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Interview

L’avis du ministre des Mines, Christian Magnagna

Voilà plus d’un mois que le Gabon expérimente sa première station de pesage ; quels sont les objectifs poursuivis à long terme ?

Effectivement, le 7 mai 2018, nous avons procédé à la mise en service de la première station de pesage du pays, à quelques encablures de la ville de Ndjolé, située au centre du Gabon. Nous accusons un retard considérable par rapport à certains pays de la sous-région.

Le principe consiste à doter chaque route d’une station de pesage afin d’assurer la protection du patrimoine routier à travers le contrôle de surcharges. Après un mois d’exploitation, la station de pesage de Ndjolé a pesé 4 356 véhicules pour 1 686 verbalisés, soit 40 % de véhicules en surcharge. Ce qui montre l’impact des surcharges sur la détérioration de nos routes. À terme, l’objectif est d’installer les stations de pesage sur l’ensemble du réseau routier existant et de les intégrer systématiquement sur les nouvelles routes.

Les travaux de construction du tronçon Port-Gentil – Omboué, long de 93 km, lancés il y a trois ans sont pratiquement en arrêt, faute de financement. Pourtant le projet fait l’objet d’un partenariat entre l’État et Eximbank-Chine. Comment l’expliquez-vous ?

Les travaux sont exécutés à 87,33 % ; ils ont connu un ralentissement dû à un différend opposant l’État gabonais et la mission internationale de contrôle. Toutefois, les contrôles ont repris via l’administration, avec l’accord du principal bailleur Eximbank-Chine. Dès le début des travaux l’État gabonais s’est acquitté de sa part (5 %) soit 17 milliards de F.CFA (25,2 millions d’euros). 

ENCADRE

La ruée vers l’or

Le sous-sol gabonais dispose d’un potentiel considérable en ressources minérales : fer, diamant, manganèse, or, phosphates, sels de potasse, platinoïdes et métaux de base. Le secteur minier gabonais compte 34 opérateurs et a enregistré des résultats satisfaisants en 2017, malgré un recul sensible de la production aurifère.

Après la fermeture de la mine d’uranium de la Comuf (Areva), la filière des mines repose essentiellement sur l’exploitation de l’or et du manganèse. Sa contribution au PIB ne dépasse pas 4 % et la production minière ne représente que 3,8 % des exportations. Depuis 2016, l’État a décidé de faire de l’or une ressource stratégique. Le domaine minier s’étend sur près de 60 000 km2, soit 22 % du territoire national aussi.

Dans son Programme de relance économique (PRE), le Gabon tient désormais à accélérer l’exploitation des ressources minières en levant les contraintes réglementaires et juridiques qui affectent le secteur. Un projet de décret portant sur le régime de « substance stratégique » de l’or a été adopté lors du Conseil des ministres du 13 juillet 2017.

Plus récemment, le gouvernement a entériné, le 27 février 2018, l’organisation de la 1ère journée nationale de l’or, suivie d’un atelier sur la responsabilité sociale des entreprises minières à Moanda dans la province du Haut-Ogooue, au sud-est du Gabon.

Les réserves aurifères du Gabon sont actuellement estimées à 50 tonnes de minerai. Et, malgré une baisse sensible de la production (-65 %) en 2017, liée à la fermeture de la mine de Bakoudou, le ministre des Mines, Christian Magnagna, reste optimiste : « Pour l’année 2018, nous envisageons d’accroître la production de l’or via la mise en exploitation de dix mines à petite échelle ; la valorisation des coopératives artisanales, avec pour corollaire la constitution d’un stock d’or de l’État ; de lancer de nouveaux projets tels que l’or d’Étéké ».

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Une mine aurifère sur le site d’Etéké bientôt exploitée

Le groupe marocain Managem, un des leaders africains dans le secteur minier, est très impliqué au Gabon dans les mines aurifères. Présent en Afrique depuis plus de 80 ans, il intervient dans l’extraction, la valorisation et la commercialisation des métaux de base et des métaux précieux, mais aussi du cobalt et autres minerais.

Le groupe s’est implanté au Gabon en 2010 lors de la signature de la convention minière avec l’État gabonais. Il a signé des droits d’exploitation du gisement de Bakoudou localisé à 600 km de Libreville. Cette mine aurifère à ciel ouvert est située sur un terrain plus ou moins accidenté, situé à 580 m d’altitude. En sept années d’exploitation, cinq tonnes seulement ont été extraites, ce qui est bien en deçà des prévisions.

Loin d’être déstabilisé par ces résultats, Managem y voit au contraire un moyen de rebondir en améliorant la production du secteur aurifère à travers un partenariat public-privé. Dans cette optique et avec une stratégie de développement plus méthodique, Managem s’apprête à soumettre son programme d’investissements au gouvernement. « La stratégie de développement du groupe s’inscrit sur la durée et, à ce titre, Managem entend rester encore longtemps au Gabon », avait assuré son PDG, Imad Toumi en février 2017.

Le site d’Étéké est composé de trois gisements, Dongo, Dondo-mobi et Ovala, qui représentent une réserve de neuf tonnes de minerai aurifère, dont 1,5 tonne pour le gisement d’Ovala et 8,7 tonnes réparties de manière presque équivalente entre Dongo et Dondo-Mobi.

Consécutivement à l’étude d’impact environnemental, le traitement du minerai suivra un schéma tenant compte du contexte pour atténuer au maximum les effets négatifs. L’utilisation de produits chimiques sera réduite au strict minimum pour le concassage et le broyage afin de fragmenter la roche et l’utilisation du cyanure sera proscrit. La création d’un fonds et d’un comité de gestion pour le développement des actions sociétales dans le nouveau Code minier est également prévue.

Anne-Marie Jobin

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