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Grand entretien

Radhi Meddeb : La Tunisie a besoin d’un rêve crédible

Ce discours est-il audible ?

Pour l’être, il devrait être accompagné d’actions immédiates qui restaurent la confiance. Les plus hauts responsables doivent s’adresser aux diverses strates de la société. D’abord vers la classe moyenne, qui a été longtemps la colonne vertébrale de la Tunisie, et dont la situation se dégrade depuis plusieurs années. Il faut une action forte pour préserver son pouvoir d’achat, une action vers la maîtrise de l’inflation, sur l’amélioration des services publics, à commencer par les transports en commun. Il faut également des actions fortes sur la réhabilitation de l’ascenseur social.

Le pays a besoin de tous ces messages, et qu’ils se traduisent de manière effective dans la réalité. Nous devrions adopter dès à présent une législation qui favorise l’économie sociale et solidaire, qui permette réellement d’agir, sans se contenter de « définitions ». Le projet en cours d’élaboration est beaucoup trop bureaucratique et beaucoup trop administratif pour libérer les énergies. Les gens doivent entendre un discours qui leur dit que tout est possible, pourvu qu’ils aient la volonté de faire et que l’État est là pour les soutenir.

La Tunisie est un pays majoritairement peuplé par des jeunes, mais principalement gouverné par des « vieux ». Comment mettre fin à ce paradoxe ?

Il m’est arrivé de le dire et de l’écrire à plusieurs reprises. Il est temps que l’anachronisme tunisien cesse. Nous sommes une société où l’âge médian est de 31 ans et où celui des dirigeants est entre deux fois et demie et trois fois plus élevé. C’est ubuesque ! En Tunisie, si vous voulez entrer en politique à l’âge de 60 ans, on considère que vous êtes trop jeune ! J’ai écrit aussi que tous les vieux aux commandes ne partagent avec le pays profond ni ses maux ni ses mots.

On dit souvent que la jeunesse est le combustible d’une nation, mais dans le cas de la Tunisie, on a comme l’impression que cette jeunesse est en roue libre… Comment l’associer à la vie du pays ?

La société tunisienne présente la même caractéristique que beaucoup de sociétés du monde arabe – du Maroc à l’Irak – en ce qu’elle est la traduction de multiples situations de rente, de privilèges et de proximité du pouvoir. Il faut ouvrir le jeu à des catégories qui ont été écartées de l’exercice du pouvoir, qu’il soit politique, économique, social, ou culturel, pour permettre la régénération de la société par l’arrivée de nouveaux acteurs.

A-t-on les moyens d’agir en ce sens ?

Ces moyens passent par une prise de conscience de la classe politique qui doit accepter et comprendre que l’inclusion doit être le maître-mot, le dénominateur commun de toutes les politiques publiques. L’inclusion

L’inclusion n’est pas un luxe ! Elle ne relève pas de la charité. Elle est une exigence fondamentale pour que la Tunisie puisse se développer et prospérer au profit de tous, en commençant par l’inclusion financière, économique, sociale, sociétale, citoyenne, politique…

n’est pas un luxe ! Elle ne relève pas de la charité. C’est une exigence fondamentale pour que le pays puisse se développer et prospérer au profit de tous, en commençant par l’inclusion financière, économique, sociale, sociétale, citoyenne, politique, etc. C’est un tout qui commence par l’inclusion financière. Soit la classe politique comprend cela, soit nous risquons de voir se développer une forme d’anarchie sociale et économique, une corruption sous toutes ses formes – de la petite à la grande –, le délitement de l’État et du lien social et le soulèvement du pays profond.

Votre livre s’apparente à un programme politique… Pourquoi n’avez-vous pas franchi le pas ?

L’exercice du pouvoir n’est pas une fin en soi. J’ai reçu de multiples propositions, ces huit dernières années, de rejoindre les équipes gouvernementales. En 2013, alors que le pays était en crise et que le Quartet avait organisé ce qu’on avait appelé à l’époque le Dialogue national, et qui avait amené à la constitution d’un gouvernement de technocrates, mon nom avait été cité pour diriger ce gouvernement, puis pour l’intégrer. Cette même proposition m’a été renouvelée plusieurs fois, à d’autres occasions, en 2012, en 2013, en 2015 et en 2017. Mais intégrer un gouvernement n’est pas une fin en soi, si l’on ne partage pas une vision. Si je ne trouve pas cette vision, et encore moins, si je ne la partage pas, cela ne sert à rien de ramer contre le courant. Aujourd’hui, le pays a besoin d’inclusion.

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