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Interviews et Portraits

Vera Songwe* « Le continent a besoin de discipline budgétaire »

Quelles sont les priorités de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique dans sa mission de promouvoir le développement économique et social ? Vera Songwe, nouvelle secrétaire exécutive, détaille ses objectifs.

Propos recueillis par Tom Collins

Sur quels grands projets prioritaires voulez-vous vous engager ?

Tout d’abord, nous voulons nous assurer que le travail que réalisent les pays africains pour améliorer leur environnement macroéconomique et créer une structure macroéconomique crédible et stable se poursuit. Certains s’inquiètent de nos ratios dette/PIB mais je constate que, pour enregistrer une croissance rapide, de nombreux pays investissent davantage. Pour continuer à investir, il est nécessaire de lever des fonds. Nous faisons très attention à la stabilité macroéconomique mais nous avons besoin d’une croissance à long terme. Comment trouver l’équilibre ? Contrairement aux stratégies généralement mises en oeuvre – politique anticyclique ou politique procyclique –, nous essayons de voir si l’Afrique peut faire les deux à la fois, c’est-à-dire poursuivre sa croissance tout en faisant preuve de discipline budgétaire.

Pour cela, nous devons obtenir davantage de revenus. Pouvons-nous faire en sorte que les pays africains atteignent un ratio recettes fiscales/PIB de 30 % ? Comment obtenir davantage de revenus ? Il existe différents moyens d’y parvenir. L’un d’eux consiste à mieux prélever l’impôt. Il faut aussi trouver des méthodes de financement novatrices. Possède-t-on sur le continent des capitaux dormants que nous pouvons utiliser pour investir ?D’autre part, il est nécessaire que le secteur privé se développe et apporte des solutions au continent. Nous savons que, si nous ne trouvons pas d’emplois pour les jeunes, dont le nombre est en forte augmentation, nous n’atteindrons jamais le niveau de croissance que nous souhaitons et nous risquons de créer de l’instabilité.

Enfin, nous songeons à poursuivre le travail réalisé dans le domaine de la gouvernance. L’Union africaine a fait de la lutte contre la corruption le pilier de son programme pour 2018. Nous voulons également mettre en place des institutions plus solides afin de garantir la paix.

Comment les économies africaines peuvent-elles mieux exploiter les fonds placés dans les banques, mieux mobiliser ses ressources?

Nous avons défini trois axes de travail. Le premier est l’élargissement de l’assiette fiscale. Nous avons un important secteur informel en Afrique mais aussi un vaste secteur qui ne paie pas d’impôt alors qu’il le pourrait. La plupart de nos pays ont une politique fiscale qui n’a pas ou peu évolué depuis quinze ans, alors que nos économies se sont transformées.

Dans le secteur agricole, des exploitants pourraient être imposés. Taxons-nous l’ensemble du secteur des services ? De nombreux pays modifient aujourd’hui leur calcul du PIB. Nous devrions en même temps étudier les moyens d’augmenter les recettes d’imposition.

D’autre part, nous allons nous intéresser aux fonds dormants : les fonds de pension et les assurances. Quelques pays autorisent les fonds de pension à investir chez eux ; un ou deux pays acceptent les investissements à l’étranger. Nous voulons voir s’il est possible d’augmenter les investissements transfron­taliers.

Développer les marchés de capitaux est un autre moyen d’accroître les investisse­ments. Il existe actuellement peu de Bourses fonctionnelles sur le continent.

Nous voulons créer des agences de notation car, pour mobiliser des capitaux, il est nécessaire de mieux évaluer les risques. Nous dépendons beaucoup des notations de risque des États, mais nous avons de grandes sociétés qui obtiendraient une notation tout aussi élevée. Nous voulons les aider à savoir comment obtenir une notation de risque.

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