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Grand reportage

Covid-19 : La diaspora entre peur, résilience et recueillement

La pandémie du Covid-19 a changé les habitudes au quotidien. Entre peur et résilience, entre remise en cause et espérance, des membres de la diaspora afro-caribéenne témoignent. Comment vivent-ils en cette période faite de confinement et de gestes barrières ?

Reportage de Laurent Soucaille et de Serges David

Au détour d’une voie nationale, pas loin de Paris la ville de Colombes. C’est là, dans cet endroit chic de la banlieue parisienne que vit l’écrivaine Aïssatou Diamanka Besland.

 

Ses premiers mots sont sans équivoque : « On vit cette pandémie avec une forte dose d’angoisse. Évidemment nos pensées vont vers nos familles respectives. Mais pourquoi cette angoisse ? »

Elle tient sa réponse : « Tout simplement, parce que quand le président de la République, Emmanuel Macron, a parlé de guerre sanitaire, nous avons entendu « guerre » tout court. Du coup, on s’interroge, sortirons-nous vivants de cette guerre ou pas ? »

Cette angoisse, cette peur du lendemain, poussent Aïssatou Diamanka Besland à se poser bien des questions, sans réponses pour l’instant. « Et puis, pour être profonde, on s’interroge aussi sur ce qui se passe. Je suis dans un pays où la liberté d’aller et venir est fondamentale. Il se trouve qu’aujourd’hui, elle rétrécit à cause d’une bête certes invisible, si petite, mais ô combien puissante. »

« Cette pandémie finalement, nous pousse à plus de modestie. Il n’y a pas de sous-continent ou de sous-hommes. Nous sommes toutes et tous des humains. Et c’est ensemble que nous devons faire front pour survivre. », dixit Aïssatou Diamanka-Besland

Entre deux soupirs, elle assure : « Cette pandémie finalement, nous pousse à plus de modestie, on se remet en question, et on réalise que l’humanité est une et indivisible. Il n’y a pas de sous-continent, de « sous-race » ou de sous-hommes. Nous sommes toutes et tous des humains. Et c’est ensemble que nous devons faire front pour survivre. »

En attendant, Aïssatou Diamanka Besland sait que plus que jamais qu’« aujourd’hui, le télétravail s’impose. Il nous permet de tenir et de résister. Notre organisation au quotidien a changé. Nos rapports aux enfants ont changé, et aussi on devient profondément spirituels avec notamment beaucoup de recueillements, mais la lancinante question est toujours là : Qu’allons-nous devenir ? »

À plusieurs kilomètres de là, à Goussainville (banlieue parisienne) se trouve Sandrine Charabie, référente technique à la CAF (Caisse d’allocations familiales). « J’ai appris la dangerosité de ce virus par le biais de mon travail. Nous étions, très vite, préparés à cette situation. Pourtant, nous étions loin d’imaginer qu’elle prendrait cette ampleur, cela nous fait peur.

Depuis le 16 mars, je suis confinée en télétravail. Les conditions n’étant pas les mêmes, j’ai été réquisitionnée pour aider notre pôle production (la cellule qui traite les dossiers des gens pour ne pas qu’ils soient en rupture de droits), il y a notamment ceux qui demandent les titres de séjours, les handicapés, etc. » Elle tranche : « le Covid-19 a profondément bouleversé nos sociétés. »

Il y « aura un après-Covid-19 en coût financier. La mentalité évoluera, à coup sûr, qu’on soit Blanc, Arabe, Noir, Chrétien, Hindou… seule doit guider nos actes l’humanité au lieu de passer le temps à nous battre éternellement », estime Sandrine Charabie.

Sandrine Charabie ne se contente pas de susurrer du bout des lèvres, elle argumente : « J’ai la chance de ne pas tomber malade. Mais je dois avouer que psychologiquement c’est très dur. Surtout pour moi qui suis dans le social et proche des gens avec notamment des cours de danse que je donne tous les soirs.

