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Portraits

Souvenirs de Michel Camdessus

Chercher une croissance de « haute qualité »

N’hésitant pas à prendre son bâton de pèlerin, il va s’attacher à défendre ces plans d’ajustement structurel si décriés, et à conforter l’image de marque du FMI si critiqué par de nombreuses ONG et responsables économiques et politiques. L’auteur nous dresse alors le récit de nombreuses crises et son implication personnelle pour y apporter des solutions. En Zambie, entraînée à partir de 1987 dans une spirale descendante, Michel Camdessus n’hésitera à se mettre en première ligne pour convaincre son père fondateur Kenneth Kaunda.

Parallèlement, en fin connaisseur de l’Afrique, il perçoit l’évolution des temps, et l’urgente nécessité de passer de la coopération au partenariat avec les pays du Sud. Il expose sa vision d’un partenariat trilatéral entre le G7, l’Afrique et les organisations de Bretton Woods.

Le succès est au rendez-vous. Pour convaincre Mobutu, il ne ménage aucun effort et va jusqu’à solliciter des amis pour mobiliser le roi des Belges dans cette entreprise de conviction. Le succès sera de courte durée. En revanche, malgré de très nombreuses tentatives, il ne réussit pas avec Robert Mugabe, « l’homme qui ne se lais- sera pas convaincre ». Au fil des pages, le lecteur redécouvre des événements de ces années difficiles pour l’Afrique avec des détails d’initié, de connaisseur.

L’ouvrage nous donne un excellent éclairage sur l’histoire économique de nombreux pays. Deux sujets sont particulièrement approfondis : la transition sud-africaine entre Frederik de Klerk et Nelson Mandela, ainsi que la dévaluation du franc CFA. On découvre notamment comment il parvient à un accord avec Nelson Mandela qui se concrétise par une conférence de presse dont il obtiendra une cassette. Mais, l’ANC refusant tout accord avec le FMI, il est invité à archiver ladite cassette.

Tout un chapitre est consacré à la dévaluation du franc CFA et à ses nombreuses tentatives de persuasion des différentes parties prenantes. Il rappelle la farouche opposition de Pierre Bérégovoy. En tant qu’ancien chef du bureau de la zone franc au Trésor, j’ai été à plusieurs reprises témoin de cette intangible position, il nous disait régulièrement « ces pays sont déjà suffisamment pauvres, pourquoi voulez-vous les appauvrir un peu plus avec une dévaluation ? » Michel Camdessus nous livre de nombreux détails sur ses différentes rencontres avec les chefs d’État, les nombreuses réu-nions, et surtout le conclave monétaire de Dakar de janvier 1994.

Le patron du FMI ne va pas limiter son action à la mise en place de nouveaux instruments financiers, aussi généreux soient-ils. Formé et inspiré par François Perroux, il va s’attacher à inscrire son action dans un cadre stratégique, « une croissance de haute qualité », ou encore la « Growth Oriented Adjustment Strategy » (GOAS). Selon sa vision, cette référence à une « haute qualité » de la croissance devient une marque de fabrique. Elle se confond assez largement avec ce que recouvre aujourd’hui le concept de « développement durable ».

Parallèlement, en fin connaisseur de l’Afrique, il perçoit l’évolution des temps, et l’urgente nécessité de passer de la coopération au partenariat avec les pays du Sud. Il expose sa vision d’un partenariat trilatéral entre le G7, l’Afrique et les organisations de Bretton Woods, « un nouveau partenariat global pour le développement… comme ambition pour le XXIe siècle… » Précurseur, visionnaire, Michel Camdessus, au fil des pages et des anecdotes, nous révèle des pans entiers de la gouvernance mondiale. Pour mieux comprendre l’Afrique, mais aussi bien d’autres pays et situations économiques, je vous invite à lire ce livre.

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