ambi­tion personnelle ou par une logique de carrière professionnelle : en Afrique aussi, la politique tend, avec ces nou­veaux venus, à devenir un métier.

Effec­tivement, ces opposants présentent un profil bien différent de leurs aînés, bien que ceux-ci soient souvent leurs parents : ils ont une solide formation d’hommes d’affaires, d’économistes, de juristes, ils ont effectué leurs études et une bonne partie de leur carrière à l’étranger, et sont de ce fait plus familiers des cénacles internationaux que des questions concernant leur société.

Ils présentent donc des caractères communs, à double face : à l’intérieur, ils doivent jouir d’une légitimité due à la position sociale et politique de leur famille, de leur clan ou de leur ethnie. Vis-à-vis de l’extérieur, ils doivent affi­cher des capacités gestionnaires et leur adhésion aux principes de fonctionne­ment de la communauté internationale.

Quelques-uns de ces nouveaux venus sont ainsi des anciens de la Banque mondiale ou d’institutions financières internationales, où ils ont été promus à des postes de direction par le jeu de la discrimination positive et de la réparti­tion géographique des postes.

Le rôle dévolu à ces politiques d’un genre nouveau n’est donc pas de pro­poser une alternative sociale-démocrate comme en Amérique latine. Leur mis­sion – ou leur ambition, lorsqu’ils pos­sèdent un certain degré d’autonomie de réflexion – est de garantir le maintien d’un État minimal accepté par toutes les composantes de la société, de partager d’une manière un peu moins inégalitaire les mannes et les prébendes, et de déve­lopper les infrastructures nécessaires au décollage du continent.

L’enjeu de cette relève par le biais d’élections que l’on souhaite libres et transparentes, est désormais de deux ordres, qui constituent des préoccu­pations débordant le cadre africain et pourraient émerger comme prioritaires et conditionner le succès des efforts de décollage du continent : mettre un terme à l’exode désespéré de la jeunesse vers l’Europe, et empêcher la propagation des épidémies nées sur le continent et qui menacent la survie de l’humanité. 

*ARTICLE PARU EN NOVEMBRE 2014 DANS LE MAGAZINE DE L’AFRIQUE

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