J’ai frôlé la crise d’angoisse ; ma sœur infirmière m’a délocalisé chez elle pour un week-end. Depuis, on va dire que ça va… lorsque je pars chez ma sœur, je profite pour faire mes courses une fois dans la semaine pour ma mère, pour moi ou je commande au Drive. »

Comme nombre d’analystes, Sandrine sans être fataliste, encore moins défaitiste, déroule : « Ceci dit, il y aura, à vrai dire, un avant et un après Coronavirus. Moi qui suis dans le monde des Bisounours et qui pense que de base on est tous solidaires, je crois qu’avec ce qu’on a vécu, avec l’après-pandémie, les choses vont changer dans le positif !

Nous aurons un monde de partage, de solidarité et de bon voisinage ». Puis de prévoir qu’il « aura un après-Covid-19 en coût financier. La mentalité évoluera, à coup sûr, qu’on soit Blanc, Arabe, Noir, Chrétien, Hindou… seule doit guider nos actes l’humanité au lieu de passer le temps à nous battre éternellement ».

A Paris, la conseillère en finances, Kani Diarra, fait part de son changement d’attitude quand le Covid-19 était extra-muros, puis devenu intra-muros à Paris. « J’ai appris la menace de cette maladie aux informations comme tout le monde ! Au début, puisque c’était en Chine, on pensait à tort que ça ne nous atteindrait pas. Puis, cette maladie s’est installée chez nous. Des morts de jour en jour. Là on a réalisé la dangerosité de ce Covid-19 ».

Les décisions du gouvernement qui en ont suivies ont amplifié la psychose de Diarra : « La peur a atteint son paroxysme avec la décision des autorités de fermer les restaurants et autres espaces publics ».

Kani Diarra dénonce l’égocentrisme, le narcissisme, les attitudes amorales des humaines : « Ça nous amène à être moins dans l’individualisme et nous devons mettre l’accent sur plus de solidarité entre nous humains. C’est ensemble que nous serons forts contre le Covid-19 ».

Puis, philosophe Kani Diarra analyse : « Là avec cette pandémie, on se rend compte que la vie n’est strictement rien. Il nous faut un peu de modestie et d’humilité. Qu’on soit riche ou pauvre, malade ou bien portant, cette maladie ne trie pas. Elle touche tout le monde ».

Tour à tour, elle cloue au pilori l’égocentrisme, le narcissisme, les attitudes amorales des humains qui les ont éloigné de l’essentiel de la vie en société en tête de gondole, elle dénonce l’isolationnisme : « Ça nous amène à être moins dans l’individualisme et nous devons mettre l’accent sur plus de solidarité entre nous humains. C’est ensemble que nous serons forts contre le Covid-19 ».

En quoi faisant ? Kani assure « commençons déjà à respecter les gestes barrières, quand, par exemple, je sors tous les deux, trois jours, je fais plus attention surtout à l’hygiène ».

Autre pays, autre attitude ? Non visiblement. Le Covid-19 secoue tous les pays et les comportements à quelques nuances près, sont identiques.

Genève. Suisse. Coralie Omgba, entrepreneure et consultante ne s’alarme pas, mais reste sur ses gardes : « Au vu de ce qui se passe dans le monde, je pourrai modestement indiquer que dans mon cas, la situation se passe relativement bien. Je reste en permanence au contact de l’information, je demeure vigilante et je tente de ne surtout pas entrer dans la psychose. Je respecte fermement les instructions et je pratique le confinement. »

Cette maîtrise de son environnement ne l’empêche pas pour autant d’observer qu’« au début, c’était une onde de choc ! Tout s’est arrêté ! Évidemment, mon regard sur le monde a changé.

