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Portraits

Jack Lang, président de l’Institut du Monde arabe analyse

L’Institut du Monde arabe semble trouver son modèle économique, assurant son financement et sa pérennité. Jack Lang, son président, n’est pas pour rien dans cette évolution. Culture, ouverture à l’Afrique, débats et rencontres orientés vers le monde économique. Il s’en explique.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche

Êtes-vous un « homme heureux » dans cette maison ? Comment s’exprime votre sentiment, concrètement ?

Par l’action, par le désir de donner à cette maison un rayonnement croissant, par la volonté d’ouvrir ses portes et ses fenêtres à un public de plus en plus nombreux, et si possible de plus en plus jeune ; par la diver­sité de nos projets : expositions, colloques, rencontres, débats, le développement de la langue arabe, etc.

L’IMA est passé par de fortes turbulences. Aujourd’hui, au cours de votre deuxième mandat, un modèle économique a-t-il été trouvé ?

Oui, dès mon arrivée… je n’ai jamais accepté de diriger une institution en déficit ou endettée. Partout où j’ai travaillé, que ce soit au Festival de théâtre de Nancy, au Théâtre national de Chaillot, ou au minis­tère de la Culture, l’idée que je puisse être en état de « mendicité » m’est étrangère et insupportable. Dès lors que vous êtes dans une situation financière incertaine, vous perdez votre liberté. Quand je suis arrivé, ici, l’Institut devait rembourser un emprunt sans délai. Pour y faire face, nous avons d’abord créé des événements et des initia­tives qui suscitent l’adhésion d’un public qui puisse alimenter nos ressources. Et d’autre part, tailler dans certaines dépenses. Aujourd’hui, la mission est accomplie. L’Institut est à l’équilibre.

Qu’est-ce qui fait le succès de la « méthode Jack Lang » ? Un entregent, un carnet d’adresses, une capacité à faire coïncider des univers différents ?

Toutes ces choses que vous évoquez ont leur vertu… Mais je crois que le plus impor­tant est de redonner la confiance, l’envie, le rayonnement à travers des événements et des projets concrets. Je crois à la dynamique par l’action. Être à la tête d’une institution implique de lui donner une vision et des perspectives. Et si cette maison était un peu démoralisée, en proie à des conflits, la meilleure solution n’était pas de lui donner des organigrammes ou de se livrer à des restructurations coûteuses et anxiogènes, mais de dire : « On y va ! », en refaisant de l’IMA une maison vivante, créative, ouverte et rayonnante.

La Culture est-elle incompatible avec l’argent et le business ? Elle est aussi un combat pour des choses qui doivent être payées à leur juste prix…

La question que vous évoquez est complexe. Il y a argent et argent. La première chose consiste d’abord à s’interroger sur la vocation et les missions de l’IMA : quelles sont ses actions, quelles sont ses perspectives ? Par ailleurs, il est normal de s’interroger sur le financement. Ici, c’est d’abord l’État français qu’il faut remercier, il apporte un budget, une subvention d’environ 12 millions d’euros. Cette subvention n’a pas augmenté mais elle n’a pas diminué. Elle assure un fonction­nement minimal ainsi que l’entretien du bâtiment. Deuxièmement – et là, j’ai joué un certain rôle –, nous encourageons le mécénat. J’ai frappé à beaucoup de portes pour le financement de différents projets, et pour la restauration du bâtiment, notamment la remise en marche des moucharabiehs, célébrée le 29 septembre. Bien entendu, il faut compter sur le financement provenant des visiteurs.

Comment peut-on définir l’image de marque de la culture arabe ? Aujourd’hui, les repères sont faussés. La perception est biaisée…

Je ne vous apprendrai rien si je vous dis que le monde arabe connaît aujourd’hui diverses crises, dont certaines, gravis­simes : la guerre, la Syrie, l’Irak, la Libye, le Yémen… Ainsi que des conflits plus larvés, non militaires, mais réels, tels que celui qui oppose l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au Qatar. Mais le monde arabe, ce sont aussi des pays qui bougent, qui créent, qui avancent, qui inventent. C’est aussi une jeunesse qui souhaite s’éduquer, découvrir le monde…

Et qu’en est-il de la perception du public français qui vient visiter l’IMA ?

Nous essayons de mettre en valeur les choses positives. Il ne s’agit pas de dissi­muler les conflits. Nous organisons ici des forums qui peuvent mettre en confrontation des personnes d’opinions différentes. Nous avons organisé des colloques sur le Yémen, sur la Libye, sur les droits de l’homme, etc. Mais nous voulons aussi mettre en valeur le monde arabe comme le creuset de cultures riches. La culture ancienne, ou la culture contemporaine.

La géopolitique a-t-elle un impact sur les activités de l’IMA ?

Non. À l’exception du contenu des multiples forums et débats que nous organisons chaque semaine, où les questions d’actualité sont bien entendu abordées.

Peut-on dire que l’IMA cultive une « culture de cour », proche des pouvoirs ? Disposez-vous d’une totale liberté ?

Absolument. Nous ne dépendons d’aucune « cour », d’aucun État. Il y a une vingtaine d’années, l’IMA recevait des contributions au fonctionnement de la part des pays arabes, qui étaient versées… ou pas, ce qui entraînait pour l’Institut une situation de déficit permanent. L’un de mes prédécesseurs a pris la sage décision de dire à ces pays, puisque vous payez tard, ou mal, ou pas… nous arrêtons. Les choses ont été mises à plat et l’IMA a proposé à ces pays de verser leurs arriérés à un fonds de dotation. Nous ne sommes à présent tributaires d’aucun pays.

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