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Infrastructures

Guinée : Souapiti, un barrage aux multiples enjeux

Lancés en 2016, les travaux de construction du barrage hydroélectrique de Souapiti avancent mieux que prévu, à la satisfaction du gouvernement guinéen et de ses partenaires au développement. La mise en service de l’ouvrage est prévue en septembre 2020.

Conakry, Tokpanan Doré

Souapiti répondra-t-il aux attentes ? En tout cas, le gouvernement, très confiant quant à une fin prochaine des travaux, prévoit que ce barrage, d’une capacité de 450 mégawatts, sera bien

la solution aux récurrentes crises d’électricité à Conakry. En décembre 2018, le président Alpha Condé a annoncé que « la construction du barrage prendra fin en 2019 », laissant comprendre que Souapiti pourrait être mis en service un peu plus tôt que prévu.

Le Président avait visité le chantier, quelques semaines auparavant. « Les travaux du barrage évoluent à un rythme soutenu et satisfaisant », confirme Amara Camara, directeur général de la Société de gestion et d’exploitation de Souapiti (SOGES).

« La phase des excavations est terminée, la levée du béton est à près de 70 %. Dans le domaine hydromécanique, nous sommes au niveau des réassemblages et des montages des pièces essentielles… », détaille-t-il à African Business. Le directeur général ajoute que « la réinstallation des populations affectées par le projet se passe normalement ».

La Guinée est, en Afrique, au coeur de la révolution énergétique. Laquelle vise à démocratiser l’accès de l’énergie aux populations, en mettant en route des projets concrets, sobres en carbone et à forte valeur environnementale, sociale et éthique.

De façon globale, le ministre de l’Énergie Cheick Taliby Sylla, estimait, en janvier, les travaux de Génie civil achevés à hauteur de 70 %. « On peut stocker à partir de la saison pluvieuse prochaine un milliard de m³ d’eau. Cette quantité va nous permettre d’alimenter Kaléta, qui est en aval de Souapiti. Nous pourrons ainsi améliorer la capacité de production de Kaléta (240 mégawatts) », précise le ministère de l’Énergie.

Si les travaux avancent aussi vite, c’est parce que le gouvernement guinéen a mis les bouchées doubles pour réunir les conditions nécessaires à la réalisation du barrage.

Le financement des travaux a été bouclé en septembre avec la signature d’un accord de près de 1,4 milliard de dollars avec Eximbank. « Nous bénéficions aussi de l’engagement des uns et des autres. Nous avons un entrepreneur dévoué, un ingénieur-conseil d’une réputation mondiale et planning constamment réévalué », se réjouit Amara Camara.

En finir avec les délestages

Président de la République, ministres, directeur du projet… Selon les occasions, chacun communique sur l’état du chantier de Souapiti. Sans lever tous les doutes des Guinéens, échaudés par les expériences passées.

Inauguré en pleine campagne électorale, en 2015, Kaléta avait – déjà – été présenté comme la solution aux problèmes d’électricité des Conakrykas. « Le pouvoir avait mal communiqué sur Kaléta et je crois qu’il l’a, dans une certaine mesure, un peu payé dans les années qui ont suivi 2015 », commente Abdoulaye Camara, observateur assidu de la situation économique du pays.

De fait, quelques mois après l’inauguration de Kaléta, Conakry avait renoué avec les coupures d’électricité, et les manifestations anti-délestages ont fortement secoué la capitale guinéenne, surtout en janvier 2018.

Confronté à la crise, le ministre de l’Énergie révélera plus de deux ans plus tard que le barrage de Kaléta, situé à six kilomètres du site de Souapiti, ne pouvait pas être construit avec une retenue d’eau au risque de noyer Souapiti. « Les études ont démontré que le barrage de Kaléta ne pouvait être qu’un barrage construit au fil de l’arrivée de l’eau… En cette période

(saison sèche), le barrage de Kaléta ne produit que 33 mégawatts sur les 240 », avait reconnu le ministre. Ainsi, l’activité de Souapiti permettra à Kaléta de fonctionner à tout moment. « La mise en service totale de Souapiti nécessitera le volume total de 6,3 milliards m³ d’eau. Et une partie de ces milliards permettra de faire fonctionner Kaléta », confirme Cheick Taliby Sylla.