Avant chacun était dans sa bulle, dans ses occupations professionnelles, etc., et le fait que tout soit en stand-by aujourd’hui permet de voir davantage les choses différemment ». Que va-t-il donc se passer ? « Je pense fortement que les relations humaines vont devenir plus humaines, les gens seront bienveillants, car avec cette pandémie, on a vu les limites de notre inhumanité. »

Avant que sa projection dans le futur ne se transforme en acte, Coralie Omgba note que « dans l’immédiat, pour faire face à la nouvelle situation, je continue à travailler en ligne, situation d’ailleurs normale pour moi. Je développe mes compétences personnelles, je fais de la lecture. En gros, ce que je n’avais pas le temps de faire, je le fais maintenant ». Même si « le fait de ne pas pouvoir voyager me pose de sérieuses contraintes dans mes activités professionnelles. »

Pour Coralie Omgba : « Je pense fortement que les relations humaines vont devenir plus humaines, les gens seront bienveillants, car avec cette pandémie, on a vu les limites de notre inhumanité. »

Comme de nombreuses personnes à travers le monde, Coralie a modifié son organisation au quotidien, par exemple pour se nourrir, une fois par semaine elle va « faire les courses au supermarché, je tente surtout de faire vivre au maximum les petits commerçants comme ceux des fruits et légumes qui font la livraison à domicile ».

Et comme Aïssatou, Sandrine, Kani, Coralie également a acquis la certitude qu’« il y aura un avant et après-Covid-19. La dimension éthique et humaine de l’homme va revenir au centre de nos priorités. D’autre part, la digitalisation pour nos stratégies professionnelles sera accentuée ».

« Quand je vois le cas de la Grande-Bretagne, où il a fallu attendre de nombreux décès avant de réagir, j’en viens à la conclusion que la vie des gens ne pèse pas dans les choix politiques de nos gouvernants. De plus, lorsque je constate l’attitude de ceux qui ne respectent pas le confinement, ma déception est alors sans limite, se désole Chaoki Traoré, mécanicien à Montreuil (banlieue parisienne) qui assure d’emblée : Ces faits ont changé ma vision de l’humain. »

En dépit de sa déception, il tente d’« avoir une vie normale ». Car « cette pandémie a créé la nécessité de resserrer les liens familiaux. La maladie cause tellement de dégâts humains que notre idéal, aujourd’hui, est de revenir à des bases essentielles notamment le respect scrupuleux du confinement », plaide Chaoki.

La pandémie a poussé à des introspections en fonction des expériences personnelles, pour Chaoki « l’approche pour faire face à la pandémie, est certes médicale, mais aussi et surtout religieuse. On a délaissé les bases spirituelles de l’être humain. Il faut se remettre en question. Regardez à Paris, les animaux ont repris goût à la vie, ils viennent en centre-ville, car avant le Covid-19, l’homme n’a pas donné sa place à la nature ».

Outre cet aspect, la dimension économique compte pour Traoré qui est installé professionnellement à son propre compte, sans épargne, il n’aurait pas pu supporter la crise actuelle : « Aujourd’hui, ce n’est pas évident de supporter financièrement la situation dans laquelle nous sommes. Heureusement que j’ai quelques économies, je suis obligé d’y puiser. Et j’ai arrêté toutes les activités financières non essentielles. Je vis avec le strict minimum avec ma famille ».

La pandémie a poussé à des introspections en fonction des expériences personnelles, pour Chaoki « l’approche pour faire face à la pandémie est surtout religieuse. Les gens ne feront plus confiance aveuglément aux politiques. Tout comme on ne verra plus les médecins sous le même regard ».

Quid de ses parents restés dans son pays d’origine ? « Je ne peux leur venir en aide. De toute façon tout est fermé là-bas, on ne peut pas faire d’envoi d’argent. Je me concentre sur ma famille ici, mon frère et ma sœur…C’est ici que je vis, c’est ici que je dois trouver des moyens de résistance. »

De manière moins prosaïque, Chaoki Traoré estime qu’« il faudra tirer les leçons. La certitude que j’aie actuellement c’est que l’après-Covid-19 ne sera pas simple. Surtout en politique. Les gens ne feront plus confiance aveuglément aux politiques. Tout comme on ne verra plus les médecins sous le même regard ».

De son côté Virginie Ano reconnaît « vivre dans la peur », depuis le début de l’épidémie. Cela se comprend d’autant plus qu’elle habite à Saint-Ouen l’Aumône, dans le Val d’Oise, le département où tout a commencé, en région parisienne !

