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International

Lobbying, le talon d’Achille des Africains

Puissant centre de pouvoir, les instances de l’Union européenne sont le lieu de rendez-vous de différents groupes d’intérêts. Alors que les décisions prises à Bruxelles influencent les économies et les entreprises des pays africains, comment ces derniers se positionnent-ils ?

Bruxelles, Szymon Jagiello

La capitale européenne qu’est Bruxelles s’est transformée au fil des dernières décennies en un centre de gravité politique et économique majeur. Une lutte d’influence permanente s’y produit entre différents acteurs, tant privés que publics, venus des quatre coins du monde.

Ainsi, Bruxelles « fait travailler plus de 30 000 lobbyistes, quasiment autant que le nombre de travailleurs au sein de la Commission européenne », observe le Corpo­rate Europe Observatory.

Voilà qui fait de la ville belge la deuxième capitale mondiale du lobbying après Washington : s’y attellent quotidiennement des groupes de pressions prêts à influer sur les différentes étapes du processus décisionnel des institutions euro­péennes pour le compte de clients régionaux.

Ainsi que des groupes étrangers soucieux de promouvoir leurs intérêts pour peser sur un marché de 500 millions de consommateurs, voire encore limiter l’impact des mesures prises par l’UE (Union européenne) dans leur espace géographique.

En effet, les choix effectués par l’Europe, même lorsqu’ils ne concernent que des règles intérieures, ont souvent des répercussions ailleurs, notam­ment en Afrique.

Alors que l’UE agite les drapeaux de la gouvernance, des droits de l’homme et de l’immigration, les partenaires africains cherchent des solutions et des acteurs pour développer prioritairement leurs économies. Aussi, Bruxelles n’apparaît pas comme un endroit primordial aux yeux des décideurs africains.

Par exemple, la récente réforme de la PAC (Politique agricole commune) a donné la possibilité aux agriculteurs européens de produire davantage, ce qui, dans un contexte de baisse de la consommation en Europe pour de nombreux produits agricoles, a eu pour effet que « les marchés cibles ne se trouvaient plus sur le Vieux Continent, mais sur le marché mondial, incluant les pays en voie de dévelop­pement », indique Paul Goodison de chez GDC Partners.

Ainsi, dans la filière sucrière, la suppression des quotas de production par l’UE a entraîné, en dépit des mécanismes de soutien, une inondation de sucre en Afrique de l’Ouest.

« Entre 2013 et 2017, les exporta­tions européennes de sucre dans cette région de l’Afrique sont passées de 63 853 tonnes à 280 913 tonnes, soit une augmentation de 340 % », souligne l’expert britannique.

Cette nouvelle PAC a pour conséquence, ajoute-t-il, d’« affec­ter les exportateurs ACP tant en termes de prix que de volume ». Un constat qui suscite une question : les acteurs du continent exercent-ils de l’influence auprès des décideurs européens pour défendre leurs intérêts respectifs ?

Une présence africaine encore faible

A priori, il semble que l’influence soit quasi nulle, car seuls trois ou quatre « spécialistes des affaires publiques », comme on les nomme dans le jargon européen, s’occupent presque exclusivement des rela­tions entre l’Europe et l’Afrique.

Parmi les – nombreuses – représentations africaines à Bruxelles, peu d’entre elles disposent d’un employé consacré aux affaires européennes. La réalité cependant se veut plus nuancée et complexe que pourrait le suggérer ce constat, surtout lorsqu’on analyse les activités par région d’Afrique.

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