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Portraits

Michel Camdessus: réformer

Le FMI et la Banque mondiale… quelle est la vision qu’ils traduisent?

D’abord celle des pères fondateurs ! Et l’intuition géniale des gens qui, en 1945, se sont rendu compte qu’on n’éviterait une troisième guerre mondiale qu’en essayant de gérer ensemble les problèmes de l’économie mondiale.

En évitant que devant une nouvelle crise, on se replie sur le quant-à-soi, sur l’unilatéralisme, et que l’on fasse l’impossible pour la gérer « coopérativement ».

C’est cette intuition, qui est encore là. Alors, aujourd’hui, il s’agit de se rendre compte que le monde, ce ne sont plus les quelques gens qui étaient à Bretton- Woods, plus les décolonisés, plus ceux qui sont ensuite venus des pays de l’Est. Le monde a beaucoup changé d’allure, il devient multi­polaire…

Donc, cela n’est plus la vision du Nord, opposé aux pays du Sud…

Bien sûr… Et, surtout, ça n’est plus un Nord opposé au Sud ou un Est opposé à l’Ouest. C’est l’ensemble de ces pays, appelés à affronter ensemble des problèmes qu’ils ont de plus en plus en commun. Parce que tout problème, aujourd’hui, prend une dimen­sion mondiale immédiatement.

 S’il y a un continent qui garde un mauvais souvenir du FMI, c’est bien l’Afrique, spécialement à propos du PAS (Programme d’ajustement structurel). Comment jugez-vous cette expérience ? Était-ce un passage nécessaire?

La science du développement – car il y a une science du dévelop­pement – est une science moderne : elle est née avec l’Afrique nouvelle, celle de la décolonisation. Il est tout à fait normal que nous ayons commis des erreurs à l’origine. Les Plans d’ajustement structurel se sont progressivement affinés et ont de mieux en mieux tenu compte des leçons, des découvertes de la science et des réalités des pays.

Lorsque nous avons substitué aux Plans d’ajustement structurel ce qu’on a appelé l’ISAF et ses différents avatars – la Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance –, c’est que nous avions tenu compte des réalités plus complexes, jusqu’à la nécessité d’associer la société civile à la préparation des programmes ; un accent mis de plus en plus non seulement sur la réduction de la dette, mais aussi sur la réduction de la pauvreté.

Tout ceci, nous l’avons appris « sur le terrain » en faisant le travail. J’observe simplement que cela a marché ! Si nous parlons de la zone Franc, par exemple, il est bien évident qu’avec la dévaluation du CFA, la croissance est revenue, et aujourd’hui, l’Afrique est le second continent dans le monde pour la rapidité de son rythme croissance.

 Justement, certains disent que les pays liés par cette zone-là sont prisonniers, d’une certaine façon, de ce système…

Mais qu’ils en sortent ! Je ne crois pas qu’ils feraient une bonne affaire !

 En quoi la zone Franc est un élément important pour l’Afrique, pour son économie, son développement? Peut-être que ces pays pourraient s’en passer. Les pays anglo­phones, aussi croissent raisonnablement en ce moment. Mais s’ils restent dans cette zone, c’est qu’ils y ont quelques avantages.

D’abord, c’est un club. Ce sont des amis qui travaillent ensemble, qui échangent, qui se connaissent, et qui sont donc dans une position favorable pour prendre des mesures au plan régional, par exemple, pour avancer. Ils ont aussi, dans leur complicité avec la Banque de France, un accès, d’abord à l’information, et un accès à un fort soutien auprès des organisations internationales.

Et, enfin, le fait d’être raccordé à l’euro, à travers la France, leur donne la garantie d’une stabilité monétaire qui n’est pas un obstacle à leur croissance aujourd’hui, puisqu’ils sont parmi les pays qui croissent le mieux.

Après avoir connu cette Afrique pendant ces « années FMI », quel est votre regard sur cette Afrique qui est aujourd’hui courtisée, convoitée, à la mode?

Je la juge, j’espère à la fois avec réalisme et satisfaction devant ses progrès, et avec impatience devant les progrès qui restent à faire. Et un souci constant de coopérer à ces progrès. J’ai la grande chance de travailler avec Kofi Annan dans le cadre de l’African Progress Panel.

Tous les ans, ensemble, nous mettons le doigt sur les problèmes clés qui se posent maintenant en Afrique. Voici deux ans, un rapport, Africa 2050, realizing the Continent’s Full Potential, a fait date sur le combat nécessaire contre le « pillage » – nous avons employé ce mot – des ressources naturelles africaines, à travers l’exploitation par certaines entreprises, qui ne sont pas les plus importantes, mais qui le sont suffisamment pour que le pillage, le vol des ressources africaines soit supérieur à ce que l’Afrique reçoit au titre de l’Aide publique au développement.

Nous avons mis le doigt sur des cas précis, et nous avons demandé, sur tous les tons, aux pays du Nord et aux pays africains – de prendre les mesures de transparence néces­saires, en particulier pour éviter qu’à travers des contrats léonins, profitant de l’absence de toute régulation inter­nationale, et profitant du scandale des centres offshore, toutes ces richesses soient détournées de l’Afrique là où elles pourraient servir à son développement.

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