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Portraits

Mariam Ibet : « Où serons-nous dans 30 ans ? »

La ville a-t-elle renforcé sa sécurité avec la menace terroriste régionale ?

Cette menace existe partout. Nous sommes intervenus au Nigeria, au Cameroun et au Mali avant que la menace ne gagne le Tchad. Nous avons mis en place des dispositifs pour nous protéger et afin que les terroristes restent hors de notre territoire, dans le cadre du G5 Sahel. Au niveau de la ville, nous faisons chaque jour un peu plus pour sécuriser les lieux publics : églises, mosquées, marchés… Nous avons augmenté sensiblement le nombre de policiers municipaux qui peuvent être relayés par la police nationale si nécessaire.

En qualité de femme politique tchadienne, première femme élue maire de la capitale, quel regard portez-vous sur votre parcours ?

Je suis née en 1969, j’ai cinq enfants que j’ai eus lorsque j’étais encore étudiante. C’est à cet âge que j’ai commencé à faire de la politique. Je me suis mariée quand j’étais en troisième. J’ai d’abord obtenu mon BEPC mariée, puis mon baccalauréat avant d’obtenir un diplôme à l’école des Travaux publics. J’ai fait beaucoup plus de politique que d’études dans ma vie… J’ai milité dans le parti de l’actuel président lorsqu’il a chassé la dictature d’Hissène Habré. Avant d’être maire de N’Djamena, j’étais conseil­lère chargée de missions pour le chef de l’État et conseillère technique auprès de la Première dame. Peu avant, j’ai occupé plusieurs fonctions auprès de la présidence.

Quelles difficultés particulières rencontrent les femmes politiques au Tchad ?

Il n’y a aucune difficulté. Les hommes aussi ont des difficultés. Ils luttent et ils obtiennent ce qu’ils veulent. Les femmes doivent faire de même. Le pouvoir s’arrache, il se mérite ! Il ne faut pas se cacher derrière le fait d’être une femme pour justifier ce que l’on n’obtient pas…

Vous ne disposez donc d’aucune politique de promotion de la femme à N’Djamena ?

Il existe des professionnels qui s’occupent de cela et notamment des associations féminines. La question de l’éga­lité homme-femme n’est pas un sujet pour moi. Nous sommes bien représentées au niveau de la politique nationale et plusieurs ministres sont des femmes.

Quels sont les grands travaux planifiés à ce jour dans la ville de N’Djaména ?

Nous avons commencé un partenariat avec la ville de Toulouse mais il n’est plus sur son agenda, nous recherchons donc une autre commune française. Je voudrais avoir une vision à long terme de ma ville, tout comme le Président possède sa vision du Tchad. Le Plan national de développement ne dure que cinq ans et ne suffira pas. Je veux savoir où nous en serons dans dix ans, vingt ans, trente ans. J’ai réuni l’Ordre national des architectes récemment afin qu’ils me proposent une maquette de la ville en 2030. Aujourd’hui, nous ne maîtrisons pas l’urbanisation de la ville. Nous avons besoin d’un plan de référence. Enfin, la priorité pour moi est de faire de N’Djaména une « ville propre ». J’ai d’ailleurs élaboré un projet de transformation des déchets urbains.

Qu’attendez-vous de la politique de décentralisation développée par le Tchad récemment ?

Elle est une très bonne chose ! Quelque 42 communes ont organisé des élections locales, engageant ainsi le processus de décen­tralisation. Les gens doivent devenir respon­sables. Nous considérons que les élections locales iront jusqu’aux collectivités territoriales décentralisées, c’est-à-dire que la plus petite unité de village aura ses élus. Parallèlement, je suis contre la construction de logements sociaux car il faut éviter l’exode rural et les migrations vers la capitale. Nous devons engager de grands projets d’agriculture pour que les gens restent dans leur région.

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