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Grand entretien

Côte d’Ivoire : Pascal Affi N’Guessan, président du FPI parle…

Justement la Côte d’Ivoire a connu une grave crise. Comment expliquer alors que toute la classe politique confondue n’arrive pas à s’entendre sur le minimum ?

Ce qui ne marche pas, malheureusement, est l’idée que ceux qui sont au pouvoir se font de l’action politique. Pour le moment, ils font trop confiance à la violence. Ils considèrent que les arrestations politiques, les intimida­tions, octroient plus de dividendes politiques immédiats. Mais ils ne voient pas qu’à court et moyen termes, c’est une voie suicidaire. Pendant les premiers mois, ils ont joué à fond l’arme de la violence politique contre leurs adversaires. Et ont obtenu une paix par la terreur.

Aujourd’hui, la réalité leur saute aux yeux à travers les mutineries ; ils ont bien compris que leur calcul était de courte vue. Nous espérons que cette expérience va les amener à comprendre qu’il vaut mieux engager un dialogue franc et sincère, seule voie qui permette de construire dans la durée. Ils font leur expérience de la violence comme moyen d’action politique, il faut leur montrer que cette stratégie a ses limites !

Pourquoi l’opposition peine-t-elle à fédérer ses forces face au pouvoir ?

L’opposition ivoirienne, c’est à 90 % le FPI. Nous sommes, progressivement, en train de construire son unité, ébranlée par la crise de 2011. Tous les militants sont restés fidèles au parti. Aucun d’eux n’a basculé vers la coalition de partis au pouvoir (RHDP) surtout en ce qui concerne les cadres. Je pense même qu’aujourd’hui nous pouvons espérer rassembler beaucoup d’électeurs du RHDP déçus par les résultats du régime actuel qu’ils ont pourtant choisi en 2010.

Quel type d’économie allez-vous proposer aux Ivoiriens si vous revenez aux affaires?

Nous sommes dans l’économie sociale de marché. Mais partageons aussi le principe de compétitivité, la liberté d’initiative, et la liberté d’entreprendre. Toute­fois, nous disons que l’État a un rôle à jouer. Il ne faut pas qu’il laisse faire, nous refusons tant le libéralisme sauvage que le dirigisme économique. Il faut une économie de liberté, de recherche de compétitivité, mais encadrée par l’État, surtout dans les secteurs straté­giques. Il faut éviter les monopoles et s’assurer que les dividendes de l’économie profitent aux plus faibles, par la lutte contre les inégalités.

Les PME et PMI disent qu’elles risquent de disparaître les unes après les autres du fait du non-paiement de leurs factures par l’État…

Parce que l’État n’a pas d’argent. Seule une bonne politique économique produit de la richesse. En Côte d’Ivoire, l’État vit à crédit, cette politique trouve ses limites. Le budget de l’État dépend à 50 % de l’extérieur : même le fonctionnement de nos institutions dépend des emprunts, des subventions et des aides venues de l’étranger ! On ne construit pas une économie agricole, on ne fait rien pour le développement du secteur privé, on ne fait rien pour les artisans, pour les commerçants de manière à ce que ces secteurs soient prospères. Conclusion : l’État ne peut pas payer ses fournisseurs…

Ce qui ne marche pas, malheureusement, est l’idée que ceux qui sont au pouvoir se font de l’action politique. Pour le moment, ils font trop confiance à la violence. Ils considèrent que les arrestations politiques, les intimida­tions, octroient plus de dividendes politiques immédiats. Mais ils ne voient pas qu’à court et moyen termes, c’est une voie suicidaire.

Les PMI-PME, comme les grandes entreprises, victimes de cette situation, doivent savoir que la solution se trouve aussi dans le changement de régime et de politique. Ce que nous proposons, c’est compter d’abord sur nous-même, que nous aidions les PME à financer leurs activités et à devenir prospères, que nous aidions tous les jeunes qui ont des projets d’entreprise à s’ins­taller ; nous devons créer les conditions pour que les entreprises bénéficient d’un environnement des affaires incitatif afin d’être compétitives.

Ainsi, elles créeront des emplois, payeront des impôts, et permettront à l’État de tenir son budget. La Côte d’Ivoire devrait avoir aujourd’hui un budget d’au moins 10 000 milliards de F.CFA par an. C’est la condition d’une politique sécuri­taire forte, de la création d’emplois, du financement de l’éducation, des infrastructures…

Vous avez évoqué le phénomène des « microbes », ces bandes de jeunes qui nuisent aux Ivoiriens. Tout comme hier, sous votre régime, prospéraient les « jeunes patriotes », cette comparaison est-elle justifiée ?

Non, pas du tout ! Les « jeunes patriotes » n’ont tué personne. Ils se sont battus pour la souveraineté nationale, pour l’État de droit, ils se sont battus contre une rébellion armée. Ces jeunes sont véritablement des patriotes ; ils se sont battus pour la Patrie. Je ne crois pas que ce soit cette mission que les « microbes » se soient donnée en assassi­nant les gens dans les rues…

Les « microbes » sont l’émanation de la rébellion armée ! Le pouvoir actuel a non seulement déstructuré le pays, mais il a aussi hypothéqué l’avenir à travers ces jeunes qui sont plutôt à plaindre, car victimes d’un système. Lequel les a utilisés avant de les abandonner à leur sort.

Président de la Côte d’Ivoire en 2020. Y songez-vous ?

Évidemment quand on fait de la politique, c’est pour aller jusqu’au sommet. Nous y songeons comme mon parti aussi y songe. Notre ambition est d’être à la tête de ce pays en 2020 avec le Front populaire ivoirien. Pour cela, il faut l’unité du parti, et un appareil présent sur l’ensemble du territoire. À cet effet, notre programme de reconstruction du FPI prévoit, dès la fin 2017, que nous disposions de dizaines de milliers de bases, des comités de base, des hommes et des femmes galvanisés et mobilisés dans chaque hameau du pays ! Si nous réussissons cela, il est clair que nous aurons les forces nécessaires pour nous lancer dans la bataille présidentielle de 2020.

La question des exilés ivoiriens, des prisonniers, de l’incarcération de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé est un sujet assez clivant en Côte d’Ivoire…

Nous avons travaillé sur la question du retour de tous nos compatriotes dans le cadre du dialogue politique, et beaucoup d’entre eux sont rentrés. À ce jour, le retour des exilés au pays est lié à notre action politique. Nous conti­nuons de travailler – puisque nous ne pouvons pas le faire seuls – avec ceux qui sont au pouvoir.

Si nous ne réussissons pas à faire rentrer tout le monde, la solution définitive se trouve dans l’alter­nance ! Si en 2015, nous avions pu accéder au pouvoir, on ne parlerait pas aujourd’hui d’exilés, parce que nous aurions créé les conditions pour les faire rentrer. Il en est de même pour les prisonniers politiques.

Il est dans l’intérêt du pays, de la paix, de la stabilité, de la fraternité nationale, que ces prisonniers soient libérés et que nous nous asseyions autour d’une même table pour discuter des problèmes de notre nation. Nous engagerons ces libérations dès notre retour au pouvoir.

Pour le cas du président Gbagbo, nous avons compté sur la réconciliation nationale ; ce dossier est éminemment politique. C’est vrai qu’il est dans une procédure judiciaire, mais c’est le politique qui va déterminer l’issue de tout cela.

Si nous trouvons un consensus national à travers la réconciliation, il subsiste une chance pour que le président Gbagbo soit libéré le plus rapidement possible. Tel est le sens de notre appel au dialogue politique et à la réconciliation. La dernière carte dont disposent les partisans de Laurent Gbagbo, c’est l’alternance politique avant même que la CPI ne prononce une quelconque décision.

Quel sera le positionnement du FPI, quel que soit le cas de figure, en 2020 ?

Le FPI sera un parti reconfiguré, revigoré sur l’échi­quier politique national. Qu’il ait gagné la présidentielle ou pas, il sera un acteur incontournable dans la vie politique nationale. Je m’y emploie chaque jour.

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