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Interview

Partie II : Magatte Wade, la BAD doit être repensée

Avant de devenir maire de Meckhe, Magatte Wade a passé 22 ans à la BAD. Il résume son expérience dans La Banque africaine de développement : réformer la gouvernance face au piège de la pauvreté. Livre où il apporte ses éléments de réflexion et ses priorités.

Suite de l’entretien avec Hichem Ben Yaïche et Nicolas Bouchet

Aujourd’hui, vous semblez projeter sur la Banque des ambitions de réforme mais, vous êtes bien placé pour le savoir, il est difficile de faire bouger l’institution.

Je dis souvent que la BAD est une institution prestigieuse, qui a beaucoup fait pour le continent et pour une vie meilleure. Au-delà du financement du développement, cette banque a accompagné la décolonisation de l’Afrique et l’affirmation du continent par la mise en place d’infrastructures et d’une agriculture, entre autres.

Il faudrait que l’on se repense, que l’Afrique se ressaisisse, qu’une nouvelle race d’Africains, non plus tournés vers le gain facile et la corruption mais vers le travail, s’érige en leader pour que l’Afrique s’impose à la face du monde.

Aussi, il n’est pas si difficile de réformer que vous le suggérez. La gouvernance se trouve aussi bien au niveau individuel que de l’entreprise et des institutions. La BAD a entrepris au fil du temps de nombreuses réformes et de nombreuses restructurations. Elle compte d’énormes plans de restructuration et de réorientation stratégique, et d’ailleurs, pourquoi doit-on toujours en entreprendre de nouveaux ? Peut-être, quelque chose ne va pas.

Il est plus facile de démolir et de reconstruire que de réajuster pour réformer et restructurer. C’est pourquoi j’ai dit qu’il est temps que la BAD puisse être repensée, tout comme les institutions de Bretton Woods, d’ailleurs.

Et comment la repenser ?

Comme une banque plus proche de la réalité et qui règle les problèmes empêchant l’Afrique de rattraper son retard. Elle doit garder en vue les secteurs les plus compétitifs, et parmi eux l’agriculture. Il ne suffit pas de lancer des slogans, il faut que l’Afrique assure sa sécurité alimentaire. Je ne parlerai pas d’autosuffisance alimentaire.

De plus, il faut que l’Afrique puisse avoir des industries compétitives et c’est pourquoi j’ai proposé de créer un fonds de développement de l’industrie africaine et un fonds de développement agricole.

Si nous continuons à dépendre des industries européennes, l’Afrique n’aura jamais son autonomie et ne pourra jamais s’affirmer. Il faudrait que nous soyons actifs et dynamiques par un partenariat international. Nos partenaires non régionaux sont des alliés incontournables mais il ne faudrait pas que nous accrochions notre destin à leur marche. Il faudrait que l’on puisse assurer notre évolution et que nous soyons compétitifs.

Nous avons les mêmes cerveaux, avons été formés dans les mêmes écoles et avons plus de ressources que ces pays. Pourquoi ne serions-nous pas les plus forts pour que demain ce soient eux qui dépendent de nous, qu’ils viennent travailler chez nous et que nous les employions ? Non plus comme des assistants techniques mais comme des partenaires de développement.

La BAD est en train de sortir de la trajectoire tracée par ses pères fondateurs et elle devrait se réajuster pour prendre le leadership mondial. Nous en avons les moyens en termes de ressources minières, énergétiques, humaines et financières également. C’est cela qui fait marcher le monde.

L’institution peut-elle se passer de ses actionnaires non Africains ?

Magatte Wade et Akinwumi Adesina

La BAD ne devrait pas attendre que des pays non régionaux nous proposent de lancer une industrie de fabrication de vaccins contre la Covid avec 10 millions de dollars, ce qui n’est rien pour cette banque. Avec cette somme, nous aurions pu monter une industrie de vaccins contre le paludisme et d’autres maladies.

Pourquoi l’Afrique attend-elle que les Chinois nous offrent le siège de l’Union africaine ? C’est une honte ! Aujourd’hui, le Fonds africain de développement représente 9 milliards $. Pensez-vous que les Africains ne peuvent pas mettre 20 milliards $ pour une solidarité africaine qui aide les plus pauvres et développe l’agriculture et l’industrie ?

Il faudrait que l’on se repense, que l’Afrique se ressaisisse, qu’une nouvelle race d’Africains non plus tournés vers le gain facile et la corruption mais vers le travail s’érige en leader pour que l’Afrique s’impose à la face du monde. C’est ce que je dis humblement à la lumière de mon expérience vécue au sein de la BAD.

Je suis quelqu’un qui a vu notre potentiel au sein de la Banque et au sein de la coopération internationale.

J’ai eu l’honneur de m’asseoir à de nombreuses tables avec les dirigeants du monde et j’ai compris que c’était possible. Je le disais quand j’étais à la Banque et je pousse l’Afrique à le faire. Ce n’est pas dénigrer ou combattre les autres, c’est leur dire : « Attendez-nous ! »

L’Afrique était au tournant et a raté le coche mais elle doit revenir et nous sommes prêts. Je voudrais m’inscrire dans la lignée des têtes de file pour un changement radical en Afrique et pour nous imposer à la face du monde.

HBY et NB

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