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Portraits

L’Afrique vue par Bill Gates

Nous avons rencontré Bill Gates en Tanzanie, à l’occasion d’une visite du philanthrope aux collaborateurs de sa Fondation. Il nous explique le mode de fonctionnement de celle-ci, dévoile sa conception de l’aide, ce que l’on peut apprendre de la Chine et vante l’apport des nouvelles technologies.

Entretien avec Omar Ben Yedder

Le G20 met l’accent sur son nouveau plan Marshall tandis que la Grande-Bretagne veut impliquer davantage le secteur privé pour stimuler le développement. Votre Fondation, quant à elle, se concentre sur les besoins les plus élémentaires. Voyez-vous une évolution des priorités dans le domaine de l’aide au développement ?

Le but est toujours de favoriser le développement des économies. Certains pays à revenu moyen sont autosuffisants dans la mesure où le prélèvement des impôts suffit à financer leur système de santé, d’éducation et d’autres secteurs qui contribuent à un meilleur développement humain.

Il existe des services publics que seul le secteur public peut fournir. Je pense que les deux effets les plus importants de l’aide sont, d’une part, qu’elle finance de nouveaux outils – tels que les vaccins ou ce qui touche à l’agriculture – et, d’autre part, qu’elle permet aux gouvernements de créer les systèmes assurant la prestation de services publics, comme les systèmes de santé ou d’éducation. Oui, il est nécessaire de développer un climat plus favorable au secteur privé ; un secteur privé florissant a une portée beaucoup plus vaste qu’un gouvernement.

Parlons de la Fondation : pensez-vous continuer à donner la priorité aux mêmes secteurs que ces quinze dernières années ?

Oui, nous nous ajustons sans cesse un peu, mais nous avons toujours donné la priorité à la santé et nous continuerons de le faire. Cela englobe également la contraception, la nutrition et la lutte contre les grandes maladies infectieuses.

Notre deuxième priorité est l’agriculture, mais nous y consacrons beaucoup moins d’argent – environ le sixième de nos dépenses de santé. L’agriculture est un secteur très intéressant pour nous ; la frontière entre le secteur public et le secteur privé est un peu plus fluide que dans le domaine de la santé.

Quand on bâtit un centre de soins de santé, on ne gagne rien en termes financiers. Tandis que pour l’agriculture, on permet au petit producteur d’obtenir des rendements supérieurs, générant des cultures commerciales très rentables.

Nous travaillons également dans d’autres secteurs, comme les services financiers, l’eau et l’assainissement. Nous y investissons environ 100 millions de dollars par an. Quand la polio aura été éradiquée, nous pourrons affecter les fonds que nous y consacrons à d’autres domaines. Si nous avions des fonds illimités, nous investirions également dans les infrastructures pour l’éducation et la justice, mais ce n’est pas le cas.

Vous avez évoqué le travail au Nigeria contre la polio comme l’une des raisons pour lesquelles Ebola ne s’est pas étendu dans ce pays, contrairement à ce qui s’est passé dans trois autres pays d’Afrique de l’Ouest…

Tout à fait. Pour la polio, la formation consiste à recenser tous les éléments et à les regrouper dans ce qu’on appelle le Centre opérationnel d’urgence. On emploie des équipes pour se rendre dans les quartiers et trouver des cas. On prélève des échantillons biologiques et on apprend ce qu’on peut de ces échantillons. La méthode utilisée pour une épidémie ou pour l’éradication de la polio est exactement la même.

Dr Faisal Shuaib, qui dirigeait le Centre opérationnel d’urgence dans le nord du Nigeria, s’est rendu dans le sud avec son équipe travaillant sur la polio pour éviter qu’Ebola ne se propage et nous avons financé le programme. Même si le programme d’éradication de la polio existe depuis 1989, il n’y a pas eu de difficultés à l’interrompre pendant deux ou trois mois pour s’attaquer à Ebola.

C’est une très bonne utilisation des capacités de ces personnes. Grâce à leurs compétences et avec un peu de chance, le Nigeria, dont la population est six fois plus élevée que celle des trois pays touchés réunis, a connu très peu de cas. Ce qui s’est passé à Monrovia n’aurait pas été grand-chose à côté de ce qui se serait produit si l’épidémie s’était propagée dans les bidonvilles de Lagos ou de Kano. C’est très utile d’avoir ce type de compétences à disposition. De nombreuses discussions ont lieu actuellement pour savoir comment l’Afrique peut être prête pour affronter une nouvelle épidémie.

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