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Interview

Jean-Michel Severino : « Nous finançons les entreprises… »

Le spécialiste du capital-investissement Jean-Michel Severino revient sur les conditions du financement des entreprises africaines, notamment les PME. Ainsi que sur les défis en cours de l’Afrique (accords multilatéraux, zone de libre-échange) et sur la place de la France.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche 

De la vie de développeur à votre activité de capital-risque à la tête d’Investisseurs & Partenaires, quels ont été votre évolution et votre retour d’expérience ? 

Investisseurs & Partenaires existe depuis 17 ans. Je l’ai rejoint en 2011. C’était une aventure improbable à sa création, mais qui a permis de démontrer l’existence d’une dynamique entrepreneuriale très forte : les entrepreneurs que nous avons trouvés, financés et portés, existaient. Ils ne relevaient pas du fantasme.

Il s’agit d’ailleurs d’une dynamique entrepreneuriale qui dépasse de très loin Investisseurs et Partenaires, car nous n’en sommes partenaires que sur une petite fraction. Au départ, notre discours sur l’entrepreneuriat n’était pas forcément écouté ni compris.

Certains, d’ailleurs, continuent à en douter. Je rencontre encore aujourd’hui des gens qui ont de l’Afrique la vision d’un continent pauvre, en crise, en proie aux problèmes du terrorisme, etc. Mais nos opérations, nos financements et nos succès sont le témoignage, la preuve vivante et concrète de cette autre dimension du continent africain. 

Pourtant, les besoins sont énormes et restent largement insatisfaits. Existe-t-il aujourd’hui suffisamment de masse critique et de relais comparables à votre institution pour opérer dans le même univers ? 

Non. Nous en sommes encore loin. D’abord pour des raisons macroéconomiques. Concrètement, aujourd’hui, les taux d’épargne – et donc les taux d’investissement – du continent africain sont relativement bas, si on les compare par exemple à ceux de l’Asie du Sud-Est à l’époque où elle a démarré sa croissance économique, il y a trente ou quarante ans.

Et donc, les possibilités de capitaliser les entreprises – en plus des autres emplois de l’investissement et du capital – sont plus limitées. 

De plus, le secteur financier n’est pas particulièrement propice au développement de l’activité productrice, également pour des raisons macroéconomiques sous-jacentes.

Les États sont relativement endettés et font beaucoup appel à l’épargne et au secteur bancaire. Il en résulte des taux d’intérêt assez élevés et une contrepartie étatique qui, d’une manière ou d’une autre, absorbe l’épargne et une partie de la capacité de financement des…

La situation de l’Afrique évolue favorablement. L’entrepreneuriat est davantage reconnu comme étant fondamental pour la dynamique de croissance. On note des améliorations dans l’environnement des entreprises, sur le système judiciaire, les droits de douane, etc.

…banques, ce qui prive les PME et l’entrepreneuriat d’une capacité d’accès à la dette. Et les conditions de financement et d’émergence des entreprises sont rendues encore plus difficiles par le problème des arriérés intérieurs.

Que vous preniez l’Asie, l’Europe ou les États-Unis, l’État y est toujours la contrepartie de premier rang. C’est l’entité qui ne fera pas défaut. Elle bénéficiera peut-être de délais de paiement, mais elle ne fera pas défaut. Dans beaucoup de pays d’Afrique, c’est la pire des signatures ! 

Et cette défaillance de l’emprunteur systémique à l’intérieur des pays a des répercussions macroéconomiques considérables. Il n’y existe pas cet agent d’endettement principal sur lequel toute l’économie et toute la société peuvent s’appuyer pour pouvoir se développer.

C’est la raison pour laquelle, chez Investisseurs & Partenaires, nous militons à ce point sur cette question des arriérés intérieurs des pays : il ne s’agit pas que d’un phénomène de dette, mais d’un problème qui a des conséquences très structurelles sur la croissance économique. 

A-t-on aujourd’hui, en Afrique, les moyens de construire un écosystème pour aller vers une massification qui permettrait aux entreprises de prospérer et de croître ? 

Oui, absolument. Beaucoup de progrès peuvent encore être faits pour améliorer la situation. Il ne faut pas être totalement négatif : la situation a tout de même évolué favorablement ces dernières années.

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