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Interview

Diallo Mamadou Bathia, ministre de la Défense

Le ministre de la Défense, Diallo Mamadou Bathia, explique le succès du modèle mauritanien en matière de lutte contre le terrorisme. Et revient sur le contexte politique préélectoral.

Propos recueillis par Christine Holzbauer

Le G5 a tenu une nouvelle réunion à Nouakchott en marge du 31e Sommet de l’Union africaine. Il en est résulté un changement à la tête de son commandement. Reste la question de l’adhésion du Sénégal qui n’est toujours pas tranchée : quelle est votre position à cet égard ?

Le G5 Sahel est une jeune organisation qui évolue très vite. Je n’ai jamais vu une telle mobilisation de la communauté internationale (Nations unies, Union européenne, etc.). Depuis l’annonce de sa création à Bruxelles en 2014, le G5 Sahel est monté en puissance pour renforcer la lutte contre le terrorisme et les trafics illicites, dans cette région très exposée à ce genre de maux. La venue du président Emmanuel Macron, à Nouakchott, a marqué les esprits.

La France s’est beaucoup impliquée dans la sécurité au Sahel particulièrement au Mali. Nous avons une collaboration militaire exemplaire avec le Sénégal et nous effectuons souvent des manoeuvres communes. Le Sénégal, à ma connaissance, n’a pas encore fait de demande d’adhésion au G5 Sahel. De nombreux pays ont déjà demandé à avoir un statut d’observateur : La Tunisie, le Maroc, l’Égypte, et même l’Espagne.

La mutualisation des efforts en matière de défense voulue par la Mauritanie pour lutter plus efficacement contre le terrorisme a-t-elle changé sa vision en ce qui concerne sa propre défense ?

Non, la position de la Mauritanie est complémentaire de celle du G5 qu’elle a contribué à créer, mais elle n’a jamais changé sa propre vision. Le chef de l’État a toujours estimé que le pays ne devait compter que sur ses propres forces pour assurer sa défense. Dès son arrivée, d’importants investissements ont été consentis en faveur de l’armée mauritanienne.

Aucune troupe étrangère n’est présente sur notre territoire. Et cette politique a fini par payer, puisque depuis cinq ou six ans nous n’avons enregistré aucune attaque terroriste sur notre territoire.

Dès lors, nous sommes le seul pays du Sahel et dans toute l’Afrique de l’Ouest à ne pas dépendre des forces étrangères pour assurer notre sécurité.

Il y a une aide technique, certes, fournie par la France et par les États-Unis, mais aucune troupe étrangère n’est présente sur notre territoire. Et cette politique a fini par payer, puisque depuis cinq ou six ans nous n’avons enregistré aucune attaque terroriste sur notre territoire.

Êtes-vous satisfait de la levée de la « zone rouge » sur le triangle touristique de l’Adrar ?

Pour nous, ce label ne se justifiait en aucune façon et relevait de la seule appréciation des autorités françaises quant à un éventuel risque de sécurité en Mauritanie… Donc, effectivement, je suis très satisfait que la France ait fini par se rendre à l’évidence. Le retour du premier contingent de touristes français a eu lieu en décembre 2017 et tout s’est passé sans incident. Les tour-opérateurs qui avaient l’habitude de travailler avec nous étaient enchantés de revenir dans l’Adrar après toutes ces années. Ils prévoient un triplement du nombre de touristes pour la prochaine saison.

Cela dit, nous n’ignorons pas que notre sécurité est tributaire de celle de nos voisins et, notamment, le Mali. C’est pour cela que nous avons voulu que les efforts en matière de défense et de sécurité soient mutualisés, notamment au niveau des zones frontalières qui sont les plus vulnérables. D’où la création du G5, mais à aucun moment il n’a été question pour nous de relâcher nos efforts pour assurer la défense de notre propre territoire.

Qu’en est-il en termes de lutte contre l’immigration clandestine ?

Nous avons fourni de très gros efforts à cet égard : que ce soit pour assurer la surveillance de nos frontières, l’ouverture de points d’entrée, l’investissement dans des cartes biométriques etc. Je peux vous assurer qu’il n’y a pas d’émigrés ou bateaux clandestins qui partent de Nouadhibou vers le Canaries !

Vous avez accepté de rejoindre le parti présidentiel et de diriger le Comité qui sera en charge de l’organisation des prochaines élections présidentielles.

Le président Aziz a pris à bras-le-corps la question de la défense et de la sécurité sur notre immense territoire, mais aussi celle d’un retour de la Mauritanie sur la scène internationale. Arriver à exister, à se structurer, à lutter efficacement contre le terrorisme dans un pays charnière comme le nôtre, est une contribution à la paix dans la région et dans le monde qui est très appréciée par nos partenaires et les pays voisins. De surcroît, il faut saluer tout ce qu’il a réussi à faire en matière de développement social, d’infrastructures, de villes nouvelles, d’aménagement du territoire, de production d’électricité…

Pourtant, la pauvreté est encore très présente…

Oui, parce qu’elle était importante au départ, car là encore, il ne faut pas oublier les immensités désertiques et les conditions de vie difficiles et précaires des populations les plus pauvres. Nous avons eu à subir de terribles sécheresses qui ont décimé une partie du bétail.

De nombreuses organisations internationales déplorent également une corruption endémique ?

Pourtant, la lutte contre la corruption a été une grande constante de la gouvernance sous le président Aziz. Aujourd’hui, la peur a changé de camp. Car si, avant, les corrompus étaient des héros, ils sont maintenant sous les verrous. Grâce à tous les efforts consentis en matière d’assainissement des finances publiques qu’il a été possible de financer les programmes sociaux sur le budget de l’État.

Le ministère de la Défense cogère un certain nombre d’écoles d’excellence visant à former des ingénieurs. Pensez-vous que cela sera suffisant pour parvenir à une mauritanisation des cadres ?

De nombreux lycées techniques ont vu le jour. L’École supérieure polytechnique va nous permettre de former chaque année une quarantaine d’ingénieurs. Nous essayons d’encourager les Mauritaniens à exercer des métiers qui, traditionnellement, étaient pris par d’autres.

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