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Immigration

Luna Reve menacée pour avoir réconforté un Sénégalais  

Le jeune sénégalais « pleurait. J’ai tendu la main et il m’a serré dans ses bras. Il s’est accroché à moi. Cette étreinte a été sa bouée de sauvetage », explique Luna Reve, une bénévole de la Croix-Rouge. Son acte lui vaut (aujourd’hui) injures et menaces.

Par Marie-Anne Lubin

Luna Reyes a 20 ans. Elle est secouriste pour la Croix-Rouge espagnole. Depuis peu de temps, le 20 mai précisément, cette jeune fille espagnole est violemment harcelée, injuriée et menacée sur Internet par des personnes notamment les partisans du parti d’extrême droite Vox. Son crime de lèse-majesté ? Elle a consolé un migrant sénégalais qui a débarqué à Ceuta en provenance des larges du Maroc.

Rita Maestre (Podemos) dit : « Nous ne laisserons pas la haine l’emporter. Ceux et celles d’entre nous qui considèrent cette étreinte comme un symbole du meilleur de notre pays sont plus nombreux que les autres ».

De fait, la bénévole de la Croix-Rouge a été photographiée et filmée en train de réconforter ce rescapé sénégalais, arrivé excessivement épuisé dans l’enclave espagnole de Ceuta. Le cliché comme c’est le cas dans ce genre de drame est devenu rapidement viral sur les réseaux sociaux. 

Mais aussi paradoxalement que cela puisse paraître, l’attitude bienveillante et chargée de compassion de Luna Reve a été accueillie par d’innombrables injures et menaces, proférées en majorité par des sympathisants du parti espagnol d’extrême droite Vox. Et par d’autres partisans favorables aux thèses de « l’Europe aux Européens » et adeptes de la théorie controversée de « grand remplacement ».

C’est dire qu’aujourd’hui faire preuve d’humanisme à l’endroit de ces immigrés qui, au péril de leur vie, tentent l’aventure est un sacrilège ! Etonnée par un tel lynchage Luna Reve a aussitôt basculé ses comptes et autres pages sur les réseaux sociaux en mode privé et n’a pas manqué de souligner devant la presse le déroulé de son action : « Il pleurait. J’ai tendu la main et il m’a serré dans ses bras.

Il s’est accroché à moi. Cette étreinte a été sa bouée de sauvetage (…) Il m’a parlé en français et numéroté avec les doigts de sa main. Je n’ai rien compris, mais je suis convaincue qu’il  faisait la liste des amis qu’il a perdu en cours de route ».

Révoltée tout autant qu’interloquée, la jeune secouriste a tenté de comprendre ce qui lui arrivait. Elle a son explication : « Ils ont vu que mon petit ami était Noir, ils n’arrêtaient pas de m’insulter et de me dire des choses horribles et racistes », avant d’affirmer sans fausse modestie : « La chose la plus normale que l’on puisse faire », c’est de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin.

Elle n’est pas seule à le penser, car son action est saluée et des soutiens fleurissent un peu partout sur Internet, un hashtag #GraciasLuna (merci Luna), a même été lancé sur les réseaux sociaux pour la soutenir.

La jeune bénévole a eu aussi le soutien de la ministre espagnole de l’Economie, Nadia Calviño, de la Croix-Rouge, et de la conseillère municipale de Madrid, membre du conseil citoyen du parti de gauche Podemos, Rita Maestre qui a dit : « Nous ne laisserons pas la haine l’emporter. Ceux et celles d’entre nous qui considèrent cette étreinte comme un symbole du meilleur de notre pays sont plus nombreux que les autres ».

Quant à Vivi Colibri, elle n’y va pas par le dos de la cuillère sur la page Facebook des « Répliques » : « En fait, ça voudrait le coup qu’on crève tous d’une chute de météorite, parce que l’humanité (si on peut encore l’appeler ainsi) a beugué depuis longtemps ». De son côté, Mélanie Benedetti « trouve cette image magnifique. Ça fait du bien de voir des gens encore faire preuve d’humanité »…

Le cas « Luna Reve », est certes choquant, mais il n’est pas isolé. Il rappelle un autre.

De fait, six ans plutôt, les images d’un enfant syrien de trois ans, Aylan, retrouvé mort, noyé, sur une plage européenne, avaient choqué le monde. Six ans plus tard, (cette fois-ci le migrant n’est pas mort), la scène reste tout de même la même : dure, atroce, nauséabonde et exprime l’inhumanité ambiante. Une inhumanité qui fait dire à Pierre Gaillard (Les Répliques) : « Quand je vois ce genre d’info, je me dis que l’humanité ne mérite, peut-être, pas d’être sauvée, finalement… ».

MALU

 

 

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