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Analyse et Opinion

Habib Bourguiba est la Tunisie incarnée

Bourguiba a fait le choix de réprimer les forces islamistes, convaincu que leur message et programme politique menaceraient les réformes qu’il avait si audacieusement mises en oeuvre après l’indépendance – des réformes visant à moderniser le plus petit pays d’Afrique du Nord en matière d’éducation, de santé et des droits des femmes, et à restreindre le rôle de la religion dans la société.

Habib Bourguiba faisait partie de cette espèce rare, celle des hommes d’État arabes ayant une véritable stature internationale. Considéré comme le père de la Tunisie moderne, il était très aimé de son peuple. Mais il avait ses défauts. Il était victime de cette illusion fréquente chez les hommes d’État arabes qui se croient le cadeau d’Allah à leur peuple.

Cela l’a conduit à éloigner du gouvernement des compagnons politiques de longue date dont les compétences exceptionnelles lui semblaient constituer une menace pour son pouvoir. Tant qu’il était en bonne santé, cela lui a valu peu de critiques, car il était considéré comme un dirigeant au leadership fort et progressiste.

Un pays modernisé

Pendant la plus grande partie de sa vie, Bourguiba a toujours veillé à tenir l’armée loin du pouvoir. Mais ses problèmes de santé dans les années 1980 et le cynisme de son entourage ont provoqué précisément ce qu’il voulait éviter – même si c’est la police plutôt que l’armée qui est devenue omniprésente. À la fin, il est forcé de céder le pouvoir à un homme qui avait fait carrière dans la sécurité intérieure.

Habib Bourguiba est devenu chef d’État le 25 juillet 1957, un an après avoir obtenu l’indépendance et écarté du pouvoir Lamine Bey, dernier héritier de la dynastie husseinite qui dirigeait le pays depuis 1705. Bourguiba admirait beaucoup la France, mais trouvait également une source d’inspiration en la personne de Kemal Atatürk, fondateur et président de la nouvelle République de Turquie.

Il a étudié à la Sorbonne où il a obtenu une licence de droit ; sa première femme, Mathilde, dont il a divorcé en 1961, s’était convertie à l’islam et avait adopté le prénom de Moufida. Elle était très appréciée de son peuple. À sa mort en 1976, les drapeaux furent mis en berne et les Tunisiens pleurèrent dans les rues de la capitale. La deuxième épouse du Président, Wassila Ben Ammar, d’une famille bourgeoise, était destinée à jouer un rôle politique important.

Bourguiba a été l’instigateur de la modernisation d’un pays possédant peu de ressources naturelles hormis une faible quantité de pétrole et de phosphates, peu de terres fertiles et de maigres ressources d’eau. Bien qu’il ait été tenté par une politique économique socialiste radicale dans les années 1960, un rapport très critique, inspiré par les États-Unis et publié par la Banque mondiale, l’a contraint à adopter une politique plus pragmatique, évitant à son peuple les conséquences d’une économie trop dirigiste.

Il a voulu moderniser le message de l’islam et y est parvenu dans une certaine mesure en accordant aux femmes davantage de droits que dans tout autre pays musulman. Le Code du statut personnel est promulgué en 1956, suivi quelques années plus tard d’un vaste programme de planning familial qui octroie aux Tunisiennes des droits que ne possédaient ni les Italiennes ni les Espagnoles à l’époque.

Les Tunisiennes ont eu accès à la contraception avant que celle-ci ne soit légalisée en France. Dans le domaine des affaires étrangères, Bourguiba ne partageait pas le nationalisme arabe prosélyte de Gamal Abdel Nasser en Égypte et s’est attiré de nombreux ennemis arabes quand, lors d’un célèbre discours prononcé à Jéricho en 1965, il a exhorté les Palestiniens et les Israéliens à trouver un compromis. Il a dénoncé la politique du « tout ou rien » qui a conduit à la défaite des Arabes en Palestine : l’Histoire lui a donné raison.

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