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Interview

Entretien avec Mohamed Mahmoud Lehbid, Directeur général de la Banque islamique de Mauritanie

Le directeur général de la Banque islamique de Mauritanie (BIM) fait le point sur le marché de la finance islamique dans son pays, et des perspectives de développement de son jeune établissement, principalement tourné vers le financement des PME-PMI.

Propos recueillis par Guillaume Weill-Raynal 

Comment se porte la BIM aujourd’hui ? 

Elle se porte très bien, tant sur le plan de son exploitation que sur le plan structurel. Bien sûr, elle subit les difficultés de l’environnement dans lequel elle se trouve. Son total de bilan totalise 38 millions de dollars, ce qui représente 14 milliards d’ouguiyas anciens ou 1,40 milliard nouveaux. Elle possède un réseau de six agences, soit un effectif de 69 personnes pour 6 000 clients 

Quels sont les produits spécifiques et les services dédiés que vous offrez ? Comment cela se passe-t-il concrètement ? 

Cela se passe facilement… La finance islamique propose des solutions adaptées à une situation donnée, suivant des principes précis. Le produit est développé en fonction des besoins et des attentes du client. Les besoins des entreprises se résument en deux catégories : besoins d’investissements aux fins de création ou d’extension, ou des besoins de fonds de roulement pour compenser d’éventuels décalages entre les recettes et les dépenses. Dans l’accompagnement de nos clients, nos produits spécifiques consistent avant tout en une activité de conseil, dans le but de guider les entreprises dans leur démarche financière. Puis nous proposons des solutions sur mesure. 

La finance islamique correspond à une attente très actuelle. Comment cela se traduit-il sur le marché mauritanien et comment répondez-vous à cette demande ? Nous bénéficions aujourd’hui d’un environnement très favorable à la finance islamique, car elle correspond à la culture générale des Mauritaniens qui expriment le plus souvent une préférence pour les solutions spécifiques que ce secteur leur offre.

Nous finançons de nombreux projets de PME-PMI, mais nous nous attachons également à les accompagner dans toutes les dimensions de l’exécution du contrat afin, notamment de leur faciliter au maximum le remboursement et le renouvellement des prêts.

Le choix d’avoir recours à la finance islamique est le plus souvent pris par notre clientèle en amont de son processus de décision. Nous ne rencontrons donc aucun problème sur le plan environnemental. À travers la Banque centrale qui est l’autorité de régulation, l’État mauritanien a déjà commencé à mettre en place les premières mesures juridiques et réglementaires destinées à encadrer la finance islamique, et à permettre son développement. 

Précisément quels sont vos rapports avec cette autorité centrale de régulation ? 

Nous faisons remonter, à tout moment, auprès du régulateur les informations qui nous sont demandées. La Banque centrale est très attentive aux problèmes que nous pouvons rencontrer, en matière de

financement. Les premières mesures que je viens d’évoquer visent à bâtir ce qui nous fait actuellement défaut : un cadre réglementaire et fiscal qui prenne en compte les spécificités de la finance islamique par rapport à la finance conventionnelle. Actuellement, ces deux modèles sont traités de manière identique, mais la nouvelle loi bancaire va mettre en place un cadre spécifique, compatible avec l’activité des banques islamiques, qui permettra à la Banque centrale d’exercer pleinement son rôle de régulateur du marché. 

À cet égard, la création d’un bon du Trésor islamique constitue un pas très important, puisqu’il offre aux banques islamiques un instrument de placement qui n’existait pas jusqu’à présent. Les banques islamiques qui disposaient d’un excédent de trésorerie ne pouvaient pas se tourner vers les offres du marché conventionnel qui n’étaient pas compatibles avec leurs principes. 

Les choses se construisent au fur et à mesure. Le FMI, dont, j’ai rencontré les experts début décembre, commence lui aussi à s’intéresser à la finance islamique et réfléchit sur la manière dont elle joue un rôle dans l’économie. 

Quels sont vos moyens concrets de financement ? Et quelle est votre stratégie en matière d’engagements à leur égard ainsi que vis-à-vis de vos clients ? 

