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Portraits

Leïla Benali, de l’énergie en stock

Femme active, passionnée, Leïla Benali sait s’imposer dans le monde feutré et discret de l’industrie pétrolière. Jusque-là consultante, conseillère des grandes compagnies, elle devrait bientôt prendre des responsabilités au sein d’un grand groupe.

 Maroc (Casablanca) à la France (Paris), des États-Unis (Boston) à l’Arabie saoudite (Dhahran), en passant par l’Asie et l’Afrique, l’éner­gie – en particulier sous forme de pétrole – est le moteur de Leïla Benali. Elle est directrice de la zone Afrique et Moyen-Orient au sein du prestigieux cabinet IHS CERA. Très bien­tôt, elle prendra de hautes fonctions au sein d’une très grande compagnie énergétique mondiale. Elle sera la première jeune femme arabe à occuper un poste aussi élevé dans la hiérarchie. Un triple handicap a priori seule­ment. Car Leïla Benali, par son intelligence, son expertise et son inépuisable dynamisme, fait tomber naturellement et sans même y penser, tous les préjugés. Cette femme passionnée de 36 ans parvient à mener de front une brillante carrière dans le consulting pétrolier, gazier et électrique, en même temps qu’une vie de famille.

Pour donner une idée de ses activi­tés, elle cite en exemple la réunion annuelle du CERA à Houston, au Texas, qui rassemble pendant une semaine 2 000 personnes parmi les plus influentes du monde de la politique et l’énergie : « Nos journées commencent par des réunions au petit-déjeuner à 6 heures, suivies de tables rondes, et ainsi de suite jusqu’aux présen­tations de clôture à 23 heures, et des discussions qui se poursuivent tard dans la nuit. Il faut se faire violence si l’on est d’un naturel timide, ou changer d’emploi. » Il faut de l’énergie pour tenir un tel rythme sur la durée et aux quatre coins du monde…

Leïla Benali grandit au Maroc où elle effec­tue toute sa scolarité sur les bancs de l’école publique, avant d’intégrer la réputée École Mohammedia d’Ingénieurs. Puis, direction Paris pour poursuivre des études supérieures à l’École Centrale. Un parcours universitaire d’excellence qui ouvre naturellement les portes d’une belle carrière professionnelle : Leïla Benali l’entame dans le secteur du consulting pétrolier chez le franco-américain Schlumberger, champion mondial des services pétroliers. Chez ce parte­naire incontournable des grandes compa­gnies, elle est dans l’opérationnel et découvre la vie d’ingénieur dans toute sa rigueur.

Elle s’intéresse alors à un autre pan de son métier : les enjeux macroéconomiques et politiques de l’énergie. Les mêmes enjeux qui sous-tendent des questions telles que : « Quels sont les vrais facteurs qui influencent les prix de l’énergie ? Comment subventionner dans tel pays pour éviter une révolution tout en encourageant une consommation efficace et prévenir la fail­lite fiscale ? Quelles ruptures technologiques et commerciales pourraient combattre la précarité et la pauvreté énergétique ? Comment évoluera le jeu des principaux acteurs géopolitiques vis-à-vis des sources d’énergie et quel impact sur l’avenir du monde ? » Dotée d’une intarissable soif d’apprendre, cette polyglotte rejoint ensuite Sciences Po Paris. Elle se laisse convaincre par le polito­logue Gilles Kepel de préparer un DEA sur l’énergie et la défense.

 Aller à l’essentiel

Bien vite, elle est promue directrice Afrique et Moyen-Orient d’IHS CERA, entreprise d’information, de recherche et d’analyse internationale, dans les secteurs de l’énergie, la défense, l’aérospatial, l’automo­bile et la chimie.

L’expertise de Leïla Benali couvre les principaux secteurs de l’énergie (pétrole et produits raffinés, gaz naturel et électricité) pour fournir analyses et prévisions aux acteurs du secteur et aider les décideurs à anticiper l’avenir de l’énergie dans un contexte mouvant et sensible. Concrètement, ses acti­vités incluent de conseiller un investisseur sur le rachat d’un champ de pétrole ou des actifs d’un électricien, conseiller les gouver­nements et les entreprises sur leurs politiques et stratégies énergétiques, ou un chef d’État qui souhaite relancer le secteur.

Leïla Benali reconnaît volontiers que le CERA a été pour elle « une merveilleuse école » dans l’énergie et la géostratégie. Les collaborateurs du CERA sont de véritables machines à conseils, avec des méthodologies très claires, des rapports à rédiger qui doivent être pertinents, succincts et toujours aller à l’essentiel.

« Nous avons défini en amont trois princi­paux enjeux qui constituent le fil conducteur de l’avenir énergétique mondial : le changement climatique, l’économie, l’intégration commer­ciale, la sécurité. Nous déterminons un scéna­rio pro-énergies renouvelables, un scénario de double récession où l’économie telle que nous la connaissons s’effondre, et un scénario de conti­nuité. Chaque acteur, entreprise ou pays, définit sa stratégie et ses choix énergétiques et la teste, concrètement, en fonction de ces trois mondes possibles. »

S’il est très puissant, le monde de l’éner­gie n’en est pas moins un milieu qui cultive la discrétion et où la réputation est très impor­tante. « C’est un petit cercle qui fait fantasmer, car les mondes de la diplomatie ou de la finance ne sont jamais loin. » Leïla Benali a réussi à s’imposer dans ce cercle, où son expertise, sa rigueur et son sérieux sont largement appré­ciés.

*Directrice de la zone Afrique et Moyen-Orient à IHS CERA

 

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