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In memoriam

Mory Kanté, le griot électrique, s’en est allé

Le chanteur et musicien guinéen Mory Kanté est mort, ce 22 mai 2020, dans un hôpital de Conakry. Musicien depuis son enfance, il avait rencontré le succès mondial en 1988, avec Yéké Yéké.

Par Laurent Soucaille

« Merci l’Artiste » a sobrement commenté le président guinéen Alpha Condé, à l’annonce de la disparition de Mory Kanté. Précisant sur son compte Twitter : « La culture africaine est en deuil. Mes condoléances les plus attristées… Un parcours exceptionnel. Exemplaire. Une fierté. »

Au cours de sa carrière, l’artiste a enregistré une douzaine d’albums en son nom, dont le dernier en date, La Guinéenne, date de 2013. Il y rend hommage aux femmes de son pays, opérant, sur le plan musical, un retour remarqué des cuivres.

« Je ressens un énorme vide aujourd’hui avec le départ de ce baobab de la culture africaine. Repose en paix », a réagi Youssou Ndour. Le chanteur et ancien ministre sénégalais signant son message : « Ton frère affligé. »

Son complice Salif Kaïta se déclare « sous le choc ». Le monde « a perdu une véritable icône de la culture mandingue et guinéenne ; c’est une perte énorme », poursuit le chanteur malien.

Mory Kanté est décédé des suites d’une longue maladie, à l’hôpital de l’Amitié sino-guinéenne de Conakry. La crise sanitaire actuelle l’ayant empêché, ces dernières semaines, de se soigner convenablement.
Surnommé « le griot électrique », l’artiste a entamé sa carrière dans les années 1970.

Il était né le 29 mars 1950 à Albadaria, en Guinée, en plein Empire mandingue, dans une famille de griots. Lui-même sera tour à tour chanteur, griot, guitariste, joueur de balafon et de kora, cet instrument malien qui fera, avec lui, le tour du monde. Son premier public sera sa famille et ses proches, auprès de qui il chante et joue du balafon lors de cérémonies ou de fêtes familiales.

C’est au Mali– qu’il rejoint à l’âge de sept ans pour retrouver sa tante, elle-même griotte –, qu’il s’intéresse aux musiques du monde et aux instruments électriques ou à la guitare.

Au cœur de la World Music

En 1971, il est recruté dans le Rail Band de Bamako, groupe du saxophoniste Tidiani Koné, aux côtés de Salif Keïta. Que Mory Kanté remplace au chant quelques années plus tard, lors de longues tournées en Afrique de l’Ouest. En 1976, il reçoit le Trophée de la « Voix d’or » au Nigeria.
À partir de 1978, installé à Abidjan, en Côte d’Ivoire, il s’intègre au groupe de son demi-frère maternel, Djeli Moussa Diawara, chanteur et compositeur.

Cette expérience renforcera son goût du métissage des musiques. Avant que l’usage n’en devienne habituel – grâce à des artistes comme Youssou Ndour –, Mory Kanté mêle les musiques traditionnelles et les sons plus modernes venus d’Occident. Le succès public arrive peu à peu pour l’un des porte-drapeaux de la « World Music » qui marquera les années 1980.

En 1981, Mory Kanté enregistre son premier album solo, Courougnègnè, au sein du label américain de musiques noires Ebony. Un succès sur le continent qui lui ouvre les portes de l’Europe, notamment de la France, qui se passionne alors pour les sons africains. Il y enregistre l’album Mory Kanté, puis Akwaba Beach qui signera sa renommée internationale.

Sur cet album sorti en 1987, figure Yéké Yéké, un titre devenu un an plus tard un immense tube qui a fait danser sur tous les continents toute l’année suivante, et qui deviendra l’un des étendards de la musique africaine. Son clip était diffusé sur toutes les chaînes. À 38 ans, Mory Kanté devient une star internationale. Au cours de sa carrière, l’artiste a enregistré une douzaine d’albums en son nom, dont le dernier en date La Guinéenne, date de 2013. Il y rend hommage aux femmes de son pays, opérant, sur le plan musical, un retour remarqué vers les cuivres.

Un homme de paix

Le 14 juillet 1990, il se produit au cœur de Central Park devant des dizaines de milliers de New-Yorkais. Lui, un temps « sans-papiers » représente la France, aux côtés de l’Algérien Khaled ! En 2017, il a reçu le prix Sacem des Musiques du monde.

Il avait réagi en donnant un prénom à ce prix : « la Paix » ; et un nom : « Travail, Justice, Solidarité », qui n’est autre que la devise de la Guinée.
Discret, peu habitué des coups d’éclat, Mory Kanté, était ambassadeur de bonne volonté de la FAO. Il a notamment chanté au profit de la lutte contre la fièvre Ebola qui toucha durement la Guinée, entre 2013 et 2016.

Au milieu des années 1980, déjà, il faisait partie des artistes africains œuvrant contre la famine en Éthiopie, à l’invitation de Manu Dibango, disparu fin mars. Avec ces départs, ainsi que celles de Tony Allen et Idir, l’Afrique de la musique vit un nouveau deuil en quelques semaines.

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