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Interview

Jean-Michel Severino : « Nous finançons les entreprises… »

L’entrepreneuriat est davantage reconnu par un nombre chaque jour plus important de pays comme quelque chose de fondamental pour la dynamique de croissance.

Il y a eu des améliorations notables sur l’environnement des entreprises, sur le système judiciaire, les droits de douane, etc. Néanmoins, le cheminement est important, car au-delà des grandes déclarations, peu de pays ont une politique pro-PME, qui viserait à en faire un pilier structurel de la croissance, comme il en existe par exemple au Sénégal, où le Plan Sénégal émergent a changé énormément de choses, pour cette catégorie d’entreprises. 

On sent aussi une grande fragilité… 

Effectivement, les moyens des États sont limités. Il y aurait beaucoup de choses à faire, dans de nombreux pays, pour l’émergence de cet écosystème. Partout, les incubateurs et les accélérateurs manquent.

Les véhicules d’investissement, pour appuyer les entreprises émergentes ou les PME, sont rares. Et, pour des raisons à la fois structurelles et conjoncturelles, le système bancaire ne peut pas assurer ce rôle. Et encore, les progrès du système judiciaire sont tout de même très inégaux sur le continent. 

Comment et avec quels outils opérez-vous pour participer au cycle de vie des entreprises ? 

Notre spécialité, dans cet écosystème, est celle d’être des investisseurs. Il y a beaucoup de choses, très favorables pour les PME, que nous ne faisons pas.

Nous nous concentrons sur le métier d’investisseur, que nous exerçons sur trois niveaux : d’abord, pour les très petites sociétés, notamment les sociétés en création, à travers notre activité d’« amorçage » qui consiste à apporter des moyens d’accélération à des projets, soit par du coaching ou de l’assistance technique, soit par des prêts d’honneur ou des subventions remboursable. 

Deuxièmement, nous finançons des très petites entreprises ou des start-up, cette fois, avec du capital. Nous sélectionnons ces entreprises auxquelles nous apportons des fonds propres minoritaires, car nous sommes toujours dans cette démarche de soutien à l’entrepreneur.

Nous ne lui volons pas son entreprise. Nous l’accompagnons dans son développement, pour, au bout d’un certain nombre d’années, sortir de son entreprise en espérant faire une plus-value qui nous permette de nous rémunérer et de réalimenter le cycle. Enfin, notre troisième étage d’activité est un peu le même que le…

Le budget de l’Aide publique française au développement a explosé. Et non pas en direction des régimes africains autoritaires, mais vers les entrepreneurs africains. La France a annoncé des efforts sans précédent, en faveur de l’investissement ! 

…deuxième, mais avec des PME, des sociétés un peu plus grosses, qui ont également des gros besoins d’expansion, mais qui sont davantage structurées, avec des outils de production plus importants, souvent manufacturières. Il y a moins de manufacturiers dans la deuxième catégorie. 

Les PME sont le point faible de l’Afrique. Face à un tel retard, pourquoi les investisseurs n’ont-ils pas été en mesure de remédier à cette situation plus tôt ? 

Il faut tout de même rappeler que le continent africain est sorti de vingt-cinq années de régression économique. Les années d’ajustement structurel ont été des années terribles. Les infrastructures n’ont pas été renouvelées, le marché n’a pas bougé.

À partir du début des années 2000, nous pouvons parler d’une nouvelle phase des économies africaines. Une conjonction d’événements a alors changé la donne : le désendettement lié aux programmes d’annulations de dettes a libéré la capacité d’investissements directs et indirects ; l’amélioration des politiques publiques a partout libéralisé l’économie, précisément grâce aux ajustements structurels : les monopoles ont été cassés, et il a été possible d’entreprendre.

Et puis, des événements beaucoup plus fondamentaux et plus durables dans le temps tels que la croissance démographique et l’urbanisation, qui créent des marchés.

La petite croissance économique du début des années 1960 avait été très rapidement suivie d’une très grande stagnation qui a duré très longtemps. Nous vivons un nouveau départ de l’économie moderne mais qui n’a démarré qu’au début de ce siècle, c’est-à-dire, il y a très peu de temps. 

En fait, entre les années 1970 et les années 2000, il ne s’était créé que très peu d’entreprises. Le système productif avait très peu bougé. Quelques entreprises de taille moyenne ou importante ont survécu, parfois portées par des communautés allogènes installées en Afrique, comme les communautés libanaise ou indienne.

Quelques grosses PME africaines ont pu traverser cette période. Du côté privé, le système productif a été un peu enrichi par les privatisations qui ont amené quelques grosses entreprises dans des mains privées au tournant des années 2000. Mais c’est tout… Et donc, le mouvement de naissance et d’émergence entrepreneuriale – tous ces millions d’entrepreneurs – est relativement récent. 

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