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Interview

Alié Dior Ndour (journaliste, auteur) : « C’est à l’Afrique de changer l’équation ! »

Alié Dior Ndour, rédacteur en chef d’un hebdomadaire marocain, vient de publier un ouvrage sur l’immigration. Il mène une réflexion sur les causes de ce phénomène dramatique, et apporte des propositions de solutions.

Propos recueillis par Yasmina Lahlou

Pourquoi avez-vous écrit ce livre sur l’immigration ?

D’abord, parce que la « crise » migratoire – si on peut la nommer ainsi, car rien n’arrêtera les déplacements des populations – fait l’actualité partout dans le monde. Et plus particulièrement en Europe avec laquelle une grande partie du continent africain a des liens historiques à travers le passé colonial.

Nous devons aussi nous libérer du complexe du colonisé qui, qu’on l’admette ou non, est profondément ancré chez nous. Sachons enfin que tout n’est pas rose en Europe ou aux Amériques, et qu’il est possible de bien vivre sur notre continent !

Mais l’objet de mon livre n’est pas de traiter de la montée des partis d’extrême droite qui prospèrent en jouant sur la peur de l’autre. Je suis juste scandalisé par le départ au péril de leur vie des jeunes Africains vers l’Europe. Mon but est qu’on s’interroge sur les causes de la crise… et ces causes sont à chercher chez nous, en Afrique, dans nos comportements, dans la façon de gouverner de nos dirigeants, dans nos rapports avec le reste du monde.

Il nous faut cesser de jouer les victimes ! L’immigration met en évidence les manquements qui font que l’Afrique a du mal à s’en sortir malgré les statistiques « pompeuses » que l’on nous sert. Si la jeunesse ne croit plus en son pays, c’est à cause du manque de démocratie et de son corollaire, la mauvaise gouvernance. Mais cela n’est pas une fatalité. C’est à nous de changer l’équation !

Quels sont les chiffres clés de l’immigration ?

Les déplacements de populations africaines, d’un pays à un autre sont faibles, par rapport à la masse mondiale. D’après les statistiques de l’Organisation internationale des migrations (OIM), les Africains ne représentaient que 13,4 % des 32 millions de migrants recensés en 2015 dans le monde.

Au total 50 % des migrants mondiaux, soit 16 millions de personnes, sont restés sur leur continent d’origine et près de 9 millions ont rejoint l’Europe, dont seulement 16,6 % d’Africains. Les migrations sont en réalité beaucoup plus intra-africaines qu’en direction d’autres continents. On peut ainsi déplorer qu’il y ait pourtant des esprits mal avisés pour crier à l’invasion de l’Europe.

Cela n’est cependant pas une raison pour que nous Africains ne reconnaissions pas nos responsabilités dans la crise migratoire et n’y remédions pas.

Quelle est la part de responsabilité de l’Occident et celle du continent ?

Les responsabilités sont évidemment partagées. Il n’y a pas de premier ou de second responsable. L’Europe a souvent protégé les régimes corrompus et autocratiques pour préserver ses intérêts, encourageant ainsi l’exclusion économique de l’essentiel de la population. Les jeunes vont donc chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas chez eux.

Quelles solutions préconisez-vous ?

Le chantier est vaste. Il faut donner à la jeunesse un système éducatif performant, des emplois, l’accès aux soins de santé… Nous devons aussi nous libérer du complexe du colonisé qui, qu’on l’admette ou non, est profondément ancré chez nous. Sachons enfin que tout n’est pas rose en Europe ou aux Amériques, et qu’il est possible de bien vivre sur notre continent !

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