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International

Lobbying, le talon d’Achille des Africains

Lobbying, le talon d’Achille des Africains
  • Publiéavril 18, 2019

Conscientes de la nécessité d’investir dans le coeur de la machine institutionnelle, « les administrations et entreprises nord-africains, marocaines et algériennes en tête, poursuivent des stratégies pour tisser des liens auprès de personnes, d’organisations et de cabi­nets capables de promouvoir leurs intérêts », explique Annie Mutamba, cofondatrice de Meridia Partners. Un discours qui diffère lorsqu’on s’attaque à la partie subsaharienne du continent.

On l’aura bien compris, à défaut d’une révision des intérêts des parties prenantes et d’une redéfinition des approches, l’impor­tance de Bruxelles risque de rester marginale dans le jeu d’influence euro-africain.

Ainsi, expose la lobbyiste congolaise, « les acteurs issus de l’Afrique de l’Est, notam­ment le Kenya, l’Éthiopie, et l’Afrique australe, principalement l’Afrique du Sud, ont-ils une démarche proactive au contraire des acteurs de l’Afrique francophone subsaharienne », lesquelles, à quelques exceptions près, adoptent des positions plus réactives.

Preuve de cette attitude entreprenante est-africaine, Addis-Abeba vient, via son ambassade à Bruxelles, de lancer des cycles de rencontres avec les médias, histoire de faire remonter le « soft power éthiopien ».

Dans son ensemble, le pouvoir d’influence dans la capitale euro­péenne, issu de la zone subsaharienne du continent, demeure limité, comme en atteste la somme modeste, 7 à 8 millions d’euros dépensée, pour les activités lobbyistes, selon nos sources.

De vieux réflexes

Car, dans leur approche avec le Vieux Continent, « la plupart des déci­deurs politiques et économiques africains qui veulent établir, conserver ou accroître leurs échanges avec l’UE, ont la tendance de contourner sa capitale. Pour une grande partie d’entre eux, le chemin qui mène à Bruxelles passe encore par Paris voire par Londres », souligne Annie Mutamba.

S’il existe bien un lobbying africain en Europe, celui-ci s’effectue dans un cadre basé encore sur « de vieux réflexes ». Ce qui pour la spécialiste se révèle comme « une erreur, car le décryptage de l’UE et la compréhension de son écosystème ne peuvent s’effectuer à travers un prisme allemand, belge, britannique ou français ».

De plus, « un gouffre s’est installé entre les priorités des uns et les préoccupations des autres », précise Annie Mutamba. Alors que l’UE n’a de cesse d’agiter les drapeaux de la gouvernance, des droits de l’homme et de l’immigration, les partenaires africains cherchent des solutions et des acteurs pour développer prioritairement leurs économies.

Une situation qui ne contribue certainement pas à ce que la capitale européenne apparaisse comme un endroit primordial aux yeux des décideurs africains.

On l’aura bien compris, à défaut d’une révision des intérêts des parties prenantes et d’une redéfinition des approches, l’impor­tance de Bruxelles risque de rester marginale dans le jeu d’influence euro-africain.

Écrit par
Szymon Jagiello

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