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Grand entretien

Radhi Meddeb : La Tunisie a besoin d’un rêve crédible

La Tunisie a-t-elle les moyens de faire face à cette situation d’urgence ?

Il faut commencer par la mobilisation de toutes les forces vives de la nation. Pour ce faire, il faut dire la réalité au peuple, lui proposer un projet qui tienne la route, accompagné de mesures concrètes et immédiates en faveur de la classe moyenne, des régions intérieures, des jeunes en désarroi, de l’administration, des entreprises privées, etc. Il faut des signaux forts ! Il faut réhabiliter les valeurs !

La crise que connaît la Tunisie est une crise politique, financière, et économique, mais au-delà et surtout, il s’agit d’une crise morale, d’une crise de valeurs. Lorsque vous voyez, au plus haut du pouvoir, la classe politique se chamailler et s’entre-tuer, vous ne pouvez pas exiger des jeunes qu’ils adhèrent et qu’ils croient à la politique, et qu’ils aillent voter. Le non-vote des jeunes dans les multiples scrutins de ces dernières années révèle une désaffection totale extrêmement grave.

Comment expliquer cette tendance au Tunisie Bashing, à cette vision négative que les Tunisiens ont d’eux-mêmes ?

Les Tunisiens ont besoin d’une élite, qu’elle soit politique, économique, culturelle, sociale, etc. Une élite qui mette l’intérêt général au-dessus des intérêts particuliers, catégoriels, claniques et partisans.

Cette transformation est possible. Je vous donne un exemple, culturellement et géographiquement proche : pendant longtemps, tous les analystes politiques disaient que la France était un pays irréformable. Il a fallu qu’un jeune – de l’âge médian de la population – tienne un langage de vérité et d’ambition, nourri par une vision, pour que les choses changent.

La confiance s’est réinstaurée. Les mots ont à cet égard un pouvoir magique pour redonner la confiance et mobiliser les forces vives de la nation. En moins d’un an, la France a renoué avec un taux de croissance qu’elle n’avait pas connu depuis longtemps, alors même que la politique de réforme du président Macron n’avait pas encore eu le temps de produire ses effets.

Vous semblez souhaiter un Macron tunisien ?

Je ne pense pas que le système soit transposable ni que les solutions d’ailleurs puissent être importées en Tunisie. Chacun doit trouver sa voie, dans la complexité de sa situation économique, sociale, culturelle et historique. Il faut faire confiance à la jeunesse tunisienne qui est capable d’innovation et le démontre quotidiennement à travers le monde. 

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