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Interview

L’ex-ministre Fathallah Oualalou s’exprime

Ancien ministre de l’Economie et des finances et ancien maire de Rabat, Fathallah Oualalou s’intéresse à la Chine, où il s’est rendu plusieurs fois. Il a publié, en 2017, La Chine et nous : répondre au second dépassement.

Propos recueillis par Olivier Deau

Votre sous-titre, « répondre au second dépassement » semble pessimiste ou fataliste pour le Maghreb.

Ce n’est pas dans ce sens que je l’entends, mais dans le sens du réalisme et d’un défi que nous devons relever. Ce « Nous » que j’utilise ne s’adresse pas seulement aux Marocains, ni même seulement aux Maghrébins, mais aux Africains et également aux Européens. La Chine est en train de changer l’économie mondiale, c’est une transformation comparable aux révolutions industrielles occidentales des siècles précédents.

En êtes-vous inquiet ?

En économiste, je répondrai que, nécessairement, des adaptations se produiront ; soit nous aurons la capacité de les conduire, soit les ajustements se produiront sans que nous les maîtrisions. La Chine a changé de stratégie, elle passe de l’asiatisme à une grande stratégie internationale avec la politique de « la Ceinture et la ceinture », en Méditerranée, elle vise clairement la sécurisation des voies marchandes vers l’Europe.

Pourtant depuis quelques années, les investissements et les achats chinois diminuent, en Afrique.

Justement les chiffres baissent, car le modèle économique chinois change, il se recentre sur de nouvelles technologies et sur l’émergence d’un marché intérieur. D’une part, la croissance chinoise a ralenti pour atteindre un rythme légèrement inférieur aux décennies précédentes. La Chine est de moins en moins l’atelier du monde. Elle cherche à repositionner certaines industries et des chaînes de valeur à l’étranger pour atteindre les marchés matures et les pays africains doivent avoir conscience de cela.

Qu’est-ce qui identifie le mieux ce changement de paradigme économique ?

Les salaires augmentent en Chine. Jusqu’ici, elle était une combinaison unique au monde de salaires bas et de technologie de plus en plus évoluée. Le coût salarial en Chine est à peine 20% inférieur à celui du Portugal. Nécessairement une nouvelle logique de rapports avec le monde s’ouvre, la Chine va délocaliser des emplois, produire ailleurs. En découle de nouvelles potentialités de partenariat, sur les services ou sur le tourisme, la Chine est devenue le 1er émetteur mondial de touristes.

Dans ce contexte comment le partenariat Chine-Afrique peut-il évoluer ?

Depuis le dernier Forum Chine – Afrique de coopération (FOCAC), tenu en 2015 à Johannesburg, la Chine a proposé d’augmenter considérablement son assistance technique en Afrique, misant plus de 60 milliards de dollars. Le plus intéressant c’est qu’elle offre de délocaliser voire de coproduire directement sur le continent africain. Cela permettra à l’Afrique de répondre au défi de l’emploi des jeunes, mais suppose des formations adéquates et des environnements propices pour ce type d’investissements. Les pays africains devront se hisser à un niveau qui permet de tirer profit de ces partenariats.

Vous appelez pourtant à la construction d’une « verticale Afrique-Europe » pour répondre à la Chine, pourquoi ?

Si elle installe des industries au sud de la Méditerranée, c’est que la Chine veut conserver des entrées sur le marché européen pour ses produits. Si les Européens prennent leur part au développement de l’Afrique à travers des investissements, de l’appui technique notamment sur les formations et l’enseignement, ce partenariat pourrait être bénéfique à tous. L’Afrique réglerait son problème d’emploi, la Chine son problème de coût de production et l’Europe équilibre son partenariat avec l’Afrique.

Certains sur le continent soulignent que c’est le leadership autoritaire de la Chine qui est à l’origine de son succès, quel est votre regard sur cette question ?

L’important est avant tout la crédibilité des institutions, c’est cela que les pays africains doivent construire. Chacun part de son système propre, de son histoire, l’important reste que le système politique puisse faire en sorte de conduire les acteurs économiques dans une direction claire et atteignable, c’est ce qui permet un fort développement. 

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