Notre politique commerciale est très bien définie. Nous démarchons aussi bien les PME que les grandes entreprises, les particuliers aussi bien que les professionnels. Cette démarche est très simple : nous ciblons les prospects qui nous intéressent ; nous entrons en contact avec eux pour évaluer et quantifier leurs besoins et leurs attentes, et leur proposer les solutions qui nous semblent compatibles. Lorsque nous tombons d’accord avec nos clients sur le choix de ces solutions, nous entrons dans la phase de concrétisation et d’ouverture des lignes de financements qui sont alors déterminés en fonction des besoins identifiés, à court et à long terme, qu’il s’agisse, pour les entreprises, du financement d’un investissement dans le cadre d’une extension ou d’un renouvellement de matériel. Pour les particuliers, notre réponse à leurs besoins se limite actuellement à ceux qui relèvent de la consommation. L’offre immobilière reste très limitée du fait de la faiblesse de l’épargne, même si nous nous faisons un devoir d’assister les clients qui peuvent exprimer des attentes dans ce domaine. 

Pouvez-vous nous donner une idée de vos capacités financières ? Quelle est l’importance de votre « force de frappe » ? 

Nous avons une capacité très importante dans la mesure où les dossiers de financement qui dépassent la capacité locale peuvent être déplacés vers la maison mère. En tant qu’autorité de régulation, la Banque centrale contrôle la capacité des banques selon des ratios qui doivent être strictement respectés, par rapport aux fonds propres détenus. Au-delà de la limite fixée, qui est de l’ordre de cinq ou six millions de dollars par enveloppe de financement, nous pouvons toujours proposer le projet à notre maison-mère. Nous sommes encore une banque jeune. 

Vous êtes très lié à l’Islamic Corporation for Development of Private Sector qui est d’ailleurs votre actionnaire majoritaire… 

L’Islamic Corporation est notre actionnaire unique, qui détient 100 % de nos actions à travers la holding basée à Dakar. Nous entretenons d’excellentes relations de partenariat que ce soit sur le plan de l’actionnariat, du financement ou de l’assistance technique. 

Quelle est votre cartographie en matière d’implantation et de maillage du territoire ? 

Notre premier centre d’intérêt est celui de Nouadhibou où nous sommes déjà implantés. Nous disposons également de quatre agences à Nouakchott et nous envisageons d’implanter une autre agence dans le sud du pays ainsi que trois autres à l’Est. Ce développement est cadré en fonction de l’expansion du réseau à Nouakchott, du développement du tissu économique et de certains secteurs. 

Le degré de maturité d’un pays se juge aussi à son taux de bancarisation. Où en est la Mauritanie de ce point de vue ? 

Selon les dernières statistiques, le taux mauritanien se situe aux alentours de 8 % à 10 %. Notre taux d’impayés est de l’ordre de 12 % à 15 %, que nous devons néanmoins relativiser : l’importance de ce taux trouve son explication dans certaines situations conjoncturelles qui sont en train d’être résorbées dans une large mesure qui devrait nous permettre de ramener ce taux, en 2019, aux alentours de 5 %. 

La dynamique d’un pays se mesure aussi à l’implication des institutions financières dans les grands projets structurants. Qu’en est-il de la BIM à cet égard ? 

Ce type de projets nécessite des fonds dont le montant global, le plus souvent, dépasse la capacité de tout le système bancaire mauritanien. Ils sont financés, en général, par des bailleurs de fonds dédiés. Pour notre part, nous suivons, ici, les petits et moyens projets qui restent dans la limite de nos capacités, et qui permettent tout de même de renforcer le tissu économique des PME-PMI, par la valeur ajoutée intéressante qu’ils apportent et qui constitue une source de création d’emplois. 

Quels sont vos moyens pour lutter contre le sous-financement des PME? 

C’est un sujet auquel nous sommes d’autant plus sensibles que les PME-PMI constituent les deux tiers de notre clientèle. Notre approche se veut rigoureuse : nous analysons la situation de chaque entreprise pour pouvoir la conseiller et l’encadrer au mieux en matière de financement. Nous avons pu ainsi financer de nombreux projets, mais notre assistance ne se limite pas à signer un contrat et à injecter des fonds. Nous nous attachons également à accompagner nos clients dans toutes les dimensions de l’exécution du contrat afin, notamment de leur faciliter au maximum le remboursement du prêt ainsi que, le cas échéant, son renouvellement. Les clients qui suivent nos conseils en ce sens parviennent ainsi à mieux développer leur affaire.

 

Une réponse à “Entretien avec Mohamed Mahmoud Lehbid, Directeur général de la Banque islamique de Mauritanie”

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