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Immigration

Maroc : Sous la pression migratoire

La route migratoire du Maroc est redevenue le point de passage le plus fréquenté par les migrants. Le pays doit composer entre les ambitions de sa politique africaine et son partenariat avec l’Union européenne.

Rabat, Olivier Deau

Le 25 septembre 2018, la marine royale ouvrait le feu sur une embarcation rapide transportant des migrants au milieu du Détroit de Gibraltar, « par confusion avec une embarcation de narcotrafiquants », plaident des sources officieuses des forces armées pour désamorcer les critiques. Une jeune étudiante marocaine, Hayat, a été touchée mortellement par une des balles, suscitant émotion et commentaires à travers le pays, particulièrement dans sa ville d’origine, Tétouan. Au-delà de la tragédie, l’événement intervient à l’issue d’un été particulièrement chaud sur la question migratoire entre le Maroc et l’Espagne.

Sa situation géographique, l’expérience de la migration et sa sensibilité africaine, ont permis au Maroc de devenir, ces dernières années, un pays au coeur des questions migratoires, tête de file pour préparer les discussions entre l’Union africaine et l’Europe.

Par deux fois, le 26 juillet et le 22 août, les bar- rières des enclaves espagnoles en territoires marocains ont été prises d’assaut par des groupes de migrants qui se sont introduits sur ces territoires. « Le Maroc envoie un message à l’Es-pagne », interprète la presse espagnole, « il se pose comme un partenaire indispensable sur la migration ». Selon un correspondant, « le Maroc teste également le nouveau gouvernement de Pedro Sanchez ». Irritées, les autorités espagnoles ont critiqué « le relâchement » marocain.

Le gouvernement de Pedro Sanchez et notamment, sa secrétaire d’État aux migrations espagnole, Consuelo Rumi, sont pourtant aux avant-postes pour demander une aide européenne. Côté marocain, les sources officielles nient une instrumentalisation de la question migratoire. D’ordinaire peu disert face aux médias, le patron de la direction des migrations et de la surveillance des frontières du ministère de l’Intérieur, le wali Khalid Zerouali, s’est exprimé dans les agences de presse internationales : « Le Maroc supporte unilatéralement le coût de la surveillance de l’Union européenne à travers un dispositif de 200 millions d’euros par an », explique-t-il. « Actuellement soumis à une pression accrue, ce dispositif doit être renforcé et fi nancé par les partenaires européens. »

Pour un financement européen

Sous la pression des partenaires espagnols ou encore allemands, qui ont trouvé un accord pour déplacer les migrants vers l’Espagne, Rabat a entamé une vaste opération de déplacement des migrants campant aux alentours des frontières espagnoles. Depuis juin, des dizaines d’autobus reconduisent les candidats à la migration vers le sud du pays, la ville d’Agadir ou de Tiznit. En tout, plus de 6 500 personnes ont été déplacées entre juillet et septembre. Officiellement ces opérations ont pour but de dissuader les migrants et de déstructurer les réseaux de passeurs dont les modes opératoires changent, selon les forces de l’ordre marocaines. « Le fait que les bateaux ultrarapides de narcotrafiquants soient utilisés pour passer des migrants démontre aussi de nouvelles connexions entre les réseaux de passeurs », explique une source sécuritaire. De son côté, le wali Zerouali précise que « les seules personnes appréhendées et incarcérées parmi ces vagues de déplacés sont membres des réseaux de passeurs ou se sont rendues coupables de violence ».

La politique africaine en question ?

Ces développements récents, ont suscité l’interrogation des représentations diplomatiques africaines au Maroc. Le Royaume avait assoupli sa politique migratoire vers une politique plus « humaniste », fruit d’« une approche globale » depuis 2013. Les décisions royales successives de régularisation de plus de 40 000 migrants illégaux sur le territoire – une première vague en 2013 puis en 2017 – et l’adoption de la Stratégie nationale d’intégration et d’asile, laissaient effectivement entrevoir une politique orientée vers l’intégration sociale des migrants mais aussi une pratique plus tolérante des autorités vis-à-vis du délit de séjour illégal. « Beaucoup de ces migrants africains entrent sur le territoire parfaitement légalement car leur pays a des accords de suppression de visas avec de très nombreux pays africains » explique un associatif de Casablanca. « Ils deviennent illégaux car ils restent au-delà de la période d’admission, bien souvent pour tenter de passer la frontière européenne » complète-t-il.

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