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Grand entretien

Mamane : «Le communautarisme est un mot qui a été dévoyé pour empêcher Noirs et Arabes» de s’exprimer

Mamane est à l’humour africain, l’humour tout court, ce que Bob Marley et Michael Jackson étaient à la musique et ce que Bob Dylan est à la country music. Il est monumental. Entretien

Propos recueillis par JO

Mamane, humoriste et chroniqueur sur RFI, vient d’être nommé le 27 novembre 2019, Ambassadeur de bonne volonté auprès de la Commission climat pour le Sahel. Sa mission : user de sa notoriété pour faire passer des messages pour la protection de l’environnement autant en direction des politiques que des citoyens. Qui est Mamane ? Nous profitons de cette nomination pour republier un entretien que nous avons eu avec lui, il y’a quelques mois.

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A son arc humoristique, plusieurs cordes qui font de lui un artiste plein et héraut du changement de mentalité et de développement du bien-être et du mieux-être de l’Homme. Son credo : l’humour grinçant, l’humour prosaïque, mais avec toujours en ligne de mire l’essentiel, faire sortir les esprits des affres de tribus assiégées. Il est en passe de réussir…

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Comment se porte le citoyen Mohamed Mustapha ? Et comment va la vie de l’humoriste Mamane, originaire du Gondwana ?

Ces deux identités ont tendance à converger avec l’inéluctable intention de fusionner pour ne former qu’une seule entité : le citoyen humoriste qui se sert de son art pour concrétiser son discours dans la vie réelle via des actions sociales et civiques.

« On a des choses à dire, des histoires à raconter avec une perspective originale, mais tellement drôle », assure Mamane.

Le Gondwana a atteint un tel niveau de reconnaissance en Afrique, qu’il est temps d’avoir prise sur le quotidien des Gondwanais avec une implication dans l’éducation, la santé et les énergies renouvelables en Afrique.

Vous être un singulier pluralisant : Une chronique sur RFI, « Le Parlement du rire » sur Canal+Afrique, un festival Abidjan Capital du rire en Côte d’Ivoire, l’ouverture de votre Comedy Club, le « Gondwana club » à Abidjan, vous ne vous essoufflez jamais ?

Les stars humoristes de l’Afrique

La vie est belle, mais courte. Il faut lui montrer de la gratitude en entreprenant le maximum de choses dans ce laps de temps qui nous est imparti ici bas. Du coup, pas de fatigue, pas d’essouflement, mais de la joie de pouvoir être utile en donnant de la joie aux gens.

Vous avez lancé le Festival CFA (Comédie festival africain) ? De quoi s’agit-il ?

L’humour d’Afrique est puissant et universel.

« Le Gondwanais lambda, quand il sort de nos salles avec le virus de l’irrévérence dans la tête, c’est une victoire, la victoire de l’humour qui gratte et pique. Un citoyen conscient et réveillé, c’est ce qui fait peur aux élites au pouvoir et fait tomber les citadelles » dixit Mamane.

On a des choses à dire, des histoires à raconter avec une perspective originale, mais tellement drôle. Nos humoristes sont de véritables stars sur le continent où les plus de 100 millions d’Africains francophones connaissent leurs sketches par cœur. Il faut mutualiser nos talents.

N’êtes-vous pas un brin provocateur avec votre CFA, on pense au débat clivant sur le F.CFA…

Le CFA est notre monnaie de tous les jours en Afrique francophone. C’est un compagnon de tous les jours. Il n’y aurait rien de provocant à en parler ; c’est comme si un Européen se voit reprocher de parler de l’Euro. Quoi qu’il en soit « toute ressemblance avec des faits réels n’est ni fortuite ni involontaire » dans le spectacle CFA.

Votre particularité est de jouer essentiellement avec des humoristes africains, à quoi obéit ce choix ?

Je suis Africain, je travaille en Afrique avec des humoristes africains. C’est le résultat de ce travail que je veux partager avec le public international.

Ne craignez-vous pas d’avoir la réputation d’un artiste certes de talent, mais qui se communautarise ?

Le communautarisme est un mot qui a été dévoyé en France par les élites pour empêcher les Noirs et les Arabes de faire ce qui leur plaît. Ce mot m’indiffère. Je vis dans le vaste monde.

« Il y a un grand travail d’éducation à mener pour faire entrer dans la tête de beaucoup de Maghrébins qu’ils sont Africains. Et avec le phénomène des migrants subsahariens qui se retrouvent bloqués au Maghreb, on assiste à la manifestation d’un racisme endémique de moins en moins discret », dit Mamane.

Je ne cherche même pas à me justifier si on me le balance en pleine face. Les vrais communautaristes sont justement ce qui manient cette accusation, parce qu’ils veulent préserver leur entre soi.

Estimez-vous que le talent des humoristes africains est reconnu depuis que vous avez lancé le concept d’un « plateau 100 % africain inédit à Paris » ? 

Il est reconnu en Afrique depuis des années surtout avec le révélateur « Le Parlement du rire » qui a mis à la lumière les humoristes du continent, Congo, Burkina Faso, Gabon, Côte d’Ivoire, Cameroun, Sénégal, etc. Avec Internet tous ces artistes sont désormais vus dans tous les pays du monde. Il était temps que le public puisse les voir en vrai, en chair et en vannes.

Mamane la star des humoristes…

L’Afrique est plurielle. Comment arrivez-vous à constituer un plateau arc-en-ciel qui fasse rire tout le monde, tous les Africains ?

Pour la simple raison que les Africains se vivent Africains. Il n’y a pas de frontières dans nos vies de tous les jours et dans la perception que nous avons de notre africanité. Les frontières ont été créées par les colons pour des buts mercantiles. Elles sont préservées par nos dirigeants pour les mêmes raisons. L’accusation de communautarisme est dans la même logique d’enfermement des gens. Il faut casser les frontières mentales à défaut des frontières physiques. L’humour sert à ça.

Est-il vrai que les Maghrébins ont du mal avec les spectacles des Subsahariens et inversement ?

Non, ce n’est pas vrai. Il y a beaucoup d’initiatives qui mélangent humoristes subsahariens et maghrébins sur scène, notamment au Maroc où, ça se passe très bien sur scène et dans le public.

Mais il ne faut pas se mentir : Il y a un grand travail d’éducation à mener pour faire entrer dans la tête de beaucoup de Maghrébins qu’ils sont Africains et pas autre chose. Et avec le phénomène des migrants subsahariens qui veulent passer en Europe et qui se retrouvent bloqués au Maghreb, on assiste à la manifestation d’un racisme endémique, de moins en moins discret.

Est-il exagéré ou juste de dire qu’avec vos collègues et vous, on ne cesse jamais de rire, mais que votre humour est caustique et vraiment poil à gratter ?

Il est indispensable que l’humour gratte et pique. Surtout en Afrique où nous avons encore des citadelles à prendre : Amélioration de la vie quotidienne des gens, santé, éducation, environnement, gouvernance. En tant qu’humoristes nous avons la responsabilité de faire rire et d’être utiles à quelque chose de positif. Le divertissement, oui. La diversion, non.

Avez-vous la sensation que vous arrivez par le biais de vos spectacles à faire prendre conscience aux élites politiques des choses qui ne vont pas vraiment en Afrique et surtout à faire bouger les lignes dans le sens de l’amélioration du quotidien des Africains ?

Ce n’est pas les élites que je cherche à sensibiliser, mais le public, le Gondwanais lambda. Quand il sort de nos salles avec le virus de l’irrévérence dans la tête, c’est une victoire, la victoire de l’humour qui gratte et pique. Un citoyen conscient et réveillé, c’est ce qui fait peur aux élites au pouvoir et fait tomber les citadelles.

Les humoristes de Sans visa 2

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