Elle vit avec ses deux enfants (14 et 3 ans) et sa petite sœur. Prévoyante, la famille avait fait d’importantes courses, avant le confinement (20 packs de lait, d’eau, deux congélateurs remplis…). « Depuis, nous avons très peur de sortir ! », reconnaît-elle.

Virginie était en formation de médiatrice sociale ; tout s’est arrêté, mais les enseignants envoient des cours, des devoirs à remplir que les élèves leur renvoient comme ils peuvent. Elle suit les cours en ligne du GRETA.

« Mais la peur domine », poursuit Virginie qui songe à ses parents et ses sœurs en Côte d’Ivoire. « Eux aussi, vivent dans la terreur pour nous, d’autant qu’ils n’ont pas encore pris l’ampleur du problème. Pour eux, nous sommes au cœur de la pandémie. » Elle a des contacts très réguliers, pour communiquer, aucun problème de ce côté-là. En revanche, pas question d’envoyer de l’argent en ce moment, « tout est bloqué ».

Pendant ce temps à l’est de la France, Saïd Ouattara est un jeune cuisinier de Châlons-sur-Saône, une commune éloignée de Paris qui a changé ses habitudes.

Saïd a un autre motif de préoccupation : « Cela me ronge de ne pas pouvoir aider financièrement ma famille ! » 

Il habite dans un dans un foyer de jeunes travailleurs, « je suis seul, mais de temps en temps, ma copine vient me voir », reconnaît-il, conscient qu’il se met un peu en danger. Son amie est avec sa famille et le bébé. « Je devais déménager dans un appartement, mais le confinement a tout décalé ! »

Malheureusement, le restaurant où Saïd travaille, situé à dix minutes à pied du foyer, a fermé ; le patron n’a pas choisi de faire de la livraison. Saïd se retrouve donc au chômage partiel ; « J’ai tout de même touché une paie, en mars, mais plus faible ». En attendant d’éventuelles aides du gouvernement aux petites entreprises.

Saïd songe à sa mère et ses sœurs, ses frères, en Côte d’Ivoire, à Abidjan et à Bondoukou, la ville où il a grandi. La famille est bien entendu très inquiète, face à l’épidémie. « Ma mère en a pris conscience lorsqu’on lui a dit de ne pas venir à la mosquée pour les prières du vendredi ! C’est la première fois de sa vie qu’elle voit la mosquée fermée. La famille a pris conscience que le ramadan ne se déroulera pas comme les autres années. »

Saïd a un autre motif de préoccupation : « Cela me ronge de ne pas pouvoir aider financièrement ma famille ! » Au bureau de tabac, on lui a dit qu’il était impossible d’envoyer de l’argent, ce qu’il fait régulièrement via Western Union ou MoneyGram. « Je peux me payer à manger, mais je ne peux pas utiliser ma paie pour eux ! D’autant que ma famille n’est pas bancarisée, il me sera difficile de faire un virement de compte à compte. Je me demande combien de temps cela prendra encore… », soupire-t-il.

Quant à Anna Diouf, elle vit confinée avec mon neveu et sa compagne, deux jeunes adultes de 25 ans. Elle est garde d’enfants à domicile, mais depuis le 15 mars, elle ne travaille plus : ses employeurs sont chez eux, en télétravail. « Ils m’ont promis de me verser mon salaire, mais je ne sais pas comment tout cela va tourner pour moi, financièrement. »

Anne habite à Champigny, une commune populaire de la banlieue parisienne. Elle ne rencontre aucun problème pour ses courses alimentaires, procédant au « plein » une fois par semaine à l’un ou l’autre des hypermarchés de la ville. « Ici, le confinement est plutôt bien respecté par la population, par les Africains de la diaspora. Il faut dire que l’amende est dissuasive : 135 euros, c’est une journée de courses à Château Rouge ! », sourit-elle.

« Faute de compte en banque, je ne peux pas leur faire de virement. Western Union envisagerait une application qui permette d’effectuer un virement vers un lieu de retrait en Côte d’Ivoire, j’espère qu’elle sera disponible bientôt. », espère Anna Diouf

Bien sûr, pas question pour elle d’aller à Château Rouge, ce quartier du nord de Paris, pour acheter des produits exotiques ! Seul un commerce tenu par un Pakistanais, à Villiers-sur-Marne, la ville voisine, fournit la communauté en gombo, en piments, en foutou… « Sinon, nous ne tiendrions pas ! », ironise-t-elle.

La famille d’Anna est d’Abidjan et aussi de la ville insulaire voisine de Grand-Bassam. Les nouvelles sont alarmantes, sur le plan financier. La plupart des membres de sa famille est dans l’informel ; ils travaillent dans des maquis, qui ont tous été fermés. « Faute de compte en banque, je ne peux pas leur faire de virement. Western Union envisagerait une application qui permette d’effectuer un virement vers un lieu de retrait en Côte d’Ivoire, j’espère qu’elle sera disponible bientôt. »

Anna sait que sa famille est très sensibilisée à ce qui se passe, les lieux de cultes et de rassemblement sont fermés et tout le monde est conscient des questions sanitaires. « J’espère qu’avant les fêtes religieuses, nous pourrons envoyer de l’argent là-bas », soupire-t-elle.

Le cas de Micheline, infirmière dans un hôpital de l’Oise, est de nature différente. Elle vit dans une petite maison, à Chamblis, avec son mari et son fils. Le premier est retraité et l’autre garde une activité professionnelle de chargé de projet, en télétravail. Son autre fils, archiviste, ne peut pas travailler actuellement tandis que sa fille, juriste, conserve une activité à la maison, chez elle.

Elle n’a pas de difficultés pour faire ses courses. Parfois, – mais elle n’a pas envie d’en abuser -, elle utilise les papiers de son employeur qui lui servent de coupe-file pour accéder aux commerces plus facilement. Elle ne néglige pas pour autant les rayons exotiques des commerçants, et n’est pas en manque de ce côté-là.

Micheline travaille de nuit à l’hôpital et est donc aux premières loges des tensions du secteur hospitalier en période d’épidémie. Toutefois, elle ne montre pas de signes d’inquiétudes pour elle-même et pour ses proches, face aux mesures de sécurité prises (blouses, masques, désinfectants pour les lunettes, etc.) par son établissement, jusqu’à la porte de sortie pour revenir chez elle, à 10 minutes de voiture.

Elle essaie, durant la journée, « de ne pas trop être absorbée par la télévision et les actualités ». Néanmoins, elle songe à l’une de ses collègues, contrainte de s’éloigner de son enfant en bas âge, par crainte de la contagion.

Micheline est originaire d’Haïti. Régulièrement, elle envoie de l’argent dans l’île, où vit l’un de ses frères rentré des États-Unis. Démarche impossible aujourd’hui, « les bureaux MoneyGram sont trop loin et les démarches trop compliquées, quand les bureaux de Poste ne marchent pas ». Haïti attendra.

Étrange anniversaire pour Mathis (14 ans), originaire de RD Congo, confiné qu’il est dans son modeste appartement du 12eme arrondissement de Paris. Sa marraine lui a envoyé quelques jeux de société pour jouer avec ses frères, sa mère et son beau-père.

L’école ? C’est le matin, via la tablette. Mathis reçoit des cours, les enseignants font des remarques et lui doit envoyer des réponses. Il y arrive, tant bien que mal, malgré la présence des jeunes frères et la petite sœur, qui ont d’autres préoccupations.

Tout le monde dans sa classe de 4e, n’a pas accès comme lui aux réseaux informatiques. Au moins, tous les élèves ont-ils un smartphone et peuvent se tenir au courant ! Les sorties ? Elles se limitent à la cour de la résidence, au pied des immeubles.

Sa mère, qui travaille depuis quelques mois pour une marque de prêt-à-porter, conserve son salaire, malgré la fermeture de la boutique située au Forum des Halles. Alors, elle s’est portée bénévole pour aider les personnes âgées dans une maison de retraite. Elle appelle régulièrement son père, resté en RD Congo afin de lui donner des nouvelles de la famille.

Rouchdane Bouraima habite Créteil (Val-de-Marne, île de France) avec sa femme et ses trois enfants. C’est elle qui surveille le travail des enfants à la maison.

De son côté, Rouchdane, directeur de magasin leader Price le Bourget, continue de travailler dans « son » magasin alimentaire. « Le quotidien est stressant, on ne nous a pas distribué de masques, de gants, chacun essaie de se protéger comme il peut. »

Le contact avec la clientèle accroît ce stress. En général, observe-t-il, les clients sont conciliants et respectent les consignes, mais il faut parfois faire face à une forte tête qui ne veut pas garder ses distances…

Rouchdane  explique que  « dans l’ensemble, la diaspora juge que la France a pris les dispositions qui s’imposaient ; nous avons davantage peur pour l’Afrique»

Rouchdane dialogue de temps à autre avec d’autres membres de la diaspora africaine, via Whatsapp. « Dans l’ensemble, la diaspora juge que la France a pris les dispositions qui s’imposaient ; nous avons davantage peur pour l’Afrique ! » Le continent, souligne-t-il, manque de matériels, de lits, et encore plus de respirateurs…

D’autre part, « si les gouvernements décident de confiner les gens, de quoi vont-ils vivre ? » Rouchdane songe à sa mère, ses sœurs, vivant au Bénin. Le gouvernement a finalement décidé de rendre le port du masque obligatoire ; « C’est appréciable, les gens attendaient une telle mesure ».

De même, l’État a décidé d’isoler les villes les unes des autres ; une forme de confinement qui ne dit pas son nom. « Les consignes sanitaires sont donc strictes, les Béninois doivent aussi accepter quelques pertes de libertés individuelles », conclut Rouchdane. Lequel parvient, tant bien que mal, par ses connaissances, à envoyer un peu d’argent au Bénin, bien que sa famille ne soit pas bancarisée.

Le confinement, Tracy Lubin, chef d’entreprise, le supporte peu ou prou depuis plus longtemps que les autres. En effet, elle habite une petite ville de l’Oise, près de Creil : Le Pont Sainte Maxence.

Dès les vacances de février, la région a été contaminée par l’épidémie, il n’y donc jamais eu de reprise pour les écoles. Ses deux jeunes enfants ont donc très tôt dû s’adapter à l’école en ligne, « cela fonctionne plutôt bien, les enseignants sont très réactifs », signale Tracy.

Laquelle observe que dans sa région, le confinement est respecté « à part quelques joggeurs, on ne croise pas grand monde ! » Le mari de Tracy travaille à son compte dans l’événementiel ; « Vous vous en doutez, la saison est fichue », soupire-t-elle.

Elle-même travaille au sein du tissu associatif. Elle donne des cours de danse. Là aussi, pas question d’abandonner : Cette fois, c’est elle qui donne des cours en ligne, avec succès. « Plus question de pratiquer les danses en couple, les danses de salon, mais nous pratiquons des danses comme la Zumba, sans oublier les exercices de renforcement musculaire… » L’activité se double de cours de théâtre, par exemple.

Tracy Lubin est originaire de Guadeloupe. Son ton se fait plus inquiet quand elle aborde le sujet sur les Antilles « dont on ne parle plus beaucoup, en métropole ». Après avoir fait des ronds dans l’eau, plusieurs bateaux ont finalement accosté dans les îles, « avec leur lot de personnes malades ou infectées ».

Tracy Lubin est originaire de Guadeloupe. Son ton se fait plus inquiet quand elle évoque les Antilles « dont on ne parle plus beaucoup, en métropole ». Après avoir fait des ronds dans l’eau, plusieurs bateaux ont finalement accosté dans les îles, « avec leur lot de personnes malades ou infectées ».

La Guadeloupe, déjà peu favorisée au plan sanitaire, le fait n’est pas nouveau, se trouve en proie à des coupures d’eau, voire de téléphone parfois.

Faute de contacter ses proches, pour savoir ce qui se passe, Tracy regarde la chaîne guadeloupéenne Canal-10, ou France O… et espère des lendemains meilleurs, car à ce jour pour Tracy Lubin, le présent de la Guadeloupe semble ne pas avoir…d’avenir.

Par LS, SD et JO

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