Des enjeux politiques

À côté de Souapiti, les travaux du barrage hydroélectrique d’Amaria (300 mégawatts) ont été lancés en janvier 2018. Entièrement pris en charge par la société chinoise TBEA, pour un chantier de quatre ans, Amaria augmentera la puissance énergétique de la Guinée pour faire face à la pressante demande d’électricité à Conakry et favoriser l’industrialisation entamée dans la zone bauxitique de la Basse-Guinée.

Au-delà de la satisfaction des foyers et des industries, l’enjeu de Souapiti est aussi politique. À moins de deux ans de l’élection présidentielle, Souapiti, tout comme Kaléta, fait partie des acquis du pouvoir mis en avant par les promoteurs d’un troisième mandat pour Alpha Condé. Ses partisans soulignent que ce Président « a installé plus de puissance électrique que tous les autres ». Au-delà de la Guinée, Alpha Condé marquera aussi un grand coup avec la réalisation

de Souapiti, lui qui a été choisi en 2017 par ses pairs de l’Union africaine, comme le coordinateur des énergies renouvelables du continent. La Guinée est ainsi, en Afrique, au coeur de la révolution énergétique.

Laquelle vise à démocratiser l’accès de l’énergie aux populations africaines en mettant en route des projets concrets, sobres en carbone et à forte valeur environnementale, sociale et éthique.

La Guinée, qui dispose d’immenses ressources énergétiques, surtout des ressources hydrauliques, peut jouer un grand rôle dans cette révolution. L’Afrique de l’Ouest, qui abrite un quart des cours d’eau du continent, dispose d’un potentiel de 25 000 MW dont environ le quart se trouve en Guinée.

Une vocation continentale

Pourtant, le pays du coordinateur des énergies renouvelables du continent est, en 2019, l’un des moins électrifiés de la sous-région ouest-africaine ! Kaléta couplé aux réalisations prochaines de Souapiti et Amaria, et aussi de Koukoutamba (280 MW), est de nature à changer la donne.

Coordinateur des énergies renouvelables d’Afrique, Alpha Condé a pour mission de mettre sur pied une organisation d’ensemble des projets africains relatifs aux énergies, notamment aux énergies renouvelables.

Et Souapiti fait partie des barrages hydroélectriques à vocation continentale. « L’interconnexion électrique va nous permettre de couvrir tout le pays. Les autres nous donnent, et nous aussi nous donnons. Le courant que nous donnons aux pays voisins ne compromet donc nullement les efforts du gouvernement d’électrifier le pays », explique Amara Camara qui cite entre autres le projet « multinational d’interconnexion électrique en 225 kV Guinée-Mali », lancé en 2018.

En décembre 2018, le ministre guinéen en charge de l’Investissement et des partenariats public-privé, Gabriel Curtis, avait annoncé que la BEI (Banque européenne d’investissement) a offert 130 millions d’euros pour soutenir ce projet d’interconnexion entre la Guinée et le Mali.

Un appui financier qui permettra à 200 000 personnes en Guinée d’être raccordées à l’électricité pour la première fois et d’accroître l’utilisation des énergies propres en Guinée, au Mali, au Liberia et Côte d’Ivoire. Les quatre pays étant dans une coopération sous-régionale en matière d’énergie.

Une réponse à “Guinée : Souapiti, un barrage aux multiples enjeux”

  1. Author Thumbnail Mohammed Bobo Bah né le 3 / 5 / à Mamou Timbo Maçon Fils de Amadou Bah professeur et de Nimatoulaye Barry Ménagère dit :

    Si nôtres pays est très bien allumente du courant, vraiment ses satisfaisant s donc nous pouvons félicités les dirigeants d avoir réglé les courant dans ce cas les nouveaux dirigeants aussi peut être occupe les restes de routes merci

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