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Interviews et Portraits

Vera Songwe* « Le continent a besoin de discipline budgétaire »

La Commission économique pour l’Afrique a fait beaucoup pour lutter contre les flux financiers illicites. Comment récupérer une partie de cet argent ? Nous voyons aujourd’hui une érosion de l’assiette fiscale et des transferts de bénéfices, en particulier dans le secteur minier. Pouvons-nous y mettre fin ? Nous devons améliorer les systèmes de gouvernance dans nos pays afin d’empêcher les transferts d’argent illégaux.

Dans quelle mesure votre expérience dans le secteur privé vous a aidée dans votre nouveau rôle ?

Dans le secteur privé, on se rend très vite compte que les politiques sont nécessaires pour le bon fonctionnement des entreprises. À chaque fois qu’une société s’installe à l’étranger, elle doit se familiariser avec le régime fiscal, savoir si elle peut sortir les capitaux du pays, etc.

Quand on travaille pour l’Union africaine – nous venons de mettre en place l’accord de libre-échange continental –, on ne travaille pas pour une seule société dans un seul pays. Si nous avons de bonnes idées qui peuvent stimuler les entreprises sur le continent, nous les exploitons. La coordination des politiques au niveau du continent permet de développer les investissements étrangers directs, et surtout le commerce intra-africain.

Prenons l’exemple des politiques du ciel ouvert, le marché commun du transport aérien. Sans ces politiques, le secteur privé n’investirait pas dans le transport aérien. Ces politiques permettent d’attirer le secteur privé.

Avec toutes les innovations que propose l’Afrique aujourd’hui, nous pouvons aller beaucoup plus vite. Cela attire les entreprises mais il faut pour cela des politiques qui leur soient favorables.

Comment évoluent vos relations avec les dirigeants de l’Union africaine et de la Banque africaine de développement ?

Nous nous entendons très bien. Nous avons le secrétariat conjoint des trois organismes africains. On peut dire que la BAD est l’organe de financement, l’Union africaine l’organe d’élaboration des politiques et la CEA l’organe de recherche. Nous conseillons les politiques ; les gouvernements les mettent en place et la BAD apporte les financements. Chacune des trois institutions apporte sa pierre à l’édifice.

La CEA, qui fait partie de l’ONU, travaille dans le but de réaliser les ODD (objectifs de développement durable). L’Union africaine a conçu l’Agenda 2063. Comment lier les deux programmes ? La BAD finance l’un ou l’autre, mais nous avons beaucoup fait pour montrer que les deux programmes sont les mêmes. Nous voulons la prospérité pour tous – comme le souligne le secrétaire général de l’ONU : n’abandonnons personne.

Les ODD sont beaucoup plus vastes – ils visent à stimuler le développement et à instaurer la paix. Nous avons pris des mesures pour travailler mieux ensemble et plus rapidement.

Nous avons des dirigeants relativement nouveaux, plus ou moins de la même génération, qui se fixent plus ou moins les mêmes objectifs. Grâce aux programmes internationaux, comme les ODD, la lutte contre le changement climatique et l’Agenda 2063, nous avançons dans la même direction.

Nous visons essentiellement les mêmes objectifs, mais avec des avantages comparatifs différents. Nous nous réunissons très régulièrement et nous travaillons très bien ensemble pour faire progresser le continent.

*Vera Songwe* secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique

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