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Grand entretien

Nana Akufo-Addo (Président du Ghana) : « L’Afrique doit trouver ses propres solutions »

Les discours de Nana Akufo-Addo ont séduit beaucoup d’Africains. Le président du Ghana a hérité d’une économie en récession, mais elle s’est bien redressée grâce au soutien du FMI et grâce à l’augmentation des prix des matières premières, comme le cacao et le pétrole. Si certains détracteurs lui reprochent de conduire un gouvernement «pléthorique », il juge cette étape nécessaire pour prendre les mesures qui s’imposent.

Entretien avec Omar Ben Yedder

On vous a beaucoup entendu dire que l’Afrique devait prendre sa destinée en main, mais votre ministre des Finances, Ken Ofori-Atta, a tenu à remercier le FMI lorsqu’il a été désigné « Ministre des Finances africain de l’année » aux Trophées African Banker. Y voyez-vous une contradiction ?

Je ne sais pas si vous suggérez que la position du ministre des Finances est différente de la mienne mais, si c’est le cas, ce n’est pas intentionnel ! Le FMI est venu au Ghana – comme ailleurs – alors que l’économie du pays traversait une période très difficile et que bon nombre de nos indicateurs macroéconomiques étaient mauvais. Il est venu nous aider. Il a mis en oeuvre un programme de stabilisation d’urgence sur trois ans. Le programme s’achèvera à la fin de l’année. Techniquement, il s’est achevé en avril mais, comme il est étroitement lié au budget, il a été prolongé. Je crois que le ministre des Finances a remercié le FMI parce qu’il a injecté près d’un milliard de dollars dans notre économie.

Donner aux jeunes les compétences nécessaires pour être compétitifs dans l’économie mondiale du XXIe siècle est la manière la plus efficace d’exploiter le dividende démographique.

Le déficit de 9,3 % dont nous avons hérité a été ramené à 5,9 % la première année de notre gouvernement, et nous voulons atteindre 4,5 % cette année. Nous aimerions passer une loi fixant un plafond de 5 % afin que chaque gouvernement soit tenu de respecter cette limite. Personne au Ghana ne veut être soumis une nouvelle fois à un programme du FMI ; nous voulons être capables de conduire notre économie de manière autonome. C’est la leçon que nous avons tirée de cette expérience : la discipline budgétaire. Nous n’avons pas besoin du FMI pour équilibrer notre budget. Nous pouvons prendre nous-mêmes des mesures responsables sur le plan économique et fiscal.

La presse occidentale prétend que la dette africaine envers la Chine n’est pas transparente et qu’elle vise à établir un ordre économique mondial favorable à la Chine. Ces propos sont-ils justifiés ?

Au Ghana, nous n’avons pas à craindre l’emprise chinoise. Il est vrai que la Chine, aujourd’hui, est notre principal partenaire commercial et que les échanges jouent davantage en sa faveur, étant donné qu’elle a davantage de produits à nous vendre que nous.

J’ai signé un contrat d’échange de 2 milliards $ avec le président chinois. La Chine nous accorde des fonds pour mener des travaux dans les infrastructures, comme les routes par exemple. Nous allons développer une industrie intégrée de la bauxite, qui permettra au Ghana d’exporter de l’aluminium en Chine, et qui remboursera l’emprunt contracté auprès des Chinois.

Je considère que c’est un bon accord. Nous exploitons les ressources naturelles du Ghana sous une forme nouvelle. Nous avons insisté pour contrôler nous-mêmes toute la chaîne de valeur de la bauxite, de l’extraction à l’expédition, en passant par la transformation, et cela a été accepté. Il s’agit d’une approche progressive. Loin de constituer une menace, la Chine favorise l’évolution à laquelle nous aspirons : ajouter de la valeur à nos matières premières ici, au Ghana.

Dans chaque pays africain, le gouvernement exerce toujours une influence considérable sur l’économie et le secteur privé. Diriez-vous néanmoins que les entreprises ghanéennes peuvent prospérer ?

Je l’espère ! Les structures qui gèrent notre économie dépendent des gouvernements et des politiques qu’ils mettent en oeuvre. Il faut des politiques responsables, adéquates, qui auront l’effet catalyseur dont nous avons besoin. Nous voulons autant que possible que les décisions sur les investissements, l’emploi, la croissance, soient prises par le secteur privé, mais dans le cadre des politiques définies par le gouvernement.

Je pense qu’ainsi, il n’y a pas d’opposition entre le gouvernement et le secteur privé. Au contraire, les politiques du gouvernement favoriseront la croissance économique.

Vous êtes à mi-mandat. Quatre ans, c’est court pour apporter des changements. Les opinions sur le modèle démocratique à adopter en Afrique divergent. Quel est votre point de vue ?

Winston Churchill affirmait que la démocratie était « la forme de gouvernement la moins mauvaise ». Je partage son opinion ! La démocratie présente de nombreux inconvénients mais nous avons fait l’expérience d’un régime autoritaire au Ghana et il n’a pas fonctionné.

Quand on analyse les statistiques comparant le régime militaire et l’ère démocratique au Ghana, il ne fait aucun doute que les indices sont meilleurs – en termes d’espérance de vie, de croissance économique, d’emploi. Les Ghanéens sont donc convaincus que ce mode de gouvernement est le meilleur.

J’hésite à me prononcer sur ce qui convient le mieux aux autres pays du continent car chaque nation a son histoire et ses spécificités. Mais, au Ghana, il ne fait aucun doute, selon moi, que la démocratie a été bénéfique.

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