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Immigration

Maroc : Sous la pression migratoire

Le Maroc, candidat à l’adhésion à la Cedeao, dispose de onze conventions bilatérales avec les pays de l’Afrique de l’Ouest pour supprimer les visas. « Dans le cadre de la Cedeao, le pays devra se soumettra aux accords actuels de l’organisation régionale qui organise la liberté de circulation. Même si elle n’est pas parfaitement fonctionnelle au sein du groupement de l’Afrique de l’Ouest, notamment sur les routes, la libre circulation est une des avancées fondamentales, non négociables, de l’organisation à l’heure actuelle », rappelle un diplomate.

Afin de faire le point sur ce mouvement de déplacement massif des migrants, les ambassadeurs du continent africain ont été reçus par le ministère des Affaires étrangères et le Conseil national des droits de l’homme, qui ont présenté les événements depuis juin, non pas comme un revirement de la politique migratoire, mais comme des « actions ponctuelles visant à soulager la pression sur les frontières et éloigner les migrants de l’emprise des réseaux criminels d’activité mafieuse ». Le Maroc vient d’ailleurs d’adopter fin 2017 une loi répressive et souhaitée depuis longtemps par ses partenaires occidentaux sur « la traite des êtres humains ».

Cas de mauvais traitements

Pourtant les associations humanitaires, notamment le Gadem, association de défense des droits des migrants, pointent « le danger d’assimiler les questions migratoires uniquement à la question de la traite des êtres humains ». Dans son dernier rapport, Coups et blessures, l’ONG rappelle la différence fondamentale entre les déplacements actuels et la politique de retour volontaire, à laquelle avait souscrit le pays à travers sa stratégie de migration.

« Ces retours volontaires organisés le plus souvent à travers des organisations internationales comme l’OIM ont été présentés comme dans la stratégie nationale comme une substitution aux déplacements forcés dont nous constatons la montée en puissance. Ils ne sont pas la panacée et n’ont parfois de volontaire que le nom mais sont beaucoup moins problématiques que la situation actuelle pour le respect des droits. »

Quelle voie pour le Maroc ?

Le rapport pointe les effets néfastes que les évènements de l’été ont pu avoir sur les populations concernées, appréhendées tout autant dans des lieux de séjour temporaire que dans des appartements qu’ils louaient. « Parfois même, les déplacés étaient dotés d’une carte de séjour obtenue dans le cadre de la politique de régularisation et par conséquent, ils étaient parfaitement légaux sur le territoire », explique un responsable associatif du nord du pays.

Les déplacements forcés ont également provoqué leur lot de drame, trois morts au total de jeunes gens tentant de s’échapper des bus dans lesquels ils sont placés, menottés. « Par ailleurs, ces déplacements sont une violence non seulement contre ceux qui étaient sans-papiers et sont déplacés de la frontière mais aussi contre toutes les communautés récemment établies, installées, légales » rappelle le sociologue Mehdi Alioua, membre de l’association Gadem. « Il est difficile de mener une politique d’intégration en même temps que ce type de politique de déplacements massifs », explique-t-il.

Pris entre « le marteau sécuritaire et l’enclume des droits de l’homme », tel que le décrit un interlocuteur du ministère des Affaires étrangères, le Maroc subit une double injonction de la part des partenaires occidentaux.

D’une part, celle de maintenir un dispositif de dissuasion suffisamment efficace pour maintenir une surveillance de la frontière européenne, ce qui depuis le début des années 2000 a permis de considérablement réduire le nombre des tentatives de passage malgré le sursaut actuel.

De l’autre, le pays a été plusieurs fois pointé du doigt pour des pratiques de refoulement de migrants en milieu hostile tel des zones désertiques où leurs vies peuvent être menacées. Ces pratiques semblaient appartenir au passé mais l’été 2018 fait ressurgir le spectre des abus de l’administration sur des populations vulnérables.

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