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Politique

G5 Sahel : Trouver une dimension géopolitique

« L’action de la France dans le Sahel repose sur le constat qu’un effort durable en matière de développement et de gouvernance locale est nécessaire pour répondre aux causes profondes de l’instabilité. Il est indispensable d’oeuvrer au renforcement d’une activité économique créatrice d’emplois pour la jeunesse », rappelait tout récemment le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, qui soulignait à titre d’exemple que « le projet lancé le 20 mars au Mali illustre cette logique nouvelle, il associe les acteurs locaux pour des projets à impacts rapides, ciblés sur les zones les plus vulnérables du Sahel».

De quoi s’agit-il ? Ce projet d’un montant de 10 millions d’euros financé par l’AFD (Agence française de développement) comprend un volet d’appui à la formation des enseignants, ainsi qu’un module d’alphabétisation pour les élèves, avant leur orientation vers des filières porteuses en matière d’emploi dans le secteur agricole et des énergies renouvelables. Dénommé ACTIF (Accompagnement des collectivités territoriales et de la jeunesse dans leurs initiatives d’insertion et de formation), ce projet sera piloté par le conseil régional de Mopti (Mali) et mis en oeuvre par un consortium d’ONG. Voilà un exemple concret de coopération. Il en faudrait bien d’autres pour donner au G5 Sahel la véritable dimension géopolitique qui lui est désormais nécessaire.

Des instruments politiques et économiques

Autre exemple concret : le Club PPP du G5 Sahel a été créé le 22 mars lors des XIe Rencontres internationales des PPP (partenariats public-privé), qui se sont tenues à Paris ; l’ancien ministre de l’Économie Michel Sapin en a pris la présidence d’honneur. « Les PPP sont un outil économique et de paix en Afrique », explique-t-il, « car ces pays d’Afrique ont besoin de très grandes infrastructures : des chemins de fer, des aéroports, des routes, des ponts…».

Et l’ancien ministre d’ajouter : « Il faut se déplacer dans des pays parfois immenses et qu’il faut désenclaver. La question du désenclavement de ces pays du Sahel est donc fondamentale et il faut avoir une vision transfrontalière, ce que permettent les PPP. » Une course contre la montre semble donc engagée entre le développement et le terrorisme.

Comme « la France fait partie des pays en première ligne dans la lutte contre le terrorisme », selon l’expression de Farida Bakhouche, experte en géopolitique, les islamistes et leurs réseaux attisent en sous-main un ressentiment anti-Français inquiétant qui monte actuellement dans plusieurs pays de la zone en proie aux menaces et attaques terroristes.

Les meneurs de la « nébuleuse djihadiste » jouent là sur du velours, car beaucoup d’acteurs et de trafiquants au Sahel ont un intérêt évident à ce que toute cette région ne connaisse pas la paix et reste victime d’une instabilité chronique entretenue par les groupes armés pour avoir les mains libres et voir leurs trafics en tout genre continuer de prospérer. Voilà une réalité géostratégique dont le G5 Sahel doit tenir compte. 

ENCADRE

Un outil indispensable

Il faut rendre à César ce qui est à César. Assumant la présidence de l’Union africaine en 2014, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz prit l’initiative de fonder le G5 Sahel réunissant, autour de la Mauritanie, le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Le 16 février 2014 à Nouakchott. l

Le G5 Sahel était officiellement lancé et le chef de l’État, qui en assumait la présidence, expliquait ainsi sa démarche : « Nous sommes sur le front de la lutte contre le terrorisme depuis de nombreuses années et nous avons déjà payé le prix fort avant de devoir nous organiser pour mieux faire face à cette menace diffuse, insidieuse et parfois plus proche qu’on ne l’imagine. Le terrorisme est un phénomène transfrontalier et aucun État ne pourra lutter seul, car ce combat demande l’engagement de tous les États».

« C’est le sens de la création du G5 Sahel qui est un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale, ajoutait le président mauritanien. Avec la création de cet outil, nous avons décidé de mutualiser nos efforts pour faire face à ces défis et créer les conditions pour vaincre le terrorisme et le crime organisé qui englobe toutes les autres formes de trafics juteux comme la drogue et les prises d’otages avec le paiement de rançons».

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Written by Bruno Fanucchi

Grand reporter, je sillonne l'Afrique de long en large (d'Abidjan à Bamako ou Cotonou et de Brazzaville à Dakar ou Yaoundé) depuis de nombreuses années après avoir « couvert » pour Le Parisien – premier quotidien français - l'Afghanistan, la Côte d'Ivoire, le Liban ou la Russie. Spécialiste de géopolitique et passionné par l'Afrique, où j'ai effectué de nombreux reportages, j'ai présidé l'Association de la Presse diplomatique française puis l'Association des Journalistes de Défense.

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