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Portraits

Mutualiser les infrastructures

Pour Gabrielle Gauthey, en charge des grands projets chez Alcatel-Lucent, l’Afrique manque de connectivité terrestre et doit développer son réseau de collecte et de transport des données.

Comment évaluez-vous l’infrastructure technologique africaine ?

Aujourd’hui, chaque pays africain a son projet de réseau de transport et de collecte des données ! L’Afrique a fait de gros efforts de désenclavement par les câbles sous-marins. Sa connectivité internationale a été améliorée. Désormais, elle doit prolonger cette connectivité à l’intérieur des territoires par des backbones terrestres.

L’Afrique s’équipe en mobiles, smartphones et tablettes à une vitesse vertigineuse, mais il lui manque encore cette connectivité terrestre, que ce soit en transport entre les grandes agglomérations, mais également en capillarité. Aussi a-t-elle plus besoin que les autres continents de construire rapidement ces installations backbones de fibres mutualisées.

Est-il possible transposer en Afrique des éléments du « modèle français » ?

Sans doute. Le modèle construit en France pour desservir les territoires – au départ, en réseaux de transport, l’accès étant assuré après par les opérateurs – pour raccourcir les distances entre les opérateurs et les campagnes, puis pour faciliter l’accès à ces opérateurs, est tout à fait transposable, dans de nombreux pays.

Certains, comme la Tunisie et le Maroc s’y intéressent de près, mais également le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Togo, l’Afrique du Sud, le Kenya… Il n’y a pas un seul pays d’Afrique où le modèle construit en France n’est pas transposable.

Dans ce modèle, le gros de l’investissement doit être assuré par le privé. L’action publique a pour but simplement d’inciter les opérateurs à ne pas dupliquer sans discernement leurs infrastructures, en se concentrant sur les zones très denses et en délaissant les zones qui le sont moins.

Ce modèle a aussi pour but d’envisager sur le long terme un modèle plus vertueux de co-investissement ou d’investissement partagé entre le public et le privé, dans ce qui est le socle de base de l’infrastructure passive. Cela vaut pour la fibre optique comme pour les tours des mobiles, qui sont éminemment mutualisables par les opérateurs. Elles leur permettent d’aller plus loin dans le territoire, sans empêcher pour autant la concurrence. Au contraire, celle-ci est d’autant plus facilitée qu’elle se base sur un socle commun.

Je pense que ce modèle parle beaucoup aux pays africains. Et également aux bailleurs de fonds. La Banque africaine de développement nous a d’ailleurs demandé d’organiser un séminaire à ce sujet. Alcatel-Lucent travaille aussi beaucoup avec la Banque mondiale qui est intéressée par ce modèle, parce qu’il permet de minimiser l’investissement public et d’en maximiser les effets, et, surtout, de minimiser les risques de ce secteur pour les fonds d’infrastructures privées.

Ces fonds, qui ont beaucoup de moyens, cherchent des projets d’investissement et ne les trouvent pas chez les opérateurs traditionnels. En fait, ils ont peur de la valse des technologies dans les couches de dessus et ils aimeraient bien investir dans les couches de dessous, qui sont moins risquées.

Peut-on mutualiser davantage, à l’échelle sous-régionale ?

On voit deux types de projets sur le continent africain. Après la pose des câbles sous-marins, il y a lieu d’assurer le transport panafricain. Dans ce contexte, les projets de backbones transnationaux sont souvent un peu compliqués, parce que le franchissement des frontières entre plusieurs pays pose des difficultés institutionnelles et juridiques. Il n’empêche que chaque pays africain a besoin de construire, pour la capillarité de ses réseaux internes, des projets beaucoup plus fins et qui vont plus profond, notamment pour éviter que l’investissement ne bénéficie qu’aux zones denses aux dépens des zones éloignées ou rurales. Ces deux types de projets vont de pair. Et pour chacun, le modèle de partenariat public-privé est bien adapté.

Pourtant, les différents opérateurs en Afrique utilisent des technologies qui ne sont pas nécessairement compatibles…

Nous parlons là du socle d’infrastructure de base, compatible avec toute autre technologie de deuxième couche, qu’elle soit fixe ou mobile. En fait, les backbones de fibre optique sont un préalable qui va rester, quelle que soit la valse des technologies Wimax, 3G, 4G, FTTH, DSL, cuivre, etc., car elle va desservir l’ensemble de ces technologies. Ce préalable est indispensable et pérenne. Les technologies d’accès ou de seconde couche changent, il est vrai, tous les cinq ans – ce qui fait peur parfois aux investisseurs de long terme –, mais le socle de base, c’est-à-dire l’infrastructure de première couche, ne change pas. Les gouvernements et les fonds d’infrastructures voient souvent le long terme. Pour eux, vous avez raison, cette diversité des technologies fait peur. Aussi y a-t-il intérêt à séparer les deux couches et à engager des projets d’investissement structurellement distincts.

Comment Alcatel-Lucent garantit-il à ses clients qu’ils n’auront pas à consentir de nouveaux investissements au bout de quelques années, afin de suivre l’évolution technologique ?

Nous vendons des équipements actifs de télécoms. Il est donc indispensable que cette première couche existe pour que la seconde puisse se déployer plus largement dans le territoire et puisse faire bénéficier le plus grand nombre de gens.

On voit l’évolution des technologies numériques et de réseau. Les opérateurs eux-mêmes envisagent de plus en plus de virtualiser et de « cloudifier » leurs propres infrastructures. On va de moins en moins vers le hardware et de plus en plus vers le software. Ce qui rend encore ce modèle de mutualisation d’une première couche encore plus pertinent. Parce qu’il y aura besoin d’une couche commune pour tous et les opérateurs se feront concurrence dans le cloud se trouvant au-dessus.

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