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African Business

Henok Teferra directeur général de Asky

Aux commandes de la compagnie aérienne panafricaine Asky, l’éthiopien Henok Teferra insiste sur le rôle capital du secteur aérien. Une vision originale et engagée pour le développement de l’Afrique. Pour lui : « Il faut une intégration régionale dans l’aérien ».

Par Djamila Colleu

Quadragénaire à la tête d’une entre­prise panafricaine prometteuse, Henok Teferra est de la génération montante des jeunes capitaines d’industrie porteurs d’un message optimiste et concret pour l’essor de l’Afrique. C’est sa parfaite maîtrise de la langue française qui l’a poussé à sauter le pas de la diplomatie à l’aérien. « Cela s’est passé par hasard, comme souvent, par une rencontre fortuite. En fonc­tion au ministère des Affaires étrangères, j’ai été appelé, car les négociations en cours sur un accord de service aérien entre l’Éthiopie et la RD Congo imposaient de disposer d’une personne francophone. C’est à cette occasion que le directeur général d’Ethiopian Airlines, Girma Wake, me propose de rejoindre sa compagnie».

Un passage de la diplomatie à l’aérien pour celui dont les souvenirs de sa carrière au ministère des Affaires étrangères en Éthiopie sont marqués par les sommets de l’Union africaine (UA) auxquels il a participé de 2003 à 2010; une époque où « les défis sont nombreux, de l’approbation de l’acte constitutif de l’UA, à la nouvelle organisation ou au choix du siège que l’on voulait ravir à l’Éthiopie ». Passionné par cette période, il relate avec ferveur son attachement à ces organisations. « Je ne suis pas de ceux qui disent que l’UA ou que l’Organisation de l’unité africaine (OUA) est un échec. Avec un seul objectif, la fin du colonialisme sur le continent, l’OUA a formidablement rempli sa mission, notam­ment à travers la solidarité du comité de coordination pour la libération de l’Afrique installé à Dar es Salaam en Tanzanie, le principal relais par lequel est passé l’aide aux mouvements anticoloniaux, ou la coopération exemplaire pour la fin de l’apartheid. Les autres ambitions, comme oeuvrer pour l’intégration du continent, ont pâti d’approches divergentes. Pourtant, l’approche au niveau sous-régional porte progressivement ses fruits».

Henok Teferra milite pour l’accéléra­tion de l’intégration régionale cristallisée dans des projets concrets, notamment dans le domaine des infrastructures qui relient les pays. Il cite en exemple l’Éthiopie dont l’approche se décline dans l’interconnexion électrique avec ses voisins : Soudan, Kenya, Djibouti. Ou la nouvelle ligne de chemin de fer récemment inaugurée avec Djibouti. « C’est plus par une approche pragmatique, insiste-t-il, que l’on y arrivera que par les discours. Encore faut-il avoir une vision».

Un partenariat prometteur

Intarissable sur ces questions, Henok Teferra incarne une nouvelle génération de patrons africains, empreints d’une vision politique de l’avenir du continent. Du jardin d’enfants au lycée, puis à l’univer­sité, son parcours se déroule dans les écoles françaises, au gré des affectations de son père diplomate : Addis-Abeba, puis Berlin, Bonn, Prague. Avant de se lancer de 1993 à 1997 dans des études de Droit internatio­nal public et privé, d’abord à Nice de 1993 à 1997, puis à la Sorbonne en Droit interna­tional économique en 1998 et, en clin d’oeil à l’évènement planétaire de cette année-là, il rappelle : « L’année de la Coupe du monde, une excellente année, Black Blanc Beur».

Après sept années au ministère des Affaires étrangères en Éthiopie, c’est en mai 2015 qu’il rejoint l’aventure Asky. Un nouveau challenge dans le secteur privé. Opérationnelle depuis 2010, fruit d’un partenariat stratégique avec Ethiopian Airlines, qui en est actionnaire à 26 %, la jeune compagnie aérienne a fait de son siège de Lomé le point de départ de ses vols. Un hub non seulement pour la sous-région, mais également pour les longs courriers avec le début des vols en partenariat avec Ethiopian Airlines. Depuis mai 2016, une nouvelle destination a été ouverte, Sao Paulo au Brésil, desservie trois fois par semaine. Et depuis juillet 2016, New York est reliée à Lomé à une fréquence de quatre vols par semaine ; la fréquence deviendra quotidienne à l’été 2017.

Une performance «remarquable»

Au total, en 2015, plus de 515 000 passa­gers ont été transportés. Le réseau régional, dense et bien maillé, couvre 23 destinations. Depuis septembre 2016, la compagnie, qui dispose de huit appareils, a acquis un avion supplémentaire, un Boeing 737 de 150 places dont la capacité permet de démarrer des vols au-delà de la sous-région. Un avion supplémentaire devrait rejoindre la flotte au printemps 2017. « Maintenant, il est temps de sortir de la sous-région. Le calendrier est en cours et nous devrons choisir Paris, Londres, Johannesburg ou Beyrouth, un marché en progression. » Cette ascension est corroborée par les bons résultats du transporteur, dont les bénéfices s’élèvent à plus de 2,2 milliards de F.CFA (3,35 millions d’euros) en 2015. Fier de ces résultats, Henok Teferra en souligne le « caractère remarquable ». En effet, ils constituent « une première pour la sous-région. Voilà très longtemps qu’une compagnie panafricaine n’a pas connu de tels résultats. Ils signifient que le partena­riat était juste, le modèle financier adéquat».

Créer des synergies en Afrique

En dépit de ces succès, Henok Teferra, dresse un constat lucide de la situation du transport aérien en Afrique : « La concur­rence ne se situe pas entre les compagnies aériennes africaines. Aujourd’hui 80 % du trafic entre l’Afrique et le reste du monde est réalisé par des compagnies non afri­caines qui transitent parfois par deux capi­tales africaines avant de rejoindre d’autres villes au Moyen-Orient ou ailleurs ; lorsque nous, Africains, nous n’avons que 20 % du gâteau… Il reste de la marge. Notre enjeu est d’être à parité dans un monde équilibré».

Les facteurs qui expliquent cette faiblesse résident selon lui dans l’incapa­cité des compagnies africaines à collaborer entre elles, à créer des synergies. « Chacun est dans son coin. » Ce qu’il qualifie de « tragique » dans l’histoire de l’Afrique. Car le potentiel en matière de formation, de maintenance et de logistique permet­trait de maximiser les chances et d’engager de nouvelles dynamiques dans un secteur comme l’aérien où le volume de la compa­gnie compte. Or, la création d’Asky repose à l’inverse sur l’objectif d’être une compagnie communautaire sous régionale.

Autre écueil, Henok Teferra regrette qu’en matière de droit de trafic, les compa­gnies non africaines soient souvent privi­légiées. « L’environnement dans lequel on opère demeure très prohibitif, avec des coûts très élevés que ce soit en matière de fuel [premier facteur de dépenses] ou de charges de navigation, de taxes. Je crois qu’il y a toujours cette perception que l’aérien est un produit de luxe qu’il faut surtaxer. Or, la taille du continent est immense et l’aérien est incontournable. Seul le transport aérien permet de relier efficacement les villes du continent, mais malheureusement le soutien n’y est pas. Mon ambition pour le continent c’est l’intégration et la fin des barrières doua­nières. L’Afrique ne peut s’en sortir que par l’intégration régionale». 

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Written by Djamila Colleu

Djamila Colleu est correspondante des magazines African Business, Le Magazine de l’Afrique et African Banker au Sénégal. Diplômée en Sciences-Economiques et en Sciences-Politiques, elle a une expertise d’une vingtaine d’années dans le domaine des politiques publiques, notamment en matière d’aménagement du territoire et de politiques urbaines, qu’elle a exercé auprès de l’Etat français, de l’Union européenne et d’organisations internationales. Du Sénégal où elle est installée depuis quelques années, elle s’est particulièrement intéressée à l’ensemble de l’Afrique de l’ouest et aux problématiques de développement.

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