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Interview

Jeanine Mudiayi : « Nous avons mis fin aux enfants soldats 

Jeanine Mudiayi : « Nous avons mis fin aux enfants soldats 
  • Publiéjanvier 18, 2022

0Jeanine Mabunda Lioko rappelle les enjeux du climat pour un grand pays comme la RD Congo. Elle comprend les impatiences face aux urgences, devant l’apparente inertie des pays développés. L’ancienne présidente de l’Assemblée rappelle les progrès de son pays en matière de droits humains.

Par NAF

La déforestation est devenue un problème urgent dans le monde entier. Quelle est la situation en RD Congo ; les forêts tropicales sont-elles encore en bonne santé ?

Nos forêts sont moins endommagées que bien d’autres mais les préserver est une tâche complexe. Elles sont une ressource pour les populations qui y vivent, cruciales pour leur survie et pour qu’elles puissent gagner leur vie. Les produits forestiers sont utilisés pour la cuisine, le logement, l’agriculture de subsistance, l’énergie, etc.

Des compensations devraient être accordées aux pays et aux communautés pour la préservation des forêts tropicales, les poumons de la planète. Cette compensation monétaire peut ensuite être utilisée pour développer ces communautés tout en minimisant l’impact sur la forêt tropicale.

Vous avez assisté à la COP26 à Glasgow. Quelle était votre impression générale après cette réunion ?

C’est vrai, un certain mécontentement s’est exprimé mais, à mon avis, le combat pour protéger la planète contre le changement climatique est un combat mondial, une course de longue haleine. Des progrès ont été réalisés à la COP26 même si ce n’était pas autant que beaucoup auraient souhaité.

Souvenez-vous. Au début, on déplorait un manque de consensus, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Certaines différences majeures liées aux énergies fossiles (en particulier le charbon) ont été aplanies.

Nous devons aussi continuer à sensibiliser le monde développé au rôle que l’Afrique doit jouer, rôle allié à la nécessité du développement. Douze millions d’Africains entrent sur le marché du travail chaque année, ils ont besoin d’emplois.

Nous avons besoin d’une plus grande justice énergétique entre les pays développés et les pays les moins polluants, lesquels apportent aussi des solutions à travers leurs forêts tropicales.

Dans quelle mesure les questions africaines sont-elles entendues ?

La voix de l’Afrique est sous-estimée, compte tenu de sa contribution à la stabilisation des niveaux de CO2 et des ressources nécessaires à de nouvelles technologies plus propres.

La nouvelle génération d’Africains observe le bien-être des autres nations tout en se faisant dire d’arrêter de couper les arbres dont ils ont besoin pour l’agriculture et le bois de chauffage ! Un développement lent a un impact sur leur vie quotidienne et leur avenir, tandis que leurs forêts et leurs ressources naturelles sont discutées à des milliers de kilomètres, sans eux.

Du côté positif, nous voyons davantage de soutien pour Tanguy Gahouma-Bekale, le président du Groupe africain de négociateurs sur le changement climatique ; et nous devons applaudir les initiatives et le plaidoyer pour l’Afrique. Mais nous devons aussi continuer à sensibiliser le monde développé au rôle que l’Afrique doit jouer, rôle allié à la nécessité du développement. Douze millions d’Africains entrent sur le marché du travail chaque année, ils ont besoin d’emplois.

Où en est la promesse de 100 milliards de dollars faite à l’Afrique pour atténuer le changement climatique ?

Il reste de l’insatisfaction et de la confusion quant à cette promesse qui date de 2015. Les progrès réalisés ne sont pas à la hauteur des défis, des contraintes et des impacts sur l’agriculture, les infrastructures ou les économies africaines. Les inondations au Mozambique et la sécheresse au Sahel nous rappellent que le temps joue contre nous et que l’urgence va toujours croissant pour concrétiser cet engagement.

Avez-vous déjà ressenti l’impact du changement climatique ?

La RDC, comme de nombreux pays d’Afrique et d’ailleurs, a été touchée par les conséquences du changement climatique qui a détruit des maisons et des infrastructures, et l’impact est important dans certaines régions d’Afrique où les conditions sont déjà difficiles.

Là où l’économie est plus faible, il est plus difficile de s’en remettre. Les fonds ne sont pas disponibles dans certaines régions d’Afrique pour réparer les infrastructures, construire de nouvelles maisons, des entreprises, etc. Cela met la communauté au défi, et cela a un impact sur les moyens de subsistance, ce qui entraîne le départ des personnes de ces zones, affaiblissant davantage l’économie et les communautés locales.

Vous avez été très active dans la lutte contre les violences sexuelles à l’égard des femmes – un sujet qui revient à l’ordre du jour en ce qui concerne les Casques bleus. Quelle est la gravité du problème et que peut-on faire à ce sujet ?

Je crois fermement qu’offrir une éducation précoce aux filles mais aussi et surtout aux garçons au début de leur long parcours vers l’âge adulte peut faire la différence, tout comme le ton et les actions des dirigeants.

En tant que citoyens congolais, nous avons décidé de travailler ensemble pour résoudre le problème. La société civile a pris l’initiative, mais nous avions également besoin d’organismes et de politiques publics pour avoir un impact et être transformateurs. Avoir fait partie de ce combat est quelque chose dont je suis fière, mais il continue pour beaucoup.

Vous vous êtes également engagée dans la lutte contre le recrutement d’enfants soldats. Votre travail se concentre-t-il sur la RD Congo, et quelle est la situation à l’heure actuelle ?

Ma mission était limitée à la RD Congo ; la géographie a rendu les choses difficiles, mais nous avons réussi. Pour de nombreux enfants, le manque d’éducation à temps plein et la capacité de payer les nécessités de la vie de base rendaient attrayant l’ambition d’être un soldat. Une arme à feu leur donnait du pouvoir, un sentiment de valeur et d’argent, ce qui était trop tentant. Nous avons trouvé des enfants soldats avec les armées rebelles et congolaises.

La RD Congo a prononcé une déclaration publique, donnant le ton au sommet de l’État. Nous avons reconnu que nous avions un problème, admis nos échecs, mais nous avons fait une déclaration claire et pris des mesures concrètes. Nous avons adopté des lois garantissant le châtiment des coupables, y compris dans l’Armée ; et c’est l’action de l’État qui a convaincu les rebelles de travailler avec les autorités publiques pour résoudre le problème. En 2017, nous avons été retirés de la liste des pays de l’ONU où s’effectuent recrutement d’enfants soldats.

Vous étiez en charge de la réforme des entreprises publiques de la RD Congo. Dans quelle mesure cela a-t-il réussi et quelle est la situation actuelle ?

Nous avons pu tirer parti de l’expérience du secteur privé et augmenter les revenus qui reviennent à l’État. Lorsque nous avions audité les entreprises publiques congolaises, en 2000-2002, nous avions découvert qu’elles ne tenaient pas de comptabilité régulière ou de gouvernance claire, et que leur contribution en revenus à l’État était, au mieux, symbolique.

Nous nous sommes modernisés, en fixant des règles autorisant les partenariats public-privé, et en augmentant la transparence. Nous avons encouragé les contrats de gestion et les coentreprises. L’État a conservé la propriété mais a travaillé avec le secteur privé. Cela a permis et encouragé l’investissement privé dans les entreprises publiques de la RD Congo et leur expérience a permis aux entreprises de croître et de se développer.

Des secteurs comme les transports, l’énergie et les mines peuvent avoir un impact énorme sur la croissance en RD Congo, mais nous devons nous assurer que tout cela est fait dans le but d’améliorer le niveau de vie de tous les citoyens.

De nouveau, récemment, ont été formulées des accusations selon lesquelles certaines grandes sociétés minières, en particulier dans le cuivre et le cobalt, exploitent les travailleurs, au mépris des droits humains. Quelle est la vérité ?

L’exploitation minière est complexe ; elle génère des revenus importants et souvent dans des zones pauvres, mais ce n’est ni une raison ni une excuse pour entretenir de mauvaises conditions de travail ! Nous avons agi contre certains abus qui ont été signalés et avons eu des sanctions contre certaines organisations.

Nous avons également introduit de nouvelles lois dans certaines industries, mais là où l’exploitation des humains se produit, nous devons prendre des mesures pour l’éradiquer.

La Banque africaine de développement, la Banque mondiale et l’UNICEF ont aidé la RD Congo à s’améliorer et travaillent avec les communautés pauvres pour leur enseigner de nouvelles compétences afin qu’elles puissent travailler pour elles-mêmes, et nous continuons à apprendre de ces programmes.

@NAF

BIO EXPRESSS

Jeanine Mabunda Lioko Mudiayi est membre de l’Assemblée nationale de la RD Congo depuis 2011. Elle a été la première femme à être élue présidente de l’Assemblée, poste qu’elle occupa en 2019 et 2020. Elle a été active dans la lutte contre les violences de genre et a travaillé avec succès pour mettre fin à la pratique du recrutement d’enfants soldats.

En tant que ministre des Entreprises publiques (2007-2012), elle a engagé plusieurs réformes importantes. Et en tant que directrice exécutive du Fonds de promotion de l’industrie (FPI), une banque publique de développement, elle a apporté des améliorations clés, notamment en augmentant les crédits aux PME.

Jeanine Mabunda Lioko Mudiayi est titulaire d’une licence en droit de l’Université catholique de Louvain et d’une licence en Sciences commerciales de l’Institut catholique des hautes études commerciales (ICHEC), à Bruxellles.

@NAF

 

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Par NAF

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