Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Portraits

Lamourdia Thiombiano assure

Pourquoi, dans ce cas, les politiques en vigueur ne garantissent-elles pas les investissements privés ? L’agriculture ne peut pas être isolée de la gestion d’un pays. Pour pouvoir la financer, il faut mettre en place des instruments permet- tant de créer un climat de sécurisation des investissements privés.

C’est-à-dire qu’il faut un environnement propice avec des politiques incitatives et aussi, un code d’investissements adapté. Mais ce n’est pas tout : il faut aussi des infrastructures. Avant de produire, il faut se poser la question du système de transport existant, dans un pays donné. D’autres questions se posent : des barrages ont-ils été construits pour faire face aux éventuelles sécheresses ? Existe-t-il une irrigation de complément, avec des canaux d’irrigation ?

La mise à disposition de tous ces facteurs de production fait partie du rôle régalien des États, dans le cadre des investissements pour soutenir et développer l’agriculture. Malheureusement, en Afrique, les investissements de base nécessaires pour un essor du secteur agricole n’ont pas toujours été réalisés. Dans ces conditions, on comprend mieux que les banques soient réticentes à prêter des capitaux à des projets agricoles, voire même à l’agro-industrie !

Sans les garanties et contreparties de l’État, il est vain de penser que cette situation va changer, sauf pour les banques agricoles et les petites banques communautaires, dont c’est la vocation. Et pourtant, un investissement d’un dollar dans l’agriculture rapporte 10 dollars, sans parler de la réduction des crises alimentaires et, donc, de la réduction de l’instabilité…

Le développement d’assurances spéciales pour se prémunir contre les risques agricoles ne devrait-il pas être favorisé ?

Oui, certainement. Cette niche va se développer de plus en plus, compte tenu aussi des changements climatiques actuels. Pour l’instant, il s’agit d’un secteur encore embryonnaire en Afrique. La couverture de ces assurances diffère : elles sont très répandues en Afrique du Sud – avec des résultats très positifs – et commencent à l’être en Afrique de l’Est, au Kenya notamment.

Alors qu’elles le sont beaucoup moins, voire pas du tout, en Afrique de l’Ouest, sauf au Ghana. Les assurés potentiels ne manquent pas pourtant. Ce, quelle que soit la géographie. Il s’agit donc d’un marché très porteur auquel les banques et les grandes compagnies d’assurance devraient davantage s’intéresser.

Le fait de créer un environnement stable et moins risqué relève aussi de la « RSE » des entrepreneurs et des acteurs privés. En Afrique francophone, des études ont été réalisées à la requête des organisations paysannes. Il en est ressorti que, pour améliorer le niveau de sécurisation des producteurs agricoles, davantage de partenariats public-privé (PPP) sont nécessaires. Ces PPP repré­sentent une opportunité pour que les petits producteurs puissent, à l’avenir, être protégés dans le cadre des systèmes d’assurance existants ou à venir !

La FAO pilote quatre nouveaux projets sous-régionaux du Fonds fiduciaire africain de solidarité dont 24 pays en sont bénéficiaires. Quelles en sont les priorités ?

Selon les régions, ces projets mettent surtout l’accent sur l’emploi des jeunes, la nutrition, les maladies animales transfron­talières, la salubrité des aliments ou la sécurité alimentaire urbaine.

C’est le cas, notamment, en Afrique centrale (Cameroun, Guinée équatoriale, Gabon, République du Congo, Sao Tomé-et-Principe, Tchad) où on cherche à accroître les disponibilités d’aliments produits localement par des jeunes producteurs pour les habitants des villes.

En Afrique orientale, l’accent a été mis sur la promotion de la diversité de la production et des activités agricoles afin d’améliorer la nutrition et les perspectives d’emploi pour les jeunes (Burundi, Kenya, Ouganda et Rwanda). En Afrique australe, c’est le renforcement des contrôles sur la sécurité sanitaire des aliments et la lutte contre les ravageurs et maladies des plantes et des animaux pour accroître la productivité et le commerce de produits agricoles qui a été retenu (Afrique du Sud, Angola, Botswana, Madagascar, Mozambique, Namibie, Zambie, Zimbabwe).

Tandis qu’en Afrique de l’Ouest, de meilleures opportunités d’emploi pour les jeunes sont au cœur des projets sélectionnés grâce notamment au développement d’une aquaculture durable et à la culture et la transformation du manioc (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée- Bissau, Nigeria, Sénégal). Pour chaque projet sous-régional, l’idée est de rechercher des solutions qui soient créatrices d’emploi : pas seulement en relation avec la production, mais aussi le long des chaînes de valeur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts