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Hôtellerie

Philippe Colleu : Fondateur de Kama Hotels Africa

Le modèle économique de l’aérien

L’innovation passe d’abord par le choix des territoires à conquérir. Le nouveau groupe Kama vise en effet un marché vierge, celui des grandes villes régionales africaines qui ne disposent pas aujourd’hui d’infrastructures hôtelières analogues à celles des capitales.

Or, ces villes «secondaires» – Yamoussoukro, Touba, Bouaké, San Pedro, etc. – sont de plus en plus desservies par l’aérien qui draine ainsi une clientèle constituée d’hommes d’affaires dont la demande en hébergement est aujourd’hui peu ou mal satisfaite. À cette innovation territoriale s’ajoute une innova­tion conceptuelle.

Les hôtels Kama, sur le modèle de l’avion, seront divisés en diffé­rentes classes : une trentaine de chambres business (pour les dirigeants et cadres de haut niveau), une cinquantaine de chambres classe éco, pour les cadres de rang moins élevé, les fonctionnaires, les commerçants, les entre­preneurs, les représentants d’ONG… Une subdivision destinée aussi bien à réduire les coûts – un seul hôtel à construire et à entre­tenir au lieu de deux, un seul directeur, un seul back-office –, qu’à assurer un taux de remplissage optimal.

Troisième innovation, enfin, qui s’ins­crit dans la filiation d’Onomo : un mode constructif et des cahiers des charges résolu­ment tournés vers le développement durable. Le cabinet Architecture Studio en charge de la construction des premiers établissements a été choisi, entre autres, pour avoir été primé par la COP22 pour son souci et son respect des normes en la matière.

La première séquence portera sur le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Deux hôtels commenceront à émerger de terre dès le premier semestre 2018, à Yamoussoukro et à Mbacké, située à la périphérie de Touba. D’autres projets devraient suivre, toujours sur l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

Philippe Colleu ambitionne de voir le groupe Kama présent dans quelques années dans cinq villes ivoiriennes, cinq villes sénéga­laises, quatre ou cinq villes camerounaises… À plus longue échéance, le Maghreb et notam­ment l’Algérie constituent une cible potentielle.

Pallier le manque d’encadrement

Un projet global indissociable de l’évolu­tion du continent lui-même. D’abord parce qu’il va falloir former du personnel qualifié. À tous les échelons. Aujourd’hui le secteur de l’hôtellerie en Afrique manque de cadres de direction. Philippe Colleu réfléchit à la création d’une école de management, qui pourrait être basée au Sénégal.

Mais surtout, différence essentielle par rapport à la stratégie adoptée auparavant par Onomo, le finance­ment du développement de Kama a vocation à être principalement assuré par des capitaux africains. La taille humaine de chaque projet ne nécessite pas d’investissements pharao­niques. Un hôtel de 80 chambres peut coûter jusqu’à 6,5 à 7 millions d’euros.

Une mise de fonds qui peut être assurée, à hauteur de 30 % à 40 %, par un ou plusieurs investisseurs privés, le reste étant emprunté à une banque. Des investisseurs qui sont parfois de simples particuliers – entrepreneurs, commerçants retraités – désireux de faire quelque chose pour leur continent et que les risques spécifiques liés à une certaine instabi­lité n’effraient pas au regard des retours sur investissement plus intéressants que ceux qu’ils pourraient recevoir en Europe.

Un business plan précis

« C’est un partenariat avec l’Afrique, explique Philippe Colleu, l’investisseur ne s’occupe pas de la gestion de l’hôtel. Kama se rémunère sur cette gestion bien sûr, mais une greande partie des résultats vont à l’investis­seur », selon une clef de répartition négociée.

Un cercle vertueux, où l’activité locale favo­rise le développement des infrastructures hôtelières qui, à son tour, dynamise le busi­ness local, et qui devrait permettre au groupe Kama de réaliser ses objectifs de croissance selon un business plan précis : « La première année, nous afficherons un taux d’occupation de 50 %, la deuxième année, 60 %, la troisième 70 %, etc. Si l’activité est au rendez-vous, Kama sera entre 70 % et 75 % et présentera un retour sur investissement en moins de sept ans. C’est ce qu’on peut espérer. C’est en général comme ça que j’établis mes prévisions. C’est ce que j’ai fait pour Onomo, c’était un pari, et finalement, le retour sur investissement a été bien meilleur que prévu».

Philippe Colleu ne craint pas la concurrence de groupes tels qu’Accor, qui ne sont pas spécifiquement intéressés par des hôtels de taille moyenne. « Nous sommes complémentaires », explique-t-il. Si le pari réussit, nul doute que d’autres concurrents apparaîtront dans le sillage de Kama. Comme un hommage aux pionniers et à leur sens de l’innovation.

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