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Interview

Jules-Armand Aniambossou, coordinateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique

Le président Emmanuel Macron se veut l’homme du renouveau dans la relation de la France avec l’Afrique. Le CPA, structure inédite, nous sert de guide dans ce voyage dans les arcanes de sa politique. Jules- Armand Aniambossou, son coordinateur, explique l’architecture des lieux. 

Entretien avec Hichem Ben Yaïche et Guillaume Weill-Raynal 

Vingt mois après l’arrivée au pouvoir du président Macron, sa politique africaine n’est pas toujours comprise. Sa politique a-t-elle trouvé ses marques et ses ambitions, et a-t-elle atteint certains de ses objectifs ? 

Le 28 novembre 2017, à l’université Ki-Zerbo de Ouagadougou, le président de la République présentait son ambition pour le renouvellement de la relation et la France et les pays d’Afrique. À cette occasion, Emmanuel Macron a détaillé une série d’engagements, marqueurs d’un nouveau regard entre le continent africain et la France. 

Ces engagements vont de la priorité donnée à l’éducation et à l’enseignement supérieur, au soutien inédit à l’innovation et à l’entrepreneuriat en passant par la nécessaire refondation de l’Aide au développement, la lutte contre les changements climatiques, la culture et le sport notamment. 

Le CPA est une instance inédite et indépendante. Notre patron c’est la France, c’est l’Afrique, c’est la jeunesse, ce sont tous ces acteurs de la société civile qui oeuvrent au quotidien et avec sincérité à écrire une page nouvelle de la relation entre les pays d’Afrique et la France.

Il existe donc un référentiel, un cadre transparent qui marque les ambitions du Président de coproduire avec les pays d’Afrique une relation nouvelle, basée sur le respect et la réciprocité et qui fait une place importante à des acteurs non-institutionnels qui, par le passé, n’ont pas toujours été sollicités : je parle notamment de la jeunesse, des sociétés civiles, des femmes, des entrepreneurs, des diasporas. 

Cette réinvention de la relation exige deux efforts : une conversion de regard ; un travail politique et institutionnel. Nous sommes au début d’un processus, d’une noble et exaltante tâche dont le CPA se veut l’architecte pour ouvrir l’ère de partenariats gagnant-gagnant. 

Il faut se départir de tout angélisme et éviter des faux procès et mettre fin à l’ère du soupçon généralisé où la sincérité d’une démarche est systématiquement rendue suspecte du fait du poids d’un passé qui pèse encore sur certains esprits. 

Vous considérez-vous comme une « boîte à idées » ? Quelle est votre méthode pour enrichir l’approche ? 

Le discours de Ouagadougou a été fortement inspiré par le Conseil présidentiel pour l’Afrique, instance directement rattachée au chef de l’État pour alimenter sa perception et sa réflexion, lui apporter un éclairage sur les enjeux de la relation entre les pays d’Afrique et la France et formuler des propositions d’actions.

La transformation de la relation avec le continent africain exige donc un changement de méthode et une rupture avec le fonctionnement en top-down ; une place très importante est reconnue à la société civile. Le CPA privilégie les rencontres des acteurs de terrain devenus incontournables. Notre rôle au quotidien est aussi simple qu’est majeure notre responsabilité. Il répond à trois principes : écouter, recommander et rassembler. 

Comment faites-vous ? 

Nous écoutons la société civile, les diasporas, les jeunesses africaine et française au plus près de leurs besoins, de leurs attentes et de leurs préoccupations, de leur colère et de leur déception parfois ! Ce, avec l’idée de leur expliquer les nouvelles priorités de la France d’où notre présence à de nombreux événements sur le terrain. 

Les membres du CPA rentrent de différentes missions en Guinée-Conakry, au Tchad, au Kenya et en Éthiopie, sur des thématiques aussi variées que l’agriculture, le numérique, l’enseignement supérieur, la culture, l’autonomisation des femmes.

Ces missions font suite à d’autres dans de nombreux autres pays. Ces rencontres sont l’occasion pour le CPA de jouer son rôle de « porte-voix » des capteurs et acteurs non-conventionnels, non-institutionnels sans lesquels aucune transformation pérenne de la relation entre les pays d’Afrique et la France n’est envisageable. 

Les propositions ne doivent pas manquer, comment faire le tri ? 

Pour éviter des propositions et recommandations hors-sol, il est indispensable d’écouter au plus près les forces vives des « pays réels ». Ces contacts de terrain nous sont d’une utilité et d’une richesse de tout premier plan, car ce sont, à travers les échanges avec le CPA, de vrais acteurs du changement et de la transformation de la relation entre les pays d’Afrique et la France. Ceci constitue une nouveauté majeure dans la relation ! Le CPA a ainsi l’occasion de rencontrer des femmes et des hommes remarquables au franc-parler très apprécié, exigeants, créatifs et pragmatiques. 

Nous émettons des recommandations au président de la République, à partir de ces « remontées de terrain ». Enfin, nous rassemblons au sein d’un réseau d’initiatives et de veille, toutes les forces prêtes à édifier un nouveau chapitre de notre histoire.

J’en reviens aux propos du président Macron : « L’Afrique n’est pas seulement notre interlocutrice pour parler des crises qui l’affectent, elle est d’abord notre allié pour inventer les grands équilibres du monde de demain. L’importance de l’Afrique pour la France, c’est non seulement celle du voisin le plus proche, mais aussi une partie de notre identité, à travers notre histoire commune. » 

Le CPA est-il une institution de pouvoir, au plein sens politique du terme ? Comment s’inscrit-il dans toute prise de décision ? 

Le CPA n’est pas une institution et n’a pas vocation à le devenir. Il ne doit en aucun cas se substituer aux administrations et institutions en place, ou à les évaluer, mais travailler avec elles. Tout est fait pour que le CPA ne s’institutionnalise pas, mais reste une plateforme active et ouverte de dialogue et de propositions.

Il faut se départir de tout angélisme et éviter des faux procès et sortir de l’ère du soupçon généralisé où la sincérité d’une démarche est systématiquement rendue suspecte du fait du poids d’un passé qui pèse encore sur certains esprits.

Pas plus qu’il n’est un fan-club de courtisans, un cénacle d’intrigants, il n’est pas une « planque » où on fait carrière !Sa mission est claire et circonscrite : écouter, proposer, rassembler. C’est en travaillant main dans la main avec les administrations, les ambassadeurs, les agences de l’État que nous réussirons à mener à leur terme les engagements de Ouagadougou